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La réussite par les échecs : quand Anatoli Karpov tente de convertir le monde aux multiples effets secondaires bénéfiques du jeu

Mercredi 6 janvier, le légendaire champion d'échecs donnait une simultanée à Asnières. Pour lui, savoir jouer aux échecs permet de développer des atouts qui seront utiles aux enfants à l'école et dans leur future vie professionnelle, "quelque soit le métier choisi".

Echec et maths

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La réussite par les échecs : quand Anatoli Karpov tente de convertir le monde aux multiples effets secondaires bénéfiques du jeu

Atlantico : Y a-t-il un un engouement particulier pour les échecs en France en ce moment ?

Thomas Therkildsen : C'est effectivement une tendance du moment, et pas seulement en France. Une récente étude explique que depuis moins de cinq ans, il y aurait 4 adultes sur 10 au sein de la planète qui connaîtraient les règles du jeu des échecs, ce qui n'était pas le cas il y a 15/20 ans. C'est un phénomène très récent, lié directement ou indirectement au développement d'Internet.

 

Par exemple, Privatechess est axé sur le e-learning, qui met en relation des professeurs et des personnes désireuses d'apprendre à jouer aux échecs et à se perfectionner, et on constate non seulement une augmentation des inscriptions mais aussi que les professeurs inscrits sur notre site trouvent en moins de trois semaines des élèves, quelle que soit leur langue, un peu partout dans le monde. Pour donner un exemple, nous avons travaillé avec un professeur hongrois, qui donnait de Budapest un cours en espagnol à son élève en Chine.

 

Il y a aussi de plus en plus de parents qui souhaitent apprendre à leurs enfants à jouer aux échecs, exactement comme ils leur paieraient des cours de piano, déjà parce que c'est beaucoup moins contraignant et aussi parce que c'est un jeu praticable par les filles et les garçons, donc ils inscrivent souvent le frère et la sœur en même temps.

 

Selon le champion Anatoli Karpov, "les échecs contribuent au développement de la logique, de la stratégie et ils aident aussi à la prise de décision." Pouvez-vous développer ?

Pour ce qui est de la logique, elle s'acquiert effectivement à force de pratiquer, parce que c'est un jeu où il n'y a pas beaucoup de part de hasard, l'idée étant de maitriser au maximum son environnement sur l'échiquier. Du coup, le joueur doit raisonner de façon logique pour ne pas que sa partie s'égare dans tous les sens, en avançant au coup par coup, avec le plus de tactique possible.

Pour ce qui est de la stratégie, c'est plutôt le fait d'acquérir une hauteur de vue sur l'échiquier et d'apprendre à se construire un plan d'ensemble. Pour pouvoir conduire correctement une partie, il faut savoir où est-ce que l'on veut aller précisément.

Enfin, pour ce qui est de la prise de décision, c'est lié à tout ce qui est logique et stratégique. Dans les deux cas, il faut savoir prendre des décisions difficiles, car il y a toujours plusieurs choix possibles et on ne sait jamais à l'avance lequel est le bon. Et si on se trompe, il faut aussi apprendre à ne pas le regretter en continuant à avancer.

J'ajouterais que l'attention et la concentration sont aussi des qualités qui sont développées grâce aux échecs, tout comme la mémoire (il a été constaté que des malades d'Alzheimer faisaient des progrès en apprenant à jouer), la maîtrise de soi et la volonté de gagner (ce jeu fait monter l'adrénaline : on est très déçu quand on perd une partie, mais très heureux quand on en gagne une), l'esprit de synthèse ou encore la créativité (qui rend le jeu addictif, car une partie d'échecs n'est jamais la même une fois sur l'autre, donc ça donne envie d'en refaire une).

Pensez-vous que jouer aux échecs peut aider les enfants à l'école ou dans leur future vie professionnelle ?

Oui tout à fait, jouer aux échecs ne peut être qu'un plus pour la scolarisation des enfants et leur rentrée dans la vie en temps qu'adultes. Je pense notamment que pour les enfants en difficulté, déscolarisés ou qui ont des difficultés de lecture, c'est un bon jeu, qui peut leur permettre de se restructurer au niveau de leur méthodologie personnelle en créant leur propre partie. Pour les enfants qui ont tendance à être un peu déconcentrés ou hyperactifs, les échecs peuvent aussi les aider à se recentrer et à se concentrer de façon ludique. 

Contrairement à ce qu'on pourrait penser, des études démontrent aussi que les échecs sont un bon moyen pour nouer des liens entre différentes générations, ce qui peut améliorer la relation professeur/élève.

Dans le milieu professionnel, je pense que tout ce qui est lié à la compétitivité d'une partie d'échec peut aider. Jouer aux d'échecs apprend à aller de l'avant et à se battre pour obtenir un objectif. Il y a notamment une tendance très forte qui se développe en ce moment aux Etats-Unis, où des séminaires 100% jeux d'échec sont mis en place par les entreprises pour leur salariés. Ils apprennent à jouer et rencontrent de grands champions. Ce phénomène est même en train d'arriver en France.

Les échecs apprennent aussi à sacrifier quelque chose pour arriver à un but. Le coup du gambit par exemple - qui est l'action de sacrifier du matériel pour déclencher une accélération dans le jeu et de récupérer sa mise de départ par la suite - est un coup très risqué mais qui peut vraiment s'avérer payant s'il réussit.

 
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Thomas Therkildsen

Thomas Therkildsen est le fondateur de "PrivateChess.com" une plateforme d'apprentissage du jeu d'échecs pour tous.

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