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Rupture ou continuité : ce que sera la diplomatie française au Moyen-Orient en cas de victoire de Marine Le Pen ou d'Emmanuel Macron

Conflit syrien, situation en Libye, lutte contre le terrorisme : autant de questions internationales importantes pour la France que les deux prétendants à l'Elysée envisagent différemment.

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D'Emmanuel Macron ou Marine Le Pen, quel est le candidat qui permettrait à la France de retrouver véritablement sa stature internationale, notamment dans la résolution des principaux dossiers moyen-orientaux ?

"Une France puissante et respectée dans le monde" est la phrase qui figure en tête du programme des deux candidats. Mais pour que la France soit de nouveau respectée et écoutée, il faut qu’en premier lieu elle retrouve une sorte de leadership au sein de l’Europe et qu’elle entreprenne une véritable révolution copernicienne de sa diplomatie en Afrique, en Méditerranée (notre frontière la plus importante) et au Moyen-Orient.

Pour cela, nous devons rapidement nous forger une âme d’acier et bannir l’autoflagellation permanente et notre sentiment de culpabilité (notons au passage qu’ Emmanuel Macron a fait piteusement le contraire lors de sa visite en Algérie en février dernier). Il faut abandonner notre "Irréalpolitik", se rapprocher de la Russie et, comme elle, définir et adopter expressément une politique ambitieuse, claire et cohérente en Méditerranée et au Moyen-Orient, basée non plus sur nos seuls profits commerciaux mais sur une lutte impitoyable contre l’islam radical et politique (dans notre intérêt et celui des musulmans). Il faut cesser d’être une puissance hautaine et moralisatrice alors que tout le monde arabe nous considère comme d’avides marchands de canons, paralysés par nos riches clients du Golfe. Il faut enfin, comme je l’avais déjà écrit, mettre de côté "nos discours moralisateurs, notre ingérence politique, notre 'fondamentalisme démocratique et droit-de-l’hommiste' hypocrite pour leur préférer peut-être 'une ingérence de la coopération ou du co-développement' et des valeurs comme le courage, le sens de l’honneur, de la fidélité et de la parole donnée, qui auront certainement beaucoup plus d’impact dans cette partie du monde… "[1]

Alors qu’en sera-t-il à partir du 8 mai prochain ?

Il demeure encore de nombreuses questions concernant la nature d’une éventuelle présidence de Marine Le Pen. D’abord, en dépit de son alliance avec Nicolas Dupont-Aignan et ses réajustements de l’entre-deux tours à propos de l’euro et de ses positions sur les institutions européennes, la candidate souverainiste parviendra-t-elle à redonner un leadership à la France au sein de l’Union européenne ? Sortira-t-elle de l’Otan comme elle l’annonce dans son programme ? Qui sera son ministre des Affaires étrangères, qui seront ses conseillers diplomatiques et ses diplomates ? Quelles seront ses relations avec des pays comme l’Iran ou encore l’Algérie et Israël qui sont deux partenaires décisifs dans notre lutte contre le terrorisme ? Que va-t-elle faire avec les monarchies du Golfe ?

En attendant, seule certitude, et on ne peut le nier, c’est une femme de caractère qui dégage une certaine forme de fermeté et d’autorité. Deux qualités que l’on respecte énormément au Proche-Orient. Ceci peut alors se révéler être un immense avantage pour l’image de la France si mise à mal depuis ces cinq dernières années dans la région.

Quant à Emmanuel Macron élu, sera-t-il le président de la rupture fondamentale avec un quinquennat dont le bilan diplomatique est désastreux au Moyen-Orient (fiascos diplomatiques dans les conflits israélo-palestinien et syrien, mise hors jeu de la France en Syrie, terrorisme…) ?

Jeune technocrate, néophyte et sans expérience des Affaires étrangères, le leader d’En Marche ! est très loin d’être un fin connaisseur des arcanes moyen-orientales. Le président Macron parviendra-t-il à devenir un homme d’Etat digne de ce nom qui sera enfin écouté et respecté ?

Ancien banquier, spécialiste de la finance et, comme on l’a vu plus haut, encore trop entouré d’idéologues et d’ "experts" déconnectés des réalités de la région, fera-t-il les bons choix et saura-t-il comprendre qu’en relations internationales, tout n’est pas qu’une question de parts de marché à conquérir, de sondages, de calculs électoraux ou pire, d’idéologie ?

Pour ma part, tout en espérant me tromper, je crains que malgré son apparente fraîcheur, le président Macron s’inscrive dans la continuité d’un interventionnisme irréfléchi et la filiation de la politique de son prédécesseur, marquée (sauf au Mali) par les erreurs, les mauvais choix, les échecs et finalement l’effacement progressif de notre pays au Moyen-Orient et ailleurs.

 

 
Commentaires

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  • Par vangog - 01/05/2017 - 10:24 - Signaler un abus Marine Le Pen: diplomatie moderne dialoguant avec

    tous les gouvernements démocratiques, et adaptée au monde multipolaire d'aujourd'hui et de demain! Macron-Soros: continuité de la diplomatie de phoques islamophiles et du léchage de babouches!...

  • Par toupoilu - 01/05/2017 - 12:04 - Signaler un abus C'est vrai que sur les questions régaliennes, il n'y a pas photo

    .

  • Par langue de pivert - 01/05/2017 - 18:50 - Signaler un abus Voter n'est pas un jeu et engage votre responsabilité...

    Les électeurs de Macron auront le sang des prochaines victimes des rats d"allah sur les mains comme ceux qui ont voté Hollande ont 239 morts sur la conscience. (sans compter nos garçons morts en Afrique (au Mali comme ailleurs sous-traités à des régimes corrompus comme de vulgaires mercenaires par Hollande) La racaille de banlieue prépare déjà les drapeaux pour dimanche ! Je n'ai besoin de l'état que pour ses fonctions régaliennes : assurer la sécurité extérieure par la diplomatie et la défense du territoire ; assurer la sécurité intérieure et le maintien de l'ordre public avec, notamment, des forces de police ; définir le droit et rendre la justice ; détenir la souveraineté monétaire en émettant de la monnaie, notamment par le biais d'une banque centrale ; détenir la souveraineté budgétaire en votant le budget de l'État, en levant l'impôt et en assurant la gestion des finances publiques. Pour le reste emploi, revenus, logement etc je n'ai besoin de rien ni de personne. Pour cela je voterai Le Pen dimanche et pour le FN en juin sans état d'âme puisque c'est le seul choix qui me reste.

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Roland Lombardi

Roland Lombardi est consultant indépendant et analyste chez JFC-Conseil. Il est par ailleurs docteur en histoire et chercheur associé à l'IREMAM, Institut de recherches et d’études sur le monde arabe et musulman d’Aix-Marseille Université, également membre actif de l’association Euromed-IHEDN.

Il est spécialiste des relations internationales, particulièrement de la région du Maghreb et du Moyen-Orient, ainsi que des problématiques de géopolitique, de sécurité et de défense.

Sur Twitter @rlombardi2014

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