Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Samedi 18 Novembre 2017 | Créer un compte | Connexion
Extra

Révolution à Francfort : la BCE s’attaque violemment aux dogmes économiques allemands

Dans un discours prononcé à Berkeley, Benoît Cœuré, gouverneur de la Banque centrale européenne, s’est attaqué aux idées fausses qui fragilisent le continent. Une charge à peine voilée contre la politique économique allemande et sa diffusion au niveau européen.

La minute "Et-pendant-ce-temps-là"

Publié le - Mis à jour le 27 Novembre 2015
Révolution à Francfort : la BCE s’attaque violemment aux dogmes économiques allemands

La BCE s’attaque violemment aux dogmes économiques allemands. Crédit Reuters

La politique économique allemande a du souci à se faire. Plus justement, l’ignorance économique qui caractérise l’exécutif de Berlin prend l’eau, et aujourd’hui, dans une dimension tout à fait nouvelle. Car c’est au tour de la Banque centrale européenne de jouer le rôle du cheval de Troie au sein de la politique économique européenne. Après que Mario Draghi ait arraché une première grande victoire, en mettant en place un plan d’assouplissement quantitatif en janvier dernier, et ce, malgré l’opposition de la Bundesbank, une nouvelle charge est en cours.

En effet, pendant que le même Président Draghi prépare le terrain pour une nouvelle intervention monétaire au cours des prochaines semaines, le gouverneur français, Benoît Coeuré, a pu tenir un discours entièrement à charge sur les principes économiques défendus par Allemagne. Entre la recherche du "tout pour l’export" et la rigidité budgétaire maximale, l’absurde idéologie de la vertu se trouve aujourd’hui démontée par la plus puissante autorité économique européenne.

En premier lieu, le surplus de compte courant. Si dans l’esprit "bon sens près de chez vous", l’idée d’une balance commerciale hyper positive fait fureur, comme cela est le cas de l’Allemagne depuis plusieurs années (avec un surplus attendu à 8% du PIB du pays pour l’année 2015 ; un record), la réalité d’un pays en état de sous consommation commence à apparaître. En effet, lorsqu’un pays exporte beaucoup plus qu’il n’importe, c’est surtout en raison de son incapacité à absorber tout ce qu’il produit, parce qu’il n’en a tout simplement pas les moyens. Ainsi, lorsqu’un pays, comme l’Allemagne, met en place une stratégie qui vise à restreindre les salaires, et donc sa consommation intérieure, la balance commerciale ne progresse que sous l’effet de la demande que lui adressent d’autres pays. Le défaut d’une telle stratégie, dite du cavalier solitaire, est de profiter de la consommation des autres pour porter sa propre croissance. De leur côté, les "autres" peuvent considérer que le cavalier solitaire vient parasiter leurs efforts tout en évitant de participer à la consommation mondiale. Ce que Benoît Coeuré décrit parfaitement:

"Par définition, toutes les juridictions ne peuvent simultanément présenter un excédent de compte courant. On ne peut pas exporter vers la lune. C’est ce que nous voyons aujourd’hui, avec des économies avancées qui ne sont pas suffisamment robustes pour compenser le manque provoqué par le ralentissement des pays émergents. Si chaque économie devait réagir à ses défis intérieurs en exportant ses capacités excédentaires, cela ne ferait que déclencher une course poursuite vers le bas. Une modèle de croissance globale ou chacun se repose sur la demande extérieure des autres entraine un équilibre de Nash négatif."

Pour parachever son attaque, Benoît Cœuré vient critiquer la mise en place de cette même stratégie, mais cette fois ci, au niveau européen. Car selon le gouverneur, cette politique économique, finalement celle de l’austérité, qui vise à restreindre la consommation au profit de l’épargne, pèse lourdement sur le niveau de croissance mondiale :

"Le rôle que les excédents des comptes courants ont dans la suppression de la croissance mondiale – (ou du soi-disant "excès d'épargne mondiale) a été identifié par Ben Bernanke dès 2005. Depuis lors, la zone euro a ajouté à cette surabondance globale au moment où d'autres ont tenté de la réduire. (…) la zone euro a mis en place une augmentation de son excédent de compte courant, entraînée par une incapacité durable à relancer sa demande intérieure. Ce que tout cela démontre est la nécessité de rééquilibrer les sources de la croissance mondiale.".

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par de20 - 24/11/2015 - 11:32 - Signaler un abus Salle temps pour le Saint

    Salle temps pour le Saint Empire Germanique, Wolkwagen, Audi , Refugies, injonction a financer la guerre, Une inflation que Mario brandit comme pacman a l assault du trésor de guerre de herr shaube.

  • Par zouk - 24/11/2015 - 12:24 - Signaler un abus BCE

    Peut-être une critique pertinente de la politique économique allemande, tétanisée par la crainte de l'inflation (elle date de 1923!), avant de déclencher le malheur sur le monde, Hitler, en négligeant totalement le risque d'inflation, a

  • Par zouk - 24/11/2015 - 12:31 - Signaler un abus BCE

    .... donné à l'Allemagne un puissant essor économique qui a permis de financer la construction de la puissante armée qui a ravagé toute l'Europe. Le souvenir de l'époque nazie et de l'inflation terrible de 1923 expliquent peut être les limitations de la pensée économique de W. Schäuble et de la CDU. B.Coeuré apporte un éclairage, très utile à la réflexion présente.

  • Par Deneziere - 24/11/2015 - 12:39 - Signaler un abus Les restrictions budgétaires servent à quelque chose

    En France, la menace de l'austérité imposée par l'Allemagne constitue le seul frein à la démagogie électoraliste des politiciens. L'auteur devrait savoir que le monétarisme a été en France une fuite en avant, notamment avant l'euro. Maintenant, cela va devenir un alibi pour repousser les reformes structurelles.

  • Par jybro - 24/11/2015 - 13:52 - Signaler un abus résurrection du Multiplicateur de l'investissement

    Mr Coeuré met la batterie de cuisine macro économique au gout du jour. OUI l'allemagne devrait combiner mutiplicateur de l'investissement public avec celui de l'invesstissement privé. Mais,car il y a un mais! la france ne connait que le multiplicateur du deficit sorti de la tete de JMK un jour de mélancolie sans doute! la peste quoi.....what else chez nous?

  • Par Gordion - 25/11/2015 - 07:52 - Signaler un abus Relance monétaire, budgétaire

    Oui. La croissance est à ce prix. Toutefois, la relève prévue des taux d'intérêt par la Federal Reserve avec ses conséquences ne risque-t-elle pas d'impacter la politque monétaire de la BCE - hausse des taux également?

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Nicolas Goetzmann

Nicolas Goetzmann est responsable du pôle Economie pour Atlantico.fr.

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€