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Salaires et temps de travail, les salariés allemands se rebiffent : la bonne nouvelle pour le reste de l’Europe… et la mauvaise

Depuis quelques jours, les salariés de l'emblématique syndicat allemand IG Metall ont été appelés à débrayer, phénomène rare dans le pays, pour obtenir 6% d'augmentation de salaires et la possibilité de passer à des semaines de 28 heures.

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Salaires et temps de travail, les salariés allemands se rebiffent : la bonne nouvelle pour le reste de l’Europe… et la mauvaise

Atlantico : "Augmentez les salaires, baissez le temps de travail !". Depuis quelques jours, les salariés de l'emblématique syndicat allemand IG Metall ont été appelés à débrayer, phénomène rare dans le pays, pour obtenir satisfaction. Soit 6% d'augmentation de salaires et la possibilité de passer à des semaines de 28 heures. Dans quelle mesure une demande d'augmentation de salaire peut apparaître légitime dans un pays "réputé" pour sa modération salariale ? A l'inverse, peut on considérer que le choix de semaines à 28 heures est en contradiction avec le défi démographique du pays ? 

Eric Verhaeghe : ​Je crois qu'il faut un peu nuancer les points de vue sur ce dossier, et mettre entre guillemets le préjugé français répandu selon lequel les salariés allemands se serreraient la ceinture pour assurer la prospérité de leur pays!

C'est en effet une opinion qui court les rues selon laquelle les salariés allemands se seraient appauvris pour enrichir leur économie. Les faits démentent cette idée reçue. Ainsi, l'IG Metall a obtenu 5,6% d'augmentation sur 20 mois en 2013. En 2015, un accord régional avait prévu une augmentation de plus de 3,5%. En 2016, les régions rhénanes ont obtenu près de 5% d'augmentation sur 2 ans. Les salaires de la métallurgie en Allemagne progressent donc plus vite qu'ailleurs depuis la crise de 2009. Il ne faut surtout pas oublier que la métallurgie allemande bénéficie d'une compétitivité hors coût qui lui permet de vendre, même avec des déterminants du prix en hausse raisonnable. De ce point de vue, les grèves en Allemagne dans ce secteur ne paraissent pas déraisonnables économiquement.

Pour le reste, les métallurgistes allemands sont fidèles à leur tradition de baisse du temps de travail. Rappelons que chez Volkswagen, la durée hebdomadaire peut tomber à l'équivalent d'un mi-temps français. Les Allemands n'ont pas le culte de la durée du travail. Ils peuvent se permettre cette facilité notamment du fait d'une organisation internationale du travail qui leur apporte de la main-d'oeuvre européenne. Dans le monde industriel, le sujet démographique ne se pose donc pas dans les mêmes termes que dans le secteur agricole, par exemple, où le recours à du travail détaché peu payé est beaucoup plus fréquent. 

Ne peut on pas également s'interroger sur les demandes de hausse de salaires du plus puissant syndicat du pays, représentant un secteur porteur en Allemagne ? Les salariés les plus concernés par la modération salariale ne sont ils pas justement ceux qui ne sont pas représentés par ce mouvement ? 

​Effectivement, la métallurgie n'est pas le secteur qui souffre le plus en Allemagne, bien au contraire. C'est un fleuron, fort exportateur, particulièrement névralgique dans le commerce extérieur du pays. À bon droit, d'ailleurs, les salariés du secteur peuvent considérer qu'ils jouent un rôle fondamental dans la prospérité nationale. Leurs revendications ne sont donc pas inspirées par la misère d'un prolétariat exploité qui aurait besoin d'instaurer une dictature pour lutter contre la spoliation qui l'étrangle. On n'en dira pas autant des salariés des autres secteurs qui aspirent à un peu plus de justice sociale. C'est particulièrement vrai dans les secteurs où la concurrence des travailleurs détachés européens est forte. On a évoqué plus haut la filière agricole, où les fermiers allemands n'hésitent pas à employer des Polonais ou des Roumains payés à moins de dix euros de l'heure. Dans l'artisanat, on compte aussi des travailleurs salariés ou non qui sont soumis à de fortes pressions sur les prix. Ceux-là ne donnent pas de la voix, pour une raison simple: le syndicalisme défend prioritairement les insiders. Ceux qui sont soumis à la concurrence ont moins de disponibilité et de marge de manoeuvre pour revendiquer. 

 
Commentaires

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  • Par Ganesha - 03/02/2018 - 11:28 - Signaler un abus Hilarant

    En tout cas, ce nouvel épisode politique est une réponse absolument ''hilarante'' aux centaines de commentaires de ''fillono-sarkozistes'', qui pendant la campagne électorale, venaient ici quotidiennement pleurnicher sur le ''désastre des 35 heures'' en France ! Avec ses millions de chômeurs, la réduction du temps de travail est la solution qui s'impose de façon encore plus urgente en France qu'en Allemagne ! Et pour assurer la compétitivité, la solution est évidente : diminuer les dividendes. Mais là, je m'attaque à un tabou sur Atlantico : la plupart des abonnés sont de riches actionnaires !

