Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Mercredi 15 Août 2018 | Créer un compte | Connexion
Extra

Richesses et patrimoine : comment les retraités français ont pris le pouvoir

L'auteur Hakim El Karoui démontre que la crise économique et financière que le monde connaît depuis 2008 est en réalité une crise démographique. Extrait de "La lutte des âges" (1/2).

Bonnes feuilles

Publié le

Les inactifs sont donc de plus en plus nombreux. Rien de très surprenant en fait, c’est une réalité connue et anticipée depuis de nombreuses années. Ce que l’on sait moins, c’est qu’au pouvoir du nombre, ils ont ajouté le pouvoir de l’argent.

Retraités et rentiers

Aujourd’hui, en France, le patrimoine est concentré chez les plus de 50 ans. Ils détiennent 68 % du patrimoine net alors qu’ils ne représentent que 37 % de la population. Selon l’INSEE, les plus de 65 ans possèdent la moitié de la capitalisation boursière et 75 % des retraités sont propriétaires de leur logement.

Aux États-Unis, les plus de 50 ans sont dans une position encore plus confortable puisqu’ils concentrent 74 % du patrimoine alors qu’ils ne représentent que 32 % de la population.

Surtout, et c’est le plus important, l’évolution du patrimoine a été très favorable ces dernières années aux plus de 60 ans. En France, selon les chiffres de l’INSEE, le patrimoine net d’un ménage dont le chef de famille a 30 ans est de 32 700 euros, soit onze fois moins que celui des Français âgés de 60 à 69 ans, en moyenne de 345 500 euros. Ce chiffre très important pourrait sembler logique de prime abord, les plus âgés ayant travaillé plus longtemps ont pu accumuler du patrimoine à l’inverse des jeunes qui démarrent à peine. Mais si on remonte dans le temps, on se rend compte que les inégalités générationnelles se sont accrues. Il y a vingt ans, en 1992, le patrimoine était seulement sept fois plus grand.

En vingt ans, on note un très net déplacement de la richesse vers les retraités. En 2010, la cohorte la plus riche est celle des 60-69 ans – pratiquement tous retraités – nés entre 1941 et 1950 qui possèdent un patrimoine 1,5 fois plus important que celui du reste de la population, alors que les actifs de 40-49 ans, nés entre 1961 et 1970, ont un patrimoine supérieur de 1,24 fois seulement au niveau médian de la population. En 1992, les mieux dotés étaient les 50-59 ans – presque tous actifs – qui avaient un niveau de vie médian 1,6 fois supérieur au patrimoine médian des ménages français.

Aujourd’hui, mieux vaut être rentier que travailleur acharné. Dans son ouvrage Le Destin des générations, le sociologue Louis Chauvel démontre que les changements sociaux massifs qui affectent la structure sociale (élévation du pourcentage de cadres supérieurs, croissance de la scolarité, des revenus, etc.) concernent moins la société dans son ensemble que certaines cohortes. En 1970, à l’âge de 25 ans, les titulaires du baccalauréat avaient 60 % de chance d’accéder à la catégorie de cadre ou profession intermédiaire. En 2005, le taux n’était plus que de 20 %. Trente ans après, la génération née en 1970 compte toujours 55 % de cadres et professions intermédiaires. La génération de 1970, elle, n’a pas progressé sur l’échelle sociale.

Ainsi, en s’intéressant à l’évolution du revenu disponible 2 des jeunes actifs et des baby-boomers encore actifs sur une période de vingt-six ans entre 1979 et 2005, il démontre que le revenu des 35-39 ans a diminué d’environ 12 % par rapport à la moyenne nationale, tous âges confondus, tandis que celui de la classe d’âge des 55- 59 ans a progressé de 11 % par rapport à la moyenne nationale. Il était 4 % en dessous de la moyenne nationale ; il se situe maintenant 7 % au-dessus. En conséquence, les jeunes actifs qui ont la trentaine ont perdu 23 points relativement à leurs aînés de vingt ans. Autant que les inégalités de revenu entre hommes et femmes ! En 2010, les ménages des personnes âgées de 65 à 74 ans disposaient d’un revenu disponible 1,04 fois supérieur à celui des 25-34 ans. Mais le plus surprenant, c’est que le revenu de cette tranche d’âge inactive progresse plus vite que celui des ménages des jeunes actifs. Situé à 32 560 euros en 2010, il a progressé de 25 % en quinze ans alors que celui des ménages de 25-34 ans n’a augmenté que de 12 % pour atteindre 31 250 euros, les revenus du capital progressant plus vite que les revenus du travail.

