Vendredi 25 avril 2014 | Créer un compte | Connexion
Extra

Saut de Baumgartner : enième record inutile ou véritable avancée scientifique ?

Records en chaîne pour l'aventurier autrichien. Félix Baumgartner a été le premier homme a franchir le mur du son mais aussi le premier à réaliser un saut d'une hauteur de 39 000 mètres.

Chute libre

Publié le 16 octobre 2012
 
Félix Baumgartner a été le premier homme à franchir le mur du son.

Félix Baumgartner a été le premier homme à franchir le mur du son. Crédit Reuters

Atlantico : L'aventurier autrichien Félix Baumgartner a réalisé ce week-end un saut record d'une hauteur de 39 000 mètres, lui permettant d'être le premier homme à franchir le mur du son. Au delà de l'exploit, que peut-on retenir d'un tel saut ? En d'autres termes, est-ce seulement un énième record parmi tant d'autres permettra-t-il de véritables avancées scientifiques ?

Bertrand Comet : Cet exploit est particulièrement intéressant sur le plan aéronautique et spatiale. Ceux qui ont pu regarder le saut en direct ont pu se rendre compte d'un aléa qui consistait à une période que l'on appelle transsonique qui intervient juste avant la phase supersonique. A ce moment-là, la personne peut se mettre en tonneau, ce qui s'est d'ailleurs passé dimanche. C'est le problème qu'avait eu en 1961 la personne qui avait tenté ce record et qui avait perdu connaissance durant la chute. Il avait par la suite perdu un gant et eu la main gelée.

On a pu le voir se mettre en tonneau mais se rétablir et se stabiliser très rapidement. Il a donc prouvé que l'on pouvait s'éjecter hors d'un avion dit suborbital, c'est-à-dire qui peut monter très haut (environ 40 km d'altitude). Ces avions du futur pourront, par exemple, relier Paris à Tokyo en environ deux heures. Ils devront un jour être mis au point. Il faudra à ce moment là envoyer des équipages les tester. Il sera donc possible de faire des sièges éjectables à très haute altitude pour les pilotes qui porteront des scaphandres pressurisés.

Concrètement, quels risques Félix Baumgartner a-t-il concrètement couru lors de son saut ?

Il existait essentiellement un risque autour de l'aléa durant la période transsonique car le corps humain ne peut pas supporter les rotations au-delà d'une certaine vitesse. Visiblement, son expérience de parachutiste l'a certainement aidé à maîtriser ces tonneaux.

En dehors de cela, le saut étant extrêmement bien préparé, il n'a pas couru de risques particuliers. Il aurait fallu qu'il advienne un problème technique, soit sur la capsule, soit sur le scaphandre. Mais l'équipe avait extrêmement bien rodé la chute libre. D'ailleurs, on notera également la réussite dans la couverture médiatique. En effet, d'arriver à réaliser tout cela en réel avec de telles images est réellement remarquable.

Peut-on imaginer qu'une personne sans entraînement puisse réaliser un tel exploit ?

Non, cela nécessite d'abord une extrême maîtrise du parachutisme pour ne pas surajouter des difficultés à la difficulté inhérente au saut depuis une telle altitude. Cela aurait été vraiment dangereux. La personne qui avait réalisé un saut d'une telle envergure en 1961 n'était pas parachutiste. C'est peut-être ce qui peut expliquer les difficultés qu'il a rencontré.

Lorsque le corps se met en tonneau, la manière de se reprendre peut être soit salvatrice soit fatale car on peut aussi bien  accélérer les rotations que les stopper en un mouvement.

En outre, le franchissement du mur du son n'était pas risqué en soi, si on met de côté le passage transsonique. Lui-même devait être beaucoup plus stable à ce moment-là car c'est une vitesse établie où les ondes de choc stabilisent le corps.

L'exploit peut-il permettre l'avancée des connaissances sur le corps humain ?

A ce point de vue là je ne pense pas. Il aurait été intéressant dans une certaine mesure de placer des accéléromètres pour connaître la vitesse de rotation qu'il a atteinte afin de savoir s'il était loin de la perte de connaissance.

Mais il n'était absolument pas médicalement instrumenté. La seule chose que l'on suivait été la pression et la température dans son scaphandre.

Au-delà de cela, le principal enjeu était celui de la maîtrise technique. Cela prouve tout de même que l'éjection à très haute altitude est possible. Il fallait tout de même le faire !

 


Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par Le gorille - 17/10/2012 - 11:02 - Signaler un abus Inutile ? Non

    Dire que ce record a une utilité immédiate, pratique, ce serait osé. Elle apparaît bien discrète. Alors faisons une approche.
    D'abord, ce record a été préparé de longue main, avec des moyens assez stupéfiants, des essais en eux-mêmes spectaculaires, et un équipe très étoffée, qui ne sont pas des clampins. Ce record a donc mobilisé, car l'homme veut toujours avancer.
    Ensuite, il a fallu vaincre les difficultés techniques : là aussi, c'est toujours motivant pour l'homme,
    Enfin, le parachutiste a montré que c'était faisable. Et surtout, la débauche de prises de vues donne un historique.
    Pour terminer, le fait que tant de monde ait suivi cet exploit montre bien que l'homme veut sortir de la routine, et là, il y avait de l'exceptionnel, vrai, pas du James Bond (même si je pense qu'un cinéaste récupèrera cette séquence pour un nouvel épisode).
    C'était donc utile, oui !
    Au fait, vaincre l'Annapurna, est-ce utile ?

  • Par jcw58 - 17/10/2012 - 08:13 - Signaler un abus vol suborbital

    Un vol suborbital est un vol spatial qui n'atteint pas l'orbite. La frontière de l'Espace est à 100 kilomètres. Votre affirmation d'un avion suborbital volant à 40 kilomètres est de ce fait erronée.

  • Par Alain123 - 16/10/2012 - 23:38 - Signaler un abus Erreurs et approximations...

    Quelques erreurs et approximations me font douter des connaissances de ce monsieur...
    En vrac :
    * ce n'est pas en 1961, mais en 1960 qu'il y a les sauts en très haute altitude. Et le monsieur en question c'est Joe Kittinger
    * ce ne sont pas des tonneaux mais des auto-rotations
    * Kittinger n'a pas perdu son gant, mais a eu un problème d'isolation qu'il n'a pas signalé à l'équipe au sol
    * Baumgartner n'a pas prouvé qu'on pouvait s'éjecter d'un avion en vol (car cet avion a une vitesse propre, alors que le ballon de Baumgartner est quasi fixe par rapport au sol)
    * Kittinger était parachutiste, mais avait 30 sauts (ce qui est peu)
    * il y avait des accéléromètres dans le scaphandre qui devaient déclencher l'ouverture du parachute RSE (en français Ralentisseur, Stabilisateur et Extracteur ou en anglais "drogue stabilization chute") si Baumgartner subissait plus de 3.5G durant plus de 6 secondes
    Les sources (parce que lorsque l'on est sérieux on cite ses sources) :
    * https://en.wikipedia.org/wiki/Project_Excelsior (le projet de 1960)
    * http://www.redbullstratos.com/technology/parachute/ (info sur le RSE et son déclenchement automatique)

  • Par kettle - 16/10/2012 - 19:51 - Signaler un abus le premier homme à franchir le mur du son

    Des passagers d'avion le franchissent chaque jour...

Bertrand Comet

Bertrand Comet est responsable de projet chez MEDES, l'Institut de médecine et de physiologie spatiales.

Voir la bio en entier

Fermer