  • Par ajm - 03/02/2018 - 11:52 - Signaler un abus Dividendes

    Il y a tellement de sottises dans les commentaires de l'agitateur à tête d'éléphant que je n'arrive pas à les dénombrer. Juste sur le sujet des dividendes, il convient de donner quelques chiffres ( sources : statistiques gouvernement, IRPP revenus 2015). Le montant total des revenus mobiliers distribués â des personnes physiques en France , qui comprend tous les dividendes et pas seulement ceux versés par de grandes entreprises du CAC 40, qui intègre aussi les dividendes reçus d'entités étrangères (excluant â l'inverse les dividendes versés à l'étranger ) est de 52 milliards d'euros à comparer avec plus de 700 milliards de salaires et de 290 de retraites et pensions. Donc , à l'évidence, prétendre qu'une reduction des dividendes aurait un impact significatif global sur la competitivite des entreprises est totalement farfelu. Au contraire, la baisse arbitraire des dividendes risquerait de faire fuir tous les investisseurs français et etrangers dans notre economie et de reduire un peu plus sa croissance.

  • Par Ganesha - 03/02/2018 - 13:49 - Signaler un abus Pathétique

    Ce qui est pathétique avec les ''papys-Atlantico'', c'est que s'ils étaient ''vraiment riches'', ils auraient certainement des loisirs plus amusants que de publier des commentaires sur ce site. Ce sont de gentils retraités bien tranquilles, mais ils vivent dans l'atroce angoisse permanente que le moindre changement dans notre régime économique et politique pourrait entraîner un effondrement dramatique de leur niveau de vie : ils se voient déjà SDF ! Et cela les conduit à se rendre complices et à venir ici faire la promotion d'un système qui figurera bientôt dans les livres d'histoire comme étant l'un des plus injustes et monstrueux que le monde ait connu...

  • Par J'accuse - 03/02/2018 - 14:01 - Signaler un abus Les vrais objectifs ne sont pas ceux qu'on proclame

    Les syndicats ne défendent pas les salariés d'un secteur, mais leurs propres intérêts: il faut masquer leur rôle de plus en plus discutable dans les entreprises, leurs financements en grande partie occultes, les importants revenus (officiels et officieux) et privilèges des syndicalistes, et leurs influences sans légitimité démocratique dans la vie politique et économique du pays. Ce mouvement d'IG Metal est corporatiste et à visée marketing: les intérêts de l'industrie, de ses salariés et du pays en général, il n'en a rien à cirer.

  • Par Solognitude - 03/02/2018 - 19:26 - Signaler un abus Ganesha

    vous êtes effectivement hilarant et pathétique!

  • Par Anouman - 03/02/2018 - 20:49 - Signaler un abus Syndicats

    Les syndicats ont toujours eu pour fonction de défendre ceux qui travaillent, tâche qu'ils accomplissent plus ou moins bien car ils ont tendance à défendre d'abord leurs intérêts (en France en tous cas). Quant à ceux qui ne travaillent pas, ils s'en foutent et à leur place je ferais pareil (il y a un marché pour un syndicat de chômeurs mais pas certain que ça rapporte autant). Mais on est quand même content d'apprendre que les trente-cinq heures qui chez nous ruinent les entreprises, permettent en Allemagne d'avoir des constructeurs automobiles qui font de confortables profits. On peut donc se demander si le problème ne serait pas ailleurs....

  • Par Stargate53 - 04/02/2018 - 08:50 - Signaler un abus Ce qui compte c'est le résultat final !

    Il faut attendre la fin de ce bras de fer entre un puissant syndical métallurgique et le patronat avant de se risquer à un commentaire ! Demander n'est pas obtenir ! Et il est sympa de voir la réduction du temps de travail promue en Allemagne alors qu'en France ce serait la vilaine cause de tous les surcouts comme le niveau de salaire ! Paradoxe intéressant ! A suivre !!!!

  • Par kelenborn - 04/02/2018 - 08:56 - Signaler un abus Oui enfin

    Il y a une chose qui vous mettra peut être d'accord: en 10 ans (2006-2016), le PIB par habitant en parité de pouvoir d'achat ( réduction faite des différences de prix) est passé par rapport une moyenne de 100 (europe à 28) de 117 à 123 en Allemagne: (pour A2Bouh les allemands ont un PIB par tête de 23% supérieur à la moyenne européenne). Il est passé de 109 à 105 en France: en clair on aura bientôt un PIB par tête inférieur à la moyenne européenne! C'est pas les 35 heures qui ont fait cela car...c'était avant! c'est bien la compétitivité structurelle que reconnait même Sylvestre quand il a pris ses cachets ! Qui était président ? Quand on vous dit que ça va mieux ou que ça allait mieux! Et puis, au passage, les discours sur la pauvreté en Allemagne !!!!

