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"Sans Alésia, point de Gaulois, sans Alésia, point de nation"

Bien souvent, les nations se souviennent des victoires militaires qui ont fait la grandeur de leur pays, et occultent les défaites. Pourtant, les débâcles militaires ont, elles aussi, fait la France. Extrait de "Veni, Vedi, … ces grandes défaites militaires qui ont fait la France" de Carl Aderhold, publié chez First. (2/2)

Bonnes feuilles

Publié le - Mis à jour le 28 Mai 2018
"Sans Alésia, point de Gaulois, sans Alésia, point de nation"

Le passage sous la domination romaine offre aux Gaulois quatre siècles de paix, la fameuse pax romana, « paix romaine », l’accès à des fonctions publiques importantes et une prospérité certaine : ouverture au marché de l’ensemble de l’Empire, circulation monétaire… La transformation au lendemain d’Alésia a été profonde et irréversible. Et surtout, la défaite, loin d’entraîner un chaos profond, a au contraire accouché d’un monde nouveau, pacifié et prospère, qui a formé les bases juridiques, culturelles et civilisationnelles de la future France.

C’est ce qui faisait dire à Voltaire au xviiie siècle que la défaite avait été une bénédiction, permettant à la Gaule d’entrer dans l’orbite de l’Empire romain, à la différence des Germains restés à la frontière.

Jusqu’au XVIIIe, en effet, Alésia est perçue comme une victoire ! Non pas un succès militaire mais une chance : la France a ainsi profité des bienfaits de la civilisation gréco-latine. Il faut attendre la Révolution pour que cette vision se modifie. La contestation croissante des privilèges de la noblesse amène certains aristocrates à avancer la justification de leurs avantages par l’Histoire : ils seraient les descendants des Francs qui ont conquis la Gaule romaine. Du coup, les intellectuels du tiers état se cherchent des origines du côté des Gaulois, selon le vieil adage : le premier occupant est celui qui est propriétaire.

Dans cette vision, les Francs ne sont que des usurpateurs, des voleurs.

Au XIXe siècle, la mode des Celtes et des druides mise au goût du jour par les romantiques favorise l’étude des Gaulois et leur revalorisation. Le retour de l’Empire avec Napoléon III marque la dernière grande étape de glorification de la conquête romaine. L’empereur écrit même un ouvrage sur le sujet : L’Histoire de Jules César, en 1866, tout entier dédié à la gloire de la conquête romaine. Ainsi note-t-il à propos d’Alésia : « Dans ces plaines fertiles, sur ces collines maintenant silencieuses, près de 400 000 hommes se sont entrechoqués, les uns par esprit de conquête, les autres par esprit d’indépendance ; mais aucun d’eux n’avait la conscience de l’œuvre que le destin lui faisait accomplir. La cause de la civilisation tout entière était en jeu. » Et d’ajouter : « Aussi tout en honorant la mémoire de Vercingétorix, il ne nous est pas permis de déplorer sa défaite. […] n’oublions pas que c’est au triomphe des armées romaines qu’est due notre civilisation. » On ne saurait mieux dire… Au nom du césarisme, cette forme de dictature qui permet de guider les peuples vers leur bonheur, Napoléon III vante les bienfaits de la romanisation. Il est à ce point passionné par la guerre des Gaules et son grand homme qu’il finance sur ses propres deniers des recherchesdans toute la France pour mettre au jour les traces dans le paysage du récit de Jules César.

 
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Carl Aderhold

Historien de formation, Carl Aderhold a été éditeur - il a cofondé Vendémiaire, maison d'édition spécialisée en Histoire - avant de se consacre à l’écriture. Il est l’auteur de plusieurs romans, dont très remarqués, Mort aux cons (Hachette Littératures), Les poissons ne connaissent pas l’adultère, Fermeture éclair (tous deux parus chez JC Lattès). Il a également publié Avant/Après, en collaboration avec Vincent Brocvielle. Aux Editions First, il a publié l'essei Droit d'inventaire avant l'élection (2017).

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