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Rififi entre les Républicains et Henri Guaino : qui récupérera le morceau de la vraie croix du gaullisme ?

Défaite d'Alain Juppé à la primaire, candidatures externes de Michèle Alliot-Marie et de Henri Guaino... La droite gaulliste vit des heures compliquées au sein du parti Les Républicains.

Droite

Publié le - Mis à jour le 30 Décembre 2016
Rififi entre les Républicains et Henri Guaino : qui récupérera le morceau de la vraie croix du gaullisme ?

Atlantico : Ce dimanche, Jean-François Lamour, responsable des investitures LR pour les prochaines législatives, a été très clair envers Henri Guaino, affirmant que sa critique du programme de François Fillon l'exposait au risque de ne pas être investi par le parti pour ces élections. Alors que la droite "chiraquienne" est quelque peu rentrée dans le rang depuis les années Nicolas Sarkozy, qui est plus ou moins gaulliste aujourd'hui à droite ? Cette question a-t-elle encore un sens ? 

Maxime Tandonnet : Il faut bien sûr se poser la question de la nature du gaullisme.

On ne dispose pas d'un corps de doctrine stable défini par le général de Gaulle et ses points de vue ont varié dans le temps. Quelques formules renvoient au gaullisme: indépendance nationale, Europe des Nations, politique de grandeur, participation, effort et rigueur sur le plan financier. Pour le gaullisme, dans la Constitution de la Ve République, le chef de l'Etat est un souverain au-dessus de la mêlée qui fixe un cap mais laisse le Premier ministre gouverner. On voit bien que la droite a clairement tiré un trait sur le fond de cet héritage. Elle a choisi délibérément depuis le début des années 1990, la politique des transferts de souveraineté à Bruxelles. Elle a oublié le thème de la participation.

Elle a laissé se creuser la dette et les déficits publics, se qui représentait, pour le Général, un désordre inadmissible. Elle a consenti à l'affaiblissement de l'industrie française. Enfin, avec le quinquennat et les primaires, elle a accepté une transformation radicale de la fonction du chef de l'Etat, en faisant de lui un super chef de gouvernement et leader d'une majorité. C'est ainsi que la fonction présidentielle est devenue partisane, ce qui est le sommet du scandale au regard de la conception du général de Gaulle. Aucun des leaders des Républicains ne s'est opposé à cette évolution. Le dernier de ce camp politique, Philippe Séguin, est mort en 2010. Dès lors, il reste la posture gaullienne, la prétention, par delà le fond des sujets, à se dire l'héritier du général. Alors là, c'est assez facile: tout le monde se donne des airs gaulliens et se réclame de lui: M. Juppé, M. Fillon, M. Le Maire, etc. Même au parti socialiste, même du côté extrémiste, certains se revendiquent de la légende gaullienne. On banalise le général en oubliant qu'avant tout, il fut le héros de l'appel à la résistance du 18 juin 1940, de la décolonisation de l'Afrique et de l'indépendance de l'Algérie. Il est l'une des grandes figures de l'histoire de France. Il appartient à la grande histoire. Se prendre pour le Général de Gaulle, aujourd'hui, est un signe express de bêtise ou de démence.

Alors que Michèle Alliot-Marie et Henri Guaino ont tous deux décidé de s'engager dans la présidentielle sans passer par la case primaire et qu'Alain Juppé a été nettement désavoué par les électeurs au second tour de cette même primaire, peut-on y voir le signe que le gaullisme ne peut plus s'accomoder aujourd'hui du système partisan et de la mainmise des partis politiques sur la vie politique ?

Mme Alliot-Marie se réclame du gaullisme mais on aimerait comprendre à quel titre elle serait plus gaulliste que M. Juppé, M. Fillon, M. Le Maire ou tout autre. Elle a été l'un des principaux ministres des gouvernements des présidents Jaques Chirac et Nicolas Sarkozy, avec un bilan sûrement fort honorable. Mais quelles prises de position, quels actes, quelles attitudes, permettent de marquer sa différence gaulliste? Franchement, il serait intéressant de le savoir. Quant à Henri Guaino, de fait, il existe surtout en tant que créature de Nicolas Sarkozy. Le gaullisme est fondé sur un état d'esprit particulier. Ce n'est pas le "je" qui compte, mais uniquement la Nation. Le Général ne doit rien à personne et ne s'accroche jamais. Dès qu'on ne veut plus de lui, il part. Le 20 janvier 1946, en désaccord avec les partis, il démissionne. En mai 1958, il attend qu'un consensus pour son rappel se fasse dans la classe politique. Pendant sa présidence, il ne cesse de répéter que son mandat tient à la confiance populaire. Le jour où les Français ne voudront plus de lui, il s'en ira. Le 27 juin 1969, il démissionne après sa défaire au référendum sur la régionalisation et le Sénat. Les responsables politiques actuels font tout le contraire. Ils s'accrochent en permanence, pour durer le plus longtemps possible. Ils cumulent parfois les mandats pendant des décennies, et mêmes battus d'un côté par le suffrage universel, s'arrangent pour réapparaître ailleurs.

