Zone franche
Les dernières nouvelles du Merkozystan : bon alors, on est sauvés ou pas ?
En principe, ce coup-ci, c’est le bon. Les prophètes de malheur n’ont plus qu’à filer se rhabiller !

Angela Merkel et Nicolas Sarkozy, mardi au sortir de leur réunion : "Laisse-moi leur parler, Angela, moi je sais les prendre et toi ils ne vont pas comprendre à cause de ton accent à la Eva Joly..." Crédit John Schults / Reuters
Si vous ne connaissez pas encore Olivier Delamarche, vous devriez faire un tour par BFM Business les jours où il y fait son numéro. Enfoncés, les prophètes de malheur modèles Jorion ou Lordon, qui nous annoncent la fin du monde avec autant de régularité et de conviction qu’un grand maître du Temple solaire.
Un dur, un tatoué, ce Delamarche. Gourou chez Platinium, un gestionnaire de portefeuille parisien dont la raison sociale est déjà un sacré programme, c’est tout juste s’il ne déclenche pas de crises de larmes chez les présentateurs de la chaîne :
―Tout est foutu les gars. L'Europe est fichue, les dettes ne seront jamais remboursées. L’euro a déjà un pied et demi dans la tombe et si vous aviez un rêve quelconque, je veux dire un rêve qui coûte de l’argent, je vous conseille de l’accomplir fissa parce qu’autrement, ce sera pour une autre vie…
― Mais enfin, qu’est-ce que vous racontez ? Il y a encore un tas de solutions, les eurobonds, le rééchelonnement des dettes, la politique budgétaire commune, les institutions, les hommes de bonne volonté…
― Tout est foutu, je vous dis ! Faut prendre ses pertes. Manger son chapeau… C’est trop tard et si vous pensez encore le contraire, c’est que vous croyez au père Noël et même si c’est la saison, il ne va passer cette année. Il est bien trop occupé à négocier une ristourne auprès de ses fournisseurs de jouets chinois pour ses factures de l’année dernière et de celle d’avant. Parce que même le vieux barbu, il vit à crédit, vous comprenez…
Bon, à l’inverse des Jorion & Co, il est cynique mais rigolo, le Delamarche. Ils nous voit tous mourir, mais avec une sorte de bonne humeur blasée qui donne presque envie de voir ses prédictions se vérifier, histoire de vivre une fin du monde en direct et autrement que dans un film catastrophe américain (incidemment, les Américains sont fichus eux aussi, même s’ils ne le savent pas encore et croient que tout ce barouf, c’est juste un truc de vieux européens fatigués. Et pour les Japonais, j’vous raconte pas : ils sont carrément en coma dépassé).
Une règle d'or en béton armé
Moi, de mon côté, je suis un indécrottable optimiste. Tout ce que je sais faire en matière de gestion de portefeuille, c’est séparer les billets des petites pièces quand je réorganise le mien. Alors du coup, aux prophètes de malheur, je préfère mes copains Nicolas et Angela qui nous annoncent la mère de tous les plans de sauvetage tous les quinze jours.
Tiens, hier par exemple, ils m’ont carrément rendu la pêche perdue le jour où même les obligations d’État allemandes se sont retrouvées à la rue (j’imagine que Delamarche n’en a pas acheté beaucoup, du papier teuton. D’ailleurs, je me demande ce qu’il achète encore, à part des actions de sociétés fabriquant des abris anti-atomiques et des kits pour survivalistes).
Donc, voici le plan : on instaure une règle d’or en béton armé avec sanctions et tout et tout pour les pays qui confondent argent public avec jetons de casino. On demande aux petits pays d’aller jouer dehors quand les big boys franco-allemands décident de débloquer des sous pour sauver les plus méritants et on commence à réfléchir à un nouveau traité qui ne concernera que ceux qui veulent aller de l’avant parce que les conseils des Anglais qui veulent le beurre et l’euro du beurre, terminé !
Hum, c’est sûr, ça a l’air sérieux, ce coup-ci. Même le CAC a fini en hausse de plus de 1% hier soir, ce qui n’est pas grand chose mais représente tout de même la septième séance de hausse consécutive depuis que Nico et Angie ont promis de remettre les choses en ordre. Si ça se trouve même Delamarche a craqué et s’est acheté un peu de SocGen et de BNP pour accompagner le mouvement !
Vous doutez ? Vous n’y croyez pas encore ? Vous êtes vous-même comme ce tiers des Français rêvant d’un retour au franc au prétexte que ça nous permettrait de dévaluer et de nous remettre à fabriquer des T-shirts au prix chinois ? Faites comme vous le sentez. Moi, je fais confiance au père Noël et la petite souris. Cette fois c’est la bonne !
Et puis autrement, c’est pas grave. Je crois qu’une nouvelle réunion de la dernière chance est prévue pour les semaines qui viennent.
Hugues Serraf
Hugues Serraf est journaliste, écrivain et blogueur.
Aujourd'hui, éditorialiste à Atlantico, il est l'auteur de Petites exceptions françaises (Albin Michel, 2008) et de L'anti-manuel du cycliste urbain (Berg International, 2010).


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Mais bon, je prends quand même, en espérant que la prochaine mauvaise nouvelle qui vous fera revendre vos Socgen, ne viendra pas trop rapidement. Une sacrée énergie ce Sarko, et nous qui croyions Merkel inébranlable! quand aux Englishes, les chiens aboient, la caravane passe! Il n'y a que notre triste coalition écolo-fronto-gaucho qui ne trouve pas ça drôle...On s'y attendait!
Merci pour l'article. J'ai bien rigolé.
Je suis Delamarche depuis un petit moment. Il manquera quand tout se sera écroulé.
Comment peut on être sauve par un président qui brade nos valeurs et notre indépendance en disant amen à toutes les propositions allemandes et dont le seul credo est la régle en or -qu'il aurait dû mettre en pratique plus tôt- afin de mettre en porte à faux les socialos en commptant sur celà pour sa réélection ayant échoué dans tous les domaines il devrait avoir la décence de ne pas se représenter
qui nous est adressée par Hugues Serraf, toujours avec autant d'humour !