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Retrouver des souvenirs effacés par Alzheimer serait possible, c’est ce que révèle une étude du MIT. Faut-il y croire dans un futur proche ?

Suite à une expérience réalisée sur des souris atteintes des symptômes d'Alzheimer, des chercheurs du MIT ont observé que les souvenirs, loin d'avoir disparu, devaient simplement être retrouvés. Une formidable avancée pour le traitement de la maladie d'Alzheimer humaine : si le moyen de réactiver les neurones qui "codent" le souvenir est trouvé, alors celui-ci pourrait revenir à l'esprit.

Révolution conceptuelle ?

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Retrouver des souvenirs effacés par Alzheimer serait possible, c’est ce que révèle une étude du MIT. Faut-il y croire dans un futur proche ?

Atlantico : Pouvez-vous nous décrire la nature de l'expérience menée par l'équipe du MIT sur des souris présentant des symptômes de la maladie d'Alzheimer ? 

André Nieoullon : Ces expériences sont conduites sur des souris qui ont fait l’objet d’un double traitement par ingénierie génétique. D’une part, les souris ont subi des mutations génétiques conduisant à ce qu’elles expriment un certain nombre de stigmates de la maladie d’Alzheimer humaine, c’est-à-dire contribuant à modifier l’activité de certaines protéines (la protéine amyloïde ou encore la protéine tau), ce qui se traduit par des déficits mnésiques ; par exemple les souris normales qui reçoivent un petit choc électrique sous les pattes refusent de retourner dans le compartiment où le choc leur a été administré la veille, ce qui n’est pas le cas de ces souris mutantes, qui ont ainsi "oublié" cet incident.

D’autre part, - et c’est là l’originalité de l’expérience de Tonegawa - ces mêmes souris ont subi une seconde manipulation génétique qui conduit à faire exprimer sélectivement par une population choisie de neurones d’une structure clé de la mémorisation (et non par tous les neurones), que l’on nomme "hippocampe", une protéine fabuleuse qui a la particularité de s’insérer dans la membrane des neurones et de laisser passer des ions sodium lorsqu’elle est illuminée par une lumière bleue. Ainsi, si l’on éclaire de tels neurones qui expriment cette protéine issue d’une algue, alors tous les neurones porteurs sont activés sélectivement. Si l’on insère alors dans un 3ème temps de l’expérience une fibre optique directement dans l’hippocampe, alors c’est comme si l’on disposait d’un "interrupteur" pour activer ou mettre au silence sélectivement cette population de neurones. Dans ce cas, l’équipe montre que le simple fait d’activer par cette méthode -que l’on désigne du terme "d’optogénétique" - les neurones hippocampiques chez les souris qui hier encore "oubliaient tout", se traduit par la réactivation du souvenir. 

En quoi les résultats du MIT invalident le biais par lequel le corps médical et scientifique a appréhendé la maladie d'Alzheimer ? Est-il approprié de qualifier les découvertes récentes de "révolution" ?

Objectivement, cette expérience représente un résultat fabuleux, qui suppose qu’en fait le souvenir du choc électrique était bien présent et n’était pas "effacé" par la "maladie" ainsi induite, mais qu’en fait ce qui était déficient chez ces souris c’était bien le moyen de "récupérer" cette information. Dès lors, il est possible de spéculer, avec toutefois beaucoup de prudence, que dans la maladie d’Alzheimer humaine qui se traduit par la difficulté de former de nouveaux souvenirs (ce qui est le cas ici), ce ne serait pas tant le fait que la mémorisation ne serait plus possible comme cela est généralement admis par l’ensemble de la communauté médicale et scientifique, mais que ce serait plutôt le moyen de retrouver ce souvenir qui serait déficient. Dans ce cas, conceptuellement, rien n’exclut de penser que si l’on trouvait le moyen de réactiver les neurones qui "codent" le souvenir, alors ce souvenir pourrait revenir à l’esprit. Cette hypothèse n’est pas nouvelle, mais il faut reconnaître que l’expérience de l’équipe de Tonegawa apporte ce que nous nommons une "preuve de concept", qui rend ce résultat particulièrement excitant. Mais chacun pourra modérer son enthousiasme en réalisant qu’il ne s’agit pas à proprement parler d’une maladie d’Alzheimer, même si le modèle animal en reproduit certains aspects. Révolution conceptuelle ? Le terme est sans doute un peu fort. Mais avancée scientifique déterminante pour mieux appréhender les mécanismes de la mémorisation et de l’apprentissage, certainement !

A quelle échéance cette expérience pourra-t-elle être menée sur des êtres humains ? Quelles sont ses implications sur la façon dont les patients atteints de la maladie d'Alzheimer seront soignés dans le futur ?

Telle qu’elle est réalisée ici, il est impensable que cette expérience puisse être transposée aux malades. Néanmoins, là encore le résultat ouvre un certain nombre de "portes" sur les mécanismes de la mémoire, qu’il est alors envisageable d’ouvrir par des moyens indirects, contribuant à envisager une amélioration de la mémoire des malades. Un seul exemple : dans des modèles animaux similaires mais portant sur une autre problématique source de stress post-traumatique, ce qui pose problème c’est –à l’inverse de la maladie d’Alzheimer- la persistance du souvenir traumatique. Dans ce cas les concepts les plus actuels montrent que si l’on "reconfigure" le souvenir traumatisant dans un contexte où la peur n’est plus présente, alors le souvenir du traumatisme s’estompe progressivement, suggérant que la trace même du souvenir peut être modifiée dans le cerveau. Il s’agit bien du même souvenir mais "reconfiguré" dans un contexte plus apaisé. Dans le cadre de la maladie d’Alzheimer, pourquoi alors ne pas imaginer "réactiver" la trace du souvenir dans le but de le rendre plus présent à l’esprit si, de fait, ce n’est pas le souvenir qui est "effacé" mais simplement la voie de sa récupération qui est affectée ? A l’appui de ce type de proposition, pour revenir à l’expérience de Tonegawa, il semble que la stimulation "par la lumière bleue", se traduise par une sorte de prolifération de synapses dans l’hippocampe. Un espoir sans doute très lointain pour les malades, mais, indubitablement, une avancée majeure pour les neurosciences !

 

 
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André Nieoullon

André Nieoullon est Professeur de neurosciences à Aix-Marseille université.

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