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La retraite par capitalisation, le remède miracle à tous nos problèmes ? Niet, mais elle peut tout de même s'avérer bien utile et voici pourquoi

1930 : la IIIe République instaure un système obligatoire de retraites par capitalisation. 1941 : une loi de Vichy officialise sa transformation en un régime « par répartition » calqué sur les « chaînes d’argent » de l’escroc Charles Ponzi. Sous la Ve République, inégalités et rigidités bureaucratiques se durcissent. Aujourd’hui, notre système de retraite doit être non seulement réformé, mais restructuré, pour devenir viable, gouvernable et respectueux des choix individuels. Extrait de "La retraite en liberté" de Jacques Bichot, aux Editions cherche-midi (2/2).

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La retraite par capitalisation, le remède miracle à tous nos problèmes ? Niet, mais elle peut tout de même s'avérer bien utile et voici pourquoi

Comment vivre à votre aise quand vous aurez cessé de travailler ? Vous pouvez avoir recours à la capitalisation. Celle-ci peut être réalisée de multiples façons.

Certains préfèrent investir eux-mêmes, qui dans l’immobilier, qui dans sa propre entreprise, qui dans un portefeuille de valeurs mobilières, ou encore en utilisant l’assurance vie.

Le moment venu, à moins que le patrimoine ainsi constitué soit suffisant pour que les revenus qu’il produit permettent à eux seuls de bien vivre, il faut alors vendre tout ou partie de ce patrimoine et apporter le produit de cette vente à un organisme d’assurance en échange d’une rente viagère.

D’autres utilisent un ou des « produits tunnels » tels que des « fonds de pension », des Perco (plan d’épargne retraite collectif, destiné à l’épargne salariale), des plans Madelin (pour les travailleurs indépendants), des Perp (plan d’épargne retraite populaire, ouvert à tous), etc.

Chacun de ces organismes joue deux rôles : dans un premier temps, il place les fonds qui lui sont confiés ; dans un second temps, il sert une rente viagère dont l’importance dépend des versements effectués et de la façon dont il les a fait fructifier. Le mot « tunnel » sert à caractériser ces organismes parce qu’ils ne permettent pas, sauf pour certaines raisons, de récupérer son investissement autrement que sous forme de rente viagère La capitalisation peut fonctionner sans difficulté dans un cadre concurrentiel, avec de multiples organismes et produits régis par le droit des contrats et particulièrement des droits de propriété et de créance : il n’y a aucun inconvénient à ce que diverses institutions du domaine de la finance et de l’assurance proposent simultanément leurs services.

C’est un grand avantage. En revanche, elle ne permet pas de servir des retraites suffisantes à la totalité de la population, surtout si les pensions sont liquidées un nombre d’années assez important avant l’âge moyen au décès.

Pourquoi cette impossibilité ? Tout simplement parce que la quantité de capital dont a besoin notre économie n’est pas suffisante. Si la retraite se prenait en moyenne cinq ou six ans avant le décès, cela irait. Mais les Français cessent majoritairement de travailler professionnellement plus de quinze ans avant leur mort. Le rapport du COR (Conseil d’orientation des retraites) de décembre 2015, intitulé « Les retraités : un état des lieux de leur situation en France », indique que « plus d’un résident français sur cinq est retraité de droit direct » et que le nombre total de retraités (de droit direct ou de droit dérivé – pensions de réversion) « s’élève à 16,7 millions, dont 15,1 millions de résidents, soit près de 23 % de la population française ». Pour financer une telle retraite, dont le montant total est d’environ 340 milliards d’euros (presque 14 % du PIB) en recourant exclusivement à la capitalisation, il faudrait que tous les biens fonciers, immobiliers et mobiliers fassent partie de l’épargne destinée à la retraite.

L’héritage, excepté celui provenant de personnes richissimes, disparaîtrait : les biens appartenant encore à des personnes physiques plutôt qu’à des fonds de pension et autres organismes de retraites par capitalisation devraient pour la plupart être cédés en échange d’une rente viagère lors de leur départ à la retraite.

 
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  • Par Anguerrand - 22/01/2017 - 12:23 - Signaler un abus Répartition + capitalisation

    En France les deux cumulées sont nécessaires. Il y a longtemps que le projet de capitalisation ( fond de pension ou assurance vie) sont nécessaires si l'on veut une retraite décente. L'idéal comme d'habitude est réservé aux fonctionnaites ces privilégiés avec leur Préfon , non imposable et par contre les assurances vies privées sont imposables . Avec ces assurances vies le risque essentiel est le Franxit ou ( et) le retour au franc qui nous promet une perte d'un tiers de notre capital. Voir l'Angleterre, toujours sans que le Brexit soit effectif a perdu déjà 20% de la valeur de sa monnaie. Si certain comptent sur le revenu universel, rêvez toujours aucun pays du monde ne l'a fait sauf un essai partiel au Danemark. Coût de 45 à 450 milliards soit un 2 eme budget de l'état.

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Jacques Bichot

Jacques Bichot est Professeur émérite d’économie de l’Université Jean Moulin (Lyon 3), et membre honoraire du Conseil économique et social.

Ses derniers ouvrages parus sont : Le Labyrinthe aux éditions des Belles Lettres en 2015, Retraites : le dictionnaire de la réforme. L’Harmattan, 2010, Les enjeux 2012 de A à Z. L’Harmattan, 2012, et La retraite en liberté, au Cherche-midi, en janvier 2017.

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