La conclusion de Louis Chauvel est limpide sur ce sujet : « Les générations nées dans les années 1940 apparaissent ainsi comme surfant sur une vague montante qui se brise derrière eux . »

Dans le même temps, la pauvreté a changé de camp. Alors qu’hier elle frappait d’abord les plus âgés, la pauvreté est devenue le problème de la jeunesse. Les courbes par âge de la pauvreté se sont renversées. Au début des années 1970, le taux de pauvreté des plus de 60 ans dépassait la barre des 30 %. Nées avant 1925, ces générations frappées de plein fouet par la guerre n’avaient guère pu épargner ni accumuler des droits sociaux. Quarante ans après, le taux de pauvreté des seniors a fortement diminué grâce notamment à la généralisation des systèmes de retraite. Désormais, c’est chez les jeunes que la proportion de pauvres est la plus élevée. En 2008, le taux de pauvreté des 18-29 ans a atteint 15 % contre environ 10 % pour les plus de 60 ans.

Extrait de "La lutte des âges : comment les retraités ont pris le pouvoir", Hakim El Karoui (Editions Flammarion), 2013. Pour acheter ce livre, cliquez ici.

 

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par JanniV - 16/11/2013 - 10:09 - Signaler un abus Analyse déjà faite en 2006

    Timothy B. Smith, économiste canadien, dans "France un crisis" (traduit en français sous le titre "La France injuste") le montrait déjà en 2006. Il soulignait notamment qu'un jeune ménage devait travailler à cette époque jusqu'à deux ans de plus que le même foyer dans les années 70 pour se payer l'essentiel pour vivre (un lit, un frigo, donc il exclut tout luxe type télévision). Il en attribue la cause à la confiscation des revenus par la hausse de la TVA et à d'autres facteurs fiscaux typiquement français autoinfligés. Parallèlement, il montre que plus de la moitié vdes voitures neuves et des billets de train de 1è classe sont achetés par les plus de 60 ans. Un ouvrage solidement documenté qui n'a manifestement pas vieilli....

  • Par myc11 - 16/11/2013 - 11:12 - Signaler un abus Jeune et pauvre, on l'était dans les années 70,

    mais on agit bien plus le sens de l'économie que la génération de mon fils par exemple, 25 ans par exemple. Encore de la jalousie politico-sociale. Je vais devenir asociale, si cela continue. On a fait tant de sacrifices dans notre jeunesse, mais on ne se plaignait jamais. Maintenant les médias montent les jeunes contre les vieux. Vous voulez la mort des vieux, encore un peu plus de cannibalisme et de meurtre anti-vieux, c'est ça qu'on veut?

  • Par myc11 - 16/11/2013 - 11:14 - Signaler un abus Correction :on avait le sens de l'économie,

    et non pas "on agit" le sens de l'économie. Mes excuses!

  • Par oliv3 - 16/11/2013 - 16:33 - Signaler un abus Bon papier

    Le ratio etait de 1 a 7 il y a 20 ans. 1 a 11 ajd. Rien a rajouter, pour les commentaires creux et/ou affligeants d'autres s'en sont chargés. @Mohamed Mekloufi Tu n'as pas tort, mais tu exageres les proportions. Les pays ou il n'y a pas eu de regroupement familial en sont au meme point. La France a la classe politique la plus vieille d'Europe apres l'Italie. Ou la classe politique et mafieuse, ne se resumant pas seulement a l'UMPS, la ramene nettement moins face a eux.

  • Par GBCKT - 16/11/2013 - 18:32 - Signaler un abus Conseiller de monsieur Raffarin? Aïe!

    "le patrimoine est concentré chez les plus de 50 ans. Ils détiennent 68 % du patrimoine net alors qu’ils ne représentent que 37 % de la population. Selon l’INSEE, les plus de 65 ans possèdent la moitié de la capitalisation boursière et 75 % des retraités sont propriétaires de leur logement". -Le logement est l'épargne de précaution par excellence il faut de l'ordre de 20à 25 ans (30+25=55) plus quelque chose d'autre pour amortir le départ à la retraite; sur ce point note 0/20. Les diplômes toutes choses étant égales par ailleurs actuellement BTS= CAP d'il y a 50 ans; note de nouveau 0/20. La structure de consommation, les loisirs, les vacances, les téléphones, il y a 50 ans peu de tentations, c'était jugé comme un luxe et non prioritaire par exemple sur l'alimentation; note de nouveau 0/20. En revanche une montée en puissance des formations anarchique et des espérances déçues et surtout la mondialisation,

  • Par jurgio - 16/11/2013 - 18:45 - Signaler un abus Nommer « inactifs » ceux qui ont travaillé toute leur vie

    et qui continuent (l'homme ne connaît pas l'hibernation) est une erreur insultante. Mais on comprend aisément que ça étonne les générations suivantes... C'est simple : les rentes pour les riches est le surplus d'argent qu'ils ont placé et pour les autres l'argent dont ils se sont privés toute leur vie.

  • Par lexxis - 16/11/2013 - 21:47 - Signaler un abus EN GRATTANT UN PEU...