 
Commentaires

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  • Par Anguerrand - 26/12/2016 - 11:12 - Signaler un abus Il a du courage Gaino

    Faire toute une Campagne pour faire moins de 1%, chapeau. JE ne vois pas ce qu'amener sa candidature. Même Nicolas Dupont Aignan sera heureux s'il arrive à 5% ( minimum pour avoir ses frais de Campagne remboursés), mais Gaino ....

  • Par john mac lane - 26/12/2016 - 13:26 - Signaler un abus Il est mort De Gaulle. Vous ne le savez pas?

    C'est fini les microsillons....La musique se télécharge par Internet..Vous savez Internet, un truc ou De Gaulle n'a rien laissé comme avis en héritage. De Gaulle aimait bien les Panhards, ces belles voitures à coté des Simca. Laissez le dans sa tombe.....

  • Par tubixray - 26/12/2016 - 13:43 - Signaler un abus Merci pour l'explication

    30 ans que je me demande la signification de ce terme creux tant brandi par Chirac ce bon social démocrate ....... De Gaulle après la guerre a du concéder à l'URSS une reconnaissance des communistes français en échange d'un pacte de non agression .... Comme rien n'a été changé depuis nous conservons cet arrière gout de communisme qui gère notre vie .... Il serait grand temps de mettre un terme à la seule véritable exception française = un poids de l’extrême gauche totalement disproportionné !

  • Par Borgowrio - 26/12/2016 - 14:50 - Signaler un abus Légende et romantisme

    De Gaule n'est il pas le " Che Guevara " de la droite ? Devenu un idéal , personne n'ose parler de ses cotés sombres , il en a , comme tout le monde . Il faut le tuer une fois pour toutes , Gaino et MAM s'y emploient .

  • Par Ganesha - 26/12/2016 - 16:32 - Signaler un abus Ministre

    Il y a trop de questions d'égo et d'amour propre pour qu'Henri Guaino entre aujourd'hui au FN. Mais il sera certainement ministre dans le premier gouvernement de Marine Le Pen.

  • Par Benvoyons - 26/12/2016 - 16:44 - Signaler un abus De Gaulle

    né le 22 novembre 1890 à Lille et mort le 9 novembre 1970 à Colombey-les-Deux-Églises, est un militaire, résistant, homme d'État et écrivain français. Wikipédia. Vouloir faire parler De Gaulle pour de la politique d'aujourd'hui et une Géopolitique qu'il ne connaît pas me semble totalement arbitraire même un vol manifeste. Pour qu'il puisse émettre une analyse d'aujourd'hui car une pensée n'est pas immuable elle tient forcément compte du contexte du moment ou elle est pensée. Donc il faudrait un De Gaulle né le 22 novembre 1940 minimum . Ceux qui veulent faire parler un mort sont des voleurs de grands chemins des gens qui sont incapables d'avoir une pensée personnelle digne de se nom.

  • Par cloette - 26/12/2016 - 21:04 - Signaler un abus être De Gaulle

    à mon humble avis c'est un état d'esprit de résistance . A l'époque la lutte est contre l'envahisseur allemand en opposition avec la collaboration, mais la transposition est facile à faire aujourd'hui : il s'agit de conserver indépendance et souveraineté, la question est souveraineté de l'Europe ou souveraineté réduite à la France ? S'il y a gouvernement mondial souveraineté du monde par rapport aux Martiens ? On peut aussi penser à d'autres envahisseurs , donc oui, être gaulliste aujourd'hui a un sens encore.

  • Par Paulquiroulenamassepasmousse - 27/12/2016 - 00:38 - Signaler un abus La vraie croix c'est nous qui la portons...

    Ce que l'on doit à de Gaulle c'est ce que l'on paye aujourd'hui..... Il a cru bien faire en se dèbarassant de l'Algérie mais en fait il a repoussé le problème dont nous avons hérité......alors le pôvre gars qui se réclame de lui me fait très très très peur...

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Maxime Tandonnet

Maxime Tandonnet est historien, et ancien conseiller de Nicolas Sarkozy. Il est l'auteur de Histoire des présidents de la République (Perrin, 2013), et alimente régulièrement son blog personnel.

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