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Ryanair pousse-t-il le modèle low cost trop loin ?

La compagnie aérienne Ryanair est à nouveau dans la tourmente. Des documents relayés dans la presse mettent en lumière des dysfonctionnements dans, la compagnie inciterait les pilotes à limiter la consommation de carburant. Le système low-cost semble être poussé trop loin

Tu pousse le bouchon trop loin !

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Ryanair pousse-t-il le modèle low cost trop loin ?

Ryanair forcerait ses pilotes à limiter la consommation de carburant : le modèle low-cost à la limite de la sécurité. Crédit REUTERS/Albert Gea

Atlantico : Le Nouvel Observateur a révélé des documents compromettant pour la compagnie Ryanair : la direction envoie des courriers à ses pilotes pour leur demander de limiter la consommation de kérosène. Ce n'est pas la première fois que la compagnie aérienne est remise en cause pour ses politiques douteuses (taxer au poids les passagers). Ryanair pousse-t-il le modèle low-cost trop loin ?

Pascal Perri : La politique de Ryanair est constante. Pour être low fare, il faut être low cost. Les coûts opérationnels de Ryanair sont les meilleurs du marché. Tous ceux qui ont quelques notions d’aéronautique savent que plus un avion est lourd, plus il consomme. Ryanair joue avec les règles depuis longtemps. C’est presque un élément de son ADN. Jusqu’à présent Michael O’Leary s’était distingué par des déclarations tapageuses sur le fait de faire payer ses toilettes en vol, sur son appréciation de la concurrence. La compagnie vient de passer commande de Boeing 737.

L’aménagement cabine sera revu. Un galet et un emplacement toilette seront supprimés pour installer entre 7 et 10 sièges de plus par avion. Ces mesures permettront à Ryanair de baisser ses tarifs de 5% mais au passage O Leary n’a pas pu s’empêcher de brocarder ses concurrents en déclarant que les grands compagnies européennes ne savent pas marcher droit et mâcher un chewing-gum en même temps !

A trop invoquer une politique d'économie, les compagnies low-cost mettent-elles en danger la sécurité des passagers ? (l'enquête du Nouvel Obs montre que plusieurs atterrissages ont du être réalisés en urgence par manque de carburant)

Il faut absolument considérer Ryanair comme un cas à part. Pour commencer, soyons fidèle à la vérité : la compagnie n’a jamais eu d’accident sérieux depuis son lancement : autant d’atterrissages que de décollages !  Mais à l’évidence, O Leary prend des risques inutiles. Le modèle serait prospère sans ces économies inutiles et dangereuses.

Je crois cependant qu’on peut faire confiance aux navigants techniques. Les pilotes ont des défauts mais ils ont l’obsession de la sécurité. Si la sécurité des vols était en jeu, ils le diraient clairement. J’ajoute que pour Ryanair dont le développement commercial est constant, la sécurité est un élément capital de crédibilité. Si un incident venait à se produire, je fais le pari que leurs vols se videraient et que le modèle serait remis en cause.

Quelles doivent être les limites du modèle low-cost dans l'aviation ?

Le transport aérien est une activité réglementée et surveillée par l’administration de l’aviation civile. On ne peut pas faire n’importe quoi et c’est heureux. On parle beaucoup de Ryanair, mais il y a aussi easy Jet dont la flotte est parmi les plus sures et les plus récentes d’Europe. Aux Etats Unis, South West Airlines, le premier transporteur low cost est devenu un acteur majeur du transport domestique en restant fidèle à sa promesse de départ. Le low cost est adapté aux contraintes de pouvoir d’achat sur le court et moyen courrier. C’est avant tout un modèle fondé sur la simplicité de l’offre. Sur des trajets de moins de deux heures, c’est le mode de transport parfait. Air France propose aujourd’hui une version approchante avec l’offre HOP. Lufthansa a logé ses activités de court courrier dans GermanWings, sa compagnie low cost où la productivité est de 20% supérieure.

 
Commentaires

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  • Par un_lecteur - 30/06/2013 - 14:21 - Signaler un abus Les données sont disponibles

    http://aviation-safety.net/database/ Les accidents aériens sont répertoriés, et les données sont disponibles. Ryanair : un atterrissage force après décollage à Rome en 1998 suite à la rencontre avec un vol d'oiseaux. Pas de morts, pas de blesses. http://aviation-safety.net/database/operator/airline.php?var=8170 Air France : http://aviation-safety.net/database/operator/airline.php?var=6679 Beaucoup de morts.

  • Par Roman Bernier - 01/07/2013 - 10:22 - Signaler un abus Elements complémentaires

    Attention: si j'adhère en partie à ce que dit M. Peri, il ne faut pas non plus exclure les dangers sécuritaires. La CIAIAC (autorité de contrôle aérien espagnole) a bien notifié dans son rapport sur l'incident de Valence : "la politique d'économie de carburant de la compagnie, bien qu'elle soit en accord avec le MINIMUM LEGAL, tend à minimiser la quantité de carburant avec lequel ses avions opèrent, laissant de fait aucune place aux imprévus" (en anglais dans le texte). Cette pratique est la marque de fabrique d'une compagnie qui ne voit pas le minimum comme un seuil critique mais comme un standard (cela a été confirmé par les documents de l'Obs). L'obsession de la sécurité n'en est pas moins réelle ce qui aboutit à un grand écart (au risque de créer une déchirure). Ainsi de nombreux autres incidents existent mais sont moins médiatisés : Budapest, mais aussi le "décrochage" de 500 pieds en 2008 (l'avion a poussé trop haut pour économiser) ou l'atterissage à Alicante qui fait l'objet d'une autre enquête par la CIAIAC. Bref, les dangers de la sécurité ne doivent ni faire l'objet d'une diabolisation, ni être minimisés. Si l'EU se saisit de la question, ce n'est pas pour rien.

  • Par Roman Bernier - 01/07/2013 - 11:21 - Signaler un abus Derniers éléments

    Le rapport de la CIAIAC a précisé que Ryanair devrait changer sa politique de fuel. Pire, il a appelé l'OACI à changer le cadre légal pour éviter que des pratiques similaires à celle de Ryanair soient considérées comme dangereuses (pour info, l'OACI c'est l'autorité mondiale de l'aviation civile qui définit les politiques de sécurité, de carburant, etc, du monde entier - c'est la plus grande autorité de l'aviation). Voilà pour l'aspect "technique" des choses que je souhaitais mettre en avant - car l'interview était assez 'théorique". Le rapport est disponible ici http://www.fomento.es/NR/rdonlyres/5B31C35A-EED0-4ABF-860B-D4BD396F5B04/118469/2010_010_IN_FINAL_ENG.pdf Roman - Air Observer Bloggeur de l'air :)

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Pascal Perri

Pascal Perri est économiste.

Spécialiste de la concurrence et des prix, il dirige PNC, un cabinet de conseil en stratégie low cost. Consultant économique pour RMC sport, il est aussi commentateur régulier du grand journal de l’économie sur BFM.

Il a publié notamment SNCF : un scandale français (Eyrolles, 2009) et plus récemment Ne tirez pas sur le foot - Contre les idées reçues (JC Lattès, 2011).

Il a récemment publié une étude de marché intitulé "Réussir sa stratégie low cost" avec Les Echos études et Eurostaf.

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