  • Par Ganesha - 04/02/2018 - 09:34 - Signaler un abus Partage du Travail

    Comme d'habitude, nous discutons sur une question, sans disposer du minimum d'informations pour mener une réflexion sérieuse ! Combien de travailleurs sont concernés ? Combien gagnent-ils ? Quelle sont actuellement leurs horaires de travail ? De nombreuses sources indiquent que, contrairement à ce que croient les vieux bouffons qui traînent sur Atlantico, la durée moyenne du travail en Allemagne est inférieure à celle de la France. Ce qui certain, c'est que ces plus de deux millions de travailleurs syndiqués auprès d'IG Metall sont des ''aristocrates'' du monde ouvrier, non seulement dans leur pays (où le taux de pauvreté est plus élevé que chez nous), mais même au niveau mondial. Et ils font preuve de GÉNÉROSITÉ ! Certes, les progrès de la robotisation vont intervenir, mais dans l'immédiat, en travaillant moins, ils provoquent un PARTAGE du TRAVAIL ! Dans leurs entreprises, il va y avoir de L'EMBAUCHE ! Pour les vieux croûtons confits dans leur égoïsme outrancier, qui viennent ici radoter, il s'agit là d'un acte inimaginable, un sacrilège !

  • Par Anguerrand - 04/02/2018 - 11:25 - Signaler un abus Les allemands délocalisent sans s’en venter bien sûr

    Tous les constructeurs allemands vendent du « made in Deutshland » fabriqué en fait dans les pays de l’Est (hongrie, Slovénie, Espagne, Pologne, etc) . Ces voitures sont loin d’avoir les qualités de celles fabriquées chez eux, j’en ai fait les frais. Chez Mercedes toutes les voitures jusqu’au milieu de gamme sont fabriquées en Hongrie et sont bourrées de défauts de toutes sortes. (Jusqu’a la classe C) A, B, C, CLA, etc. Les classements de fiabilités sont désastreux pour ces marques dites haut de gamme; Audi, BMW, MERCEDES et maintenant loin derrière les fabricants français. Si les ouvriers allemands ne veulent plus travailler que 28 heures, non seulement les entreprises robotiseront un peu plus leurs usines allemandes, mais délocaliseront de nouvelles voitures. Les diesels Mercedes sont d’origine Renault ! Les allemandes ‘ comme les voitures asiatiques sont de vrais tape cul sur un réseau français de routes secondaires en pleine désagrégation.

  • Par ajm - 04/02/2018 - 11:55 - Signaler un abus Effet de ciseaux avec les reformes Hartz Allemandes.

    Le déficit de compétitivité de l'industrie française a effectivement des causes profondes déjà évoquées ici et là ( qualité et positionnement des produits, nombre de grosses pme exportatrices... ) mais clairement l'effet des 35 h a été négatif , même si ses coûts ont été partagés avec l'etat ( baisse des charges sociales sur les bas salaires avec du coup hausse du déficit budgétaire ) et les salariés ( modération salariale, rabotage d'avantages divers ) . Il ne faut pas oublier non plus que l'Allemagne, juste après au debut des années 2000 , (réformes Schroeder) mettait en place des mesures visant au contraire à ameliorer sa compétitivité.

  • Par ajm - 04/02/2018 - 11:58 - Signaler un abus Effet oublié des 35 h dans le secteur public.

    L'effet des 35h dans le secteur public a été particulièrement nocif: embauche massive dans les collectivités territoriales, désorganisation complète des services hospitaliers etc..

  • Par kelenborn - 04/02/2018 - 18:17 - Signaler un abus Bon c'est définitivement la

    Bon c'est définitivement la galère pour poser des commentaires sur ce site de merde! Il disparait avant d'avoir été posté! Je me désabonne!

  • Par kelenborn - 04/02/2018 - 18:21 - Signaler un abus anguerrand

    Et tt pendant que je le suis encore, vous racontez n'importe quoi (ce qui n'étonnera personne) Vous dites avoir acheté une bagnole pourrie mais peut être ne saviez vous pas la conduire. Le communisme fut une catastrophe mais la main d'oeuvre très qualifiée! Pourquoi croyez vs que Peugeot se soit installé à Trnava (slovaquie) et que Jaguar s'apprête à la faire à 20km au sud? eten créant 10 000 emplois pour un pays de 6.5 M h? J'ai eu une Octavia: jamais d'emmerdes;j'ai ensuite acheté une 407 coupé sport ! que des emmerdes! Peugeot plus jamais !

  • Par Ganesha - 05/02/2018 - 07:02 - Signaler un abus Kelenborn

    La solution, c'est d'écrire vos commentaires dans un traitement de texte, sur un fichier séparé, puis de faire un copié-collé, quand il est prêt. Cela permet de publier le même commentaire sur plusieurs sites, ou plusieurs fois sur le même site, en l'améliorant à chaque fois. Et de tenir une comptabilité : en Janvier, j'ai publié plus de 15.000 mots !

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Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr Il vient de créer un nouveau site : www.lecourrierdesstrateges.fr
 

Diplômé de l'Ena (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un Dea d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

 

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