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La révolte de l’Europe centrale contre la ligne Merkel couve à l’approche du prochain Conseil européen

A quelques jours du sommet européen sur la crise des migrants, les dirigeants hongrois, polonais, tchèque et slovaque se sont rencontrés pour en discuter, ainsi que du Brexit. Une tendance à la marginalité et au repli, assez générale à l'échelle européenne, qui constitue un pouvoir de nuisance même si ces pays sont incapables politiquement d'infléchir les décisions de Bruxelles.

Quand l'Union craque

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La révolte de l’Europe centrale contre la ligne Merkel couve à l’approche du prochain Conseil européen

Atlantico : Ce lundi, les dirigeants des 4 pays européens du groupe de Visegrad (Hongrie, Pologne, République tchèque et Slovaquie) se réunissent en marge du sommet européen de jeudi et vendredi sur la crise des migrants. Comment interpréter politiquement cette rencontre à la marge ?

Gérard Bossuat : Certains esprits y voient une tentative pour s’isoler du reste de l’Union, pour mener une politique de dissidence. L’esprit de Višegrad se réfère toutefois à de très anciennes coopérations entre ces quatre pays au XIVe siècle. Višegrad est lié aux efforts polonais, tchécoslovaque et hongrois en 1991 pour préparer l’entrée dans la Communauté européenne de ces quatre pays (la séparation de la République tchèque et de la Slovaquie s’est produite après). Le groupe des 4 se comportait donc en force de pression et de proposition dans le cadre de la Communauté pour faciliter les adhésions.

Il s’agissait donc d’un acte positif en faveur des institutions communautaires, et  - on peut le supposer - en faveur des politiques qui y étaient menées. Aucun ne pouvait ignorer les conditions de la fondation de la première communauté du charbon et de l’acier et de l’offre généreuse de paix et de coopération faite à l’Allemagne par la France ainsi que la méthode supranationale proposée et appliquée en partie.

Aujourd’hui s’est développée une certaine méfiance à l’endroit du groupe, une fois ses buts principaux atteints. Pourquoi le maintenir ? Manifestement la réunion des 4 pays de Višegrad a pris une connotation critique envers les politiques de la Commission et du Parlement. Elle semble tenter de rassembler autour d’elle d’autres pays opposés ou très réticents à l’accueil de migrants. Le groupe envisage d’aider la Macédoine à fermer sa frontière avec la Grèce par exemple. Il a pris des positions très critiques aussi envers la Russie. Pourtant, le groupe de Višegrad n’est pas une machine contre l’Union, dont certaines politiques sont appréciées : politique agricole commune, fonds social, fonds régional européen, fonds structurels.

Alors pourquoi cette méfiance des deux côtés ? Il faut incriminer le regard peu amène sur l’Est européen de l’opinion publique européenne de l’Ouest, qui pourtant a apprécié que l’Union soit flanquée à l’Est de pays connaissant bien la Russie. Les nouveaux entrants de l’Est européen ont eu le sentiment d’être des pays de seconde zone face aux "anciens" de la Communauté qui leur semblaient d’éternels donneurs de leçon, voire des tyrans rappelant la période soviétique : Bruxelles aurait remplacé Moscou !  La réunion du groupe de Višegrad veut dire : "faites attention à nous, nous comptons", mais non pas "séparons-nous !"

Reste posé cependant le degré d’adhésion des nouveaux entrants aux principes de l’Union européenne, qui exige de respecter la règle de la solidarité et de prendre des décisions en commun. Reste aussi la question de la coloration idéologique de ces pays marqués actuellement par une montée des conservatismes et du populisme qui font fi de l’histoire des Communautés européennes et des textes fondateurs de l’Union, telle que la déclaration sur l’identité européenne de Copenhague de 1973. Bref, au lieu de faire rêver, ces nouveaux adhérents font peur à force de s’enfoncer dans le nationalisme.