    "Aujourd’hui, mieux vaut être rentier que travailleur acharné". En voilà une belle analyse! Mais si vous connaissez - hors l'héritage - le moyen de devenir rentier bine sûr de vivre de vos rentes, sans avoir jamais travaillé ou même mieux avant que d'avoir travaillé, il ne faut pas hésiter, il y a des tas de lecteurs - dont notamment les plus jeunes - que cela intéresse. En réalité, l'accumulation du patrimoine tient les plus souvent à de longues vertus d'épargne et de travail, dont il n'est pas sûr qu'aujourd'hui la tradition persiste. En effet la réalité croissante de l'assistanat n'existait pas - ou du moins pas à ce niveau - voici quatre ou cinq décennies et tant qu'à parler de rentes, il faudrait aussi regarder de ce côté que, fort curieusement l'étude oublie. Le propre toutefois de ces aides est certes de permettre de vivre, mais - sauf fraude et il y en a - pas d'épargner vraiment. Par ailleurs, le chômage n'a cessé d'augmenter et il pèse inévitablement sur les capacités d'épargne de nombreuses familles. C'est pour toutes ces raisons que je pense que l'étude est fortement réductrice et que ses conclusions ont un caractère quelque peu caricatural.

  • Par lexxis - 16/11/2013 - 22:19 - Signaler un abus UN POUVOIR DISCUTABLE...

    Pour revenir sur votre titre assez aguicheur " Comment les retraités ont pris le pouvoir", des choses vous ont semble-t-il échappé. Certes, on n'a pas encore privé les retraités de leur droit de vote. Mais savez-vous combien il y a de retraité(s) ès qualités au Conseil d'orientation des retraites, qui compte une quarantaine de conseillers? Aucun. Pas davantage au Conseil Economique, Social et Environnemental, qui lui réunit plus de deux cents membres, dont deux spécialement chargés de la défenses des petits oiseaux. Pour relayer leurs points de vue, les retraités ne peuvent davantage compter sur les syndicats, dédiés par principe à la défense des actifs. En réalité, dés sa cessation d'activité, le retraité est dépouillé de tous ses droits d'expression et de représentation sociale et la preuve en est qu'alors que le Gouvernement a mis en avant son souci du dialogue et de la concertation, la réforme des retraites s'est faite sans recueillir l'avis des 16 millions de retraités que compte le pays. En réalité, certains retraités ont un patrimoine enviable, mais au point de vue social, le retraité français, c'est l'ilote des temps modernes. Mais qui s'en soucie donc?

  • Par DES VESSIES POUR DES LANTERNES - 16/11/2013 - 22:31 - Signaler un abus solution il y a :

    plafonner les retraites à 2000 € ,tout le monde pourra partir à 60 ans ,et le surplus dégagé abaisserait les charges sociales

  • Par la saucisse intello - 17/11/2013 - 02:16 - Signaler un abus Cher monsieur l'auteur........

    Mais oui nous vivons bien. Mais oui nous avons du patrimoine, de l'argent de côté (pas à la banque). Mais nous n'avons RIEN volé. Nous avons travaillé, contribué (et nous continuons), élevé notre fils sans recevoir le MOINDRE centime d'argent public (tant mieux, ça nous évite d'avoir à dire merci !). Au nom de quoi devrions-nous nous sentir responsables de quoi que ce soit ? Nous avons rempli le tonneau et fait notre devoir. D'autres l'ont transvasé dans leur poche. Qui est à blâmer ?

  • Par legaulois - 17/11/2013 - 08:48 - Signaler un abus arrêtons de culpabiliser les retraités

    surtout que 60% DES PENSIONS sont en dessous de 1600 euros mois complémentaire comprise mon cas personnel 1650 euros net tout compris pour 44 ans de cotisation plus 18 mois de service militaire avec des semaines entre 45 et 65 h de travail et de trois semaines à cinq semaines de congé sans RTT allez voir le statut de nos élus du haut là silence totale

  • Par passparla - 17/11/2013 - 10:54 - Signaler un abus @legaulois

    Un député en activité 5 ans:1500,00 euros de retraite à vie un ouvrier avec 44 ans de cotisation :1200,00 euros de retraite à vie( a quelques francs prêt).......et on doit être content de bosser.... pour la gloire?(en ce qui me concerne c'est ce qui reste) nous sommes tous dans un système à revoir.

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Hakim El-Karoui

Normalien (Fontenay), agrégé de géographie, Hakim El-Karoui a été conseiller technique de Jean-Pierre Raffarin et chargé des « études et prospectives » auprès de Thierry Breton, alors ministre de l'Economie, des Finances et de l'Industrie. De père tunisien et de mère française, il est passionné par les questions d'intégration et préside le « Cercle du XXIe siècle » dont l'un des objectifs est de permettre une meilleure insertion des Français d'origine. Il est l'auteur de l'essai "Réinventer l'Occident".

 

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€