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Réunion de l’OPEP sous haute tension, l’Arabie Saoudite va-t-elle continuer sa stratégie destructrice (pour les autres) du pétrole pas cher ?

Ce vendredi 4 décembre, à Vienne, les membres de l’organisation des pays exportateurs de pétrole se réuniront dans un climat de haute tension. En effet, alors que le prix du baril se maintient à des niveaux très bas, soit proche de 40 dollars, certains membres se trouvent fortement fragilisés.

Seule sur terre

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Réunion de l’OPEP sous haute tension, l’Arabie Saoudite va-t-elle continuer sa stratégie destructrice (pour les autres) du pétrole pas cher ?

Ali al-Naimi, ministre saoudien du pétrole. Crédit Reuters

Atlantico : Dans ce contexte, quelles sont les différentes positions au sein de l’organisation, de nouvelles alliances sont-elles à prévoir ?

Stephan Silvestre : Les tensions dans le cartel du pétrole n’ont jamais été aussi aiguës et elles sont de plusieurs ordres. Bien sûr, la question de la stratégie sur le marché est au cœur des dissensions, mais il existe aussi des différends commerciaux et politiques. Sur le plan des prix, l’Arabie Saoudite voudrait bien trouver un accord pour limiter la production du cartel à 30 millions de barils par jour, mais de nombreux membres estiment que cela serait vain si les producteurs non membres n’appliquent pas les mêmes restrictions.

En effet, ceux-ci se feront un plaisir de prendre les parts de marché ainsi libérées. À cela s’ajoute l’étrange retour de l’Indonésie qui, actuellement importateur de pétrole, sera un défenseur des prix bas. Ensuite, sur le plan commercial, les membres de l’OPEP se font eux-mêmes concurrence et tous cherchent à prendre des parts de marché. Ainsi, l’Iran n’entend se voir appliquer une baisse de quota, alors même qu’il est en train de sortir des sanctions internationales et en mesure d’augmenter des exportations. Enfin, sur le plan politique, la guerre de domination entre la sphère chiite et la sphère sunnite est à son paroxysme et les Iraniens ne voient dans les propositions de l’Arabie Saoudite que des manœuvres destinées à les affaiblir. 

Autant dire qu’un accord dans ce contexte semble plus chimérique qu’autre chose. D’où cette baisse des cours sur les marchés financiers. 

Christopher Dembik : Il ne faut certainement pas attendre grand-chose  de la réunion de l’OPEP du 4 décembre. L’Arabie Saoudite et les autres pays de la péninsule arabique sont manifestement d’accord pour maintenir leur stratégie de hausse de la production, en dépit des contraintes importantes que cela fait peser sur leurs finances publiques et sur leur modèle social, habituellement très généreux. Les pays membres de l’organisation qui souffrent beaucoup plus des prix bas, comme le Venezuela et l’Algérie, sont complètement muselés. Ils ne peuvent actionner aucun levier pour faire pression sur le bloc du Conseil de Coopération du Golfe.

On voit mal également comment des acteurs clés, comme l’Irak et l’Iran, qui n’ont pas pu profiter autant que les autres de la période de forte hausse des prix du pétrole pendant la décennie 2000, accepteraient aujourd’hui de baisser leur production. Ils ont une volonté réelle et certainement légitime de reconquérir les parts demarché ultérieurement perdues. Dès la levée totale des sanctions, la production iranienne devrait grimper de 2,8 millions de barils / jour à environ 4 millions de barils au début de l’année prochaine. Cette hausse est impressionnante mais elle est à mettre en perspective avec la production iranienne de 1974 qui atteignait 6 millionsde barils / jour. Dans tous les cas, même si la production iranienne n’augmente que de 1,2 million de barils / jour, ce sera suffisant pour asphyxier davantage le marché pétrolier. Surtout, une inconnue demeure quant à la capacité du pays à rapidement accroître ses capacités productives, aidé par l’afflux d’investissements étrangers. On ne peut pas exclure que l’Iran parvienne plus tôt que prévu à renouer avec une production d’ampleur équivalente à celle du début des années 1970.

Tout indique que l’excès d’offre sur le marché pétrolier va demeurer car cette situation, pour l’instant, convient aux principaux producteurs pétroliers de l’OPEP. Tout au plus peut-on attendre un accord de principe sur la possibilité d’ouvrir des discussions avec les pays producteurs non membres de l’OPEP afin de parvenir à un prix du pétrole qui satisfasse tous les acteurs. Ça n’engage à rien concrètement. Je serais très surpris si une baisse de la production était décidée.

L’Arabie Saoudite, dans sa stratégie d’épuisement du marché pétrolier américain, n’a-t-elle pas déjà obtenu des résultats ? Quels sont les arguments permettant de défendre une offre pétrolière maintenue à son niveau actuel ?

Stephan Silvestre : Oui, l’objectif de contraction de la production par manque de profitabilité a bien été atteint. Mais cette victoire n’est que partielle. La production américaine reste élevée et les stocks continuent de gonfler. Par ailleurs, de nombreux puits ont été forés et équipés et sont prêts à produire du jour au lendemain si les prix remontent un tant soit peu. Les Américains ont développé des process et technologies permettant une production à un prix nettement plus bas qu’il y a à peine 5 ans. L’Arabie Saoudite a conditionné le plafonnement de la production de l’OPEP à un geste similaire des non membres de l’OPEP. L’idée est de maintenir l’offre au niveau actuel en attendant que la demande, toujours en hausse, absorbe l’excédent actuel. Mais cette hypothèse est peu réaliste. 

Christopher Dembik : L’Arabie Saoudite est certainement confortée dans sa stratégie de guerre des prix par la baisse récente de la production américaine et, également, par le repli attendu dans plusieurs autres pays, que ce soit pour des raisons internes, comme en Russie (sous-investissement chronique et impact négatif des sanctions occidentales), ou du fait de l’excès d’offre (Venezuela, Algérie).
 
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Christopher Dembik

Avec une double formation française et polonaise, Christopher Dembik est diplômé de Sciences-Po Paris et de l’Institut d’Economie de l’Académie des Sciences polonaise. Il a vécu cinq ans à l’étranger, en Pologne et en Israël, où il a travaillé pour la Mission Economique de l’Ambassade de France et pour une start-up financière. Il est responsable de la recherche économique pour le Groupe Saxo Bank. 

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Stephan Silvestre

Stephan Silvestre est ingénieur en optique physique et docteur en sciences économiques. Il est professeur à la Paris School of Business, membre de la chaire des risques énergétiques.

Il est le co-auteur de Perspectives énergétiques (2013, Ellipses) et de Gaz naturel : la nouvelle donne ?(2016, PUF).

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