 
Commentaires

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  • Par Ganesha - 16/02/2016 - 10:15 - Signaler un abus Angela

    Comme d'habitude, Atlantico a choisi un titre provocateur et mensonger. Contre l'avis de l'auteur de cet article ? Ayez le courage de poursuivre votre lecture jusqu'à la page 3, vous y verrez la reconnaissance que c'est désormais la quasi-totalité des européens qui rejettent ''la politique d'Angela'' ! Et cela se termine par une bien faible tentative de défense, reposant sur quelques mots creux...

  • Par Lafayette 68 - 16/02/2016 - 14:37 - Signaler un abus "Amen"

    Critique des "populismes" , "la peur" ",le replil" , bref la tarte à la crème habituelle,"de tels errements" : ...mais rien sur Cologne , le terrorisme islamiste , la passoire migratoire européenne, la politique économique et monétaire avec les diktat bruxellois et de Francfort. De cette Europe là , on n'en veut pas cher fédéraliste. On tient à nos valeurs et à notre culture et on défendait les droits de l'homme et du citoyen bien avant Maastricht et l'euro.

  • Par Atlantica75000 - 16/02/2016 - 17:52 - Signaler un abus Je suis "repli", "populiste", etc.

    Il m'a suffi de lire "chaire Jean Monet" pour comprendre le profil du signataire et ne même pas lire le papier : les commentaires des internautes ci-dessus me confirment que j'ai bien fait. Au fait à quand un papier sur Raffarin qui a lancé l'idée de cacher la poussière sous le tapis en dispatchant les "migrants" de Calais dans notre France profonde. Honte à ce pauvre monsieur. Alors voter Juppé, non merci ! A quand un papier piqure de rappel sur le vote de la droite au Parlement européen qui a voté pour les quotas. Si avec ça, on n'a pas compris où on ira avec Juppé en 2017 ! Dans le même mur que la gauche (qui dirige le Parlement européen alors qu'elle a perdu les européennes ! Droite-Gauche : bonnet blanc et ... les mêmes arrangements) NB : quant à la "peur", ne pas avoir peur de la situation serait de l'inconscience totale

  • Par LouisArmandCremet - 16/02/2016 - 18:13 - Signaler un abus Discours classique

    Il s'agit d'un discours des plus classiques sur la position centre-droit Europe. Un discours, gentil convenu, qui ne fait pas de vague, mais ans grande surprise, et surtout, plus du tout en phase avec la réalité de ce que vivent et ressentent de plus en plus d'européens aujourd'hui. J'ai pas mal l'impression que les "brillants" esprits bruxellois continuent, persuadés d'avoir LA vérité, LA seule façon de faire et que pour eux les opinions des peuples, ne sont que des désagréments secondaires. Dommage de tenir un tel raisonnement, car il fait fi du concept de souveraineté et de démocratie.

  • Par Texas - 16/02/2016 - 19:21 - Signaler un abus Un petit air frais...

    ...en provenance de l' Est . Les gouvernements ne pourront pas infléchir les décisions de Bruxelles , les Peuples s' en chargeront ...juste une question de temps ou de circonstances .

  • Par Anguerrand - 16/02/2016 - 20:50 - Signaler un abus Notre duo de choc Hollande -Ayrault

    Nul doute qu'avec ce duo de choc, nous serons bien défendu contre l'immigration musulmane.

  • Par Gré - 16/02/2016 - 21:53 - Signaler un abus Qui bafoue les principes de l'UE ?

    Il paraît que les pays d'Europe centrale ne respectent pas les principes de l’Union européenne : règle de la solidarité et prise de décisions en commun. C'est à Merkel qu'il faut rappeler ces données je pense. Encore un doux rêveur voguant sur l'océan de ses certitudes. Gare à la tornade ...

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Gérard Bossuat

Gérard Bossuat est professeur à l'Université de Cergy-Pontoise, titulaire de la chaire Jean Monnet ad personam.

Il est l'auteur de Histoire de l'Union européenne : Fondations, élargissements, avenir (Belin, 2009) et co-auteur du Dictionnaire historique de l'Europe unie (André Versaille, 2009).

 

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