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Retour de la lubie 35h au PS… 5 petites notions d’économie qui permettraient à la gauche de comprendre enfin le réel

Un rapport publié récemment par une députée PS vante les mérites des 35 heures, en s'appuyant sur les statistiques de la période Lionel Jospin. Un exemple parmi d'autres des mantras économiques de gauche.

Marottes gauchistes

Publié le - Mis à jour le 12 Décembre 2014

2. L’obsession de la "relance"

Historiquement, l’idée que le gouvernement peut relancer la machine économique en augmentant les dépenses publiques est l’un des fondements de la macroéconomie moderne. Encore faut-il comprendre les limites de cette idée.

Première limite : la relance ne fonctionne qu’à court terme, lorsque les entreprises sont réticentes à embaucher parce qu’elles ont du mal à vendre leurs produits, à cause d’un déficit de demande. A long terme, les prix s’ajustent et l’économie revient vers un niveau "naturel", ou "d’équilibre" de l’activité. Il se peut que ce niveau d’équilibre soit fort peu satisfaisant. Cela signifie alors que l’économie souffre de rigidités structurelles et non pas qu’il faille accroître la demande.

Après six ans de crise et un chômage qui continue d’augmenter en dépit de taux d’intérêts extrêmement faibles et d’un politique budgétaire nettement expansionniste, il convient de se demander si le problème n’est pas essentiellement structurel.

Deuxième limite : l’efficacité des politiques de relance dépend des anticipations des agents économiques. Si ceux-ci considèrent que la relance va conduire à des problèmes de financement sérieux dans quelques années, ils auront tendance à épargner en prévision de ces lendemains qui ne chantent pas. Cette baisse de la consommation privée annule partiellement ou totalement les effets positifs de la relance par la dépense publique. Or dans le contexte actuel de déficits élevés, de pression fiscale considérable et d’une dette en augmentation rapide, une "relance" se payera inévitablement, soit par des hausses d’impôts intolérables, soit par une faillite de l’Etat qui entraînera le chaos, soit par une réduction  des dépenses publiques si violente qu’elle nous plongera dans une récession digne de la Grèce ou de l’Espagne. C’est d’ailleurs la raison pour laquelle nos gouvernants veulent que ce soit l’Allemagne qui mette en place la relance dont ils ont besoin.

Troisième limite : ces politiques de relance ne sont donc viables que si elles sont compensées par des politiques d’austérité en période de vache grasse. Cela permet en effet de stabiliser la trajectoire de la dette publique et de se donner la marge de manœuvre nécessaire pour relancer l’économie en période de récession. Si l’on ne s’impose pas cette discipline, on va dans le mur. Et quand on s’écrase contre le mur, il est trop tard. Or le budget de l’Etat n’a pas été en excédent depuis plusieurs décennies…

3. Les prélèvements excessifs

Les prélèvements impliquent des distorsions économiques : baisse des incitations à travailler, à embaucher, à investir et à innover. A court terme, ces distorsions sont faibles, car les ménages et les entreprises mettent un certain temps à s’adapter à la nouvelle donne fiscale. Ainsi, les politiques et l’administration pensent pouvoir s’en sortir en raisonnant à comportements inchangés. C’est cette approche qui prévaut quand on nous dit que telle mesure va rapporter tant de milliards. A long terme, cependant, les agents s’adaptent à la fiscalité. Les riches vont s’installer en Belgique. Les entreprises délocalisent leurs profits pour échapper à l’IS, ou leurs unités de production pour échapper aux charges sociales ; les ménages recourent au travail au noir ; les médecins ou les restaurateurs travaillent moins ; les footballeurs signent avec des clubs étrangers moins taxés. Les milliards escomptés s’amenuisent, et les problèmes de finances publiques ne se règlent pas. On le constate aujourd’hui où après plusieurs années de hausses féroces de prélèvement, le déficit reste bien au-dessus des 3 % et repart à la hausse. Lorsque la pression fiscale augmente au-delà d’un seuil critique, l’effet "Laffer" commence à jouer : les hausses supplémentaires d’impôts réduisent les recettes fiscales. En principe, il suffirait alors de baisser les impôts pour augmenter ces dernières ; sauf que, à nouveau, cela ne joue qu’à long terme. C’est-à-dire qu’il faut être patient et attendre que les entreprises réinvestissent, que les riches reviennent, etc. Et pour que cela soit le cas, il faut être capable de les convaincre que les impôts n’augmenteront pas à nouveau. C’est-à-dire s’engager sur un programme durable de réduction des dépenses publiques.

 
Commentaires

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  • Par RBO77 - 11/12/2014 - 07:52 - Signaler un abus Toujours les mêmes rengaines

    Concernant la RTT, exactement les mêmes arguments qu'il y a 20 ans, avec des affirmations pourtant démenties par les faits. Ex: aucun site de production automobile n'a vu sa production baisser du fait de la RTT. Il est donc faux de dire que "travailler moins veut dire produire moins". Je remarque que ce n'est curieusement plus l'Allemagne qui est donnée en modèle mais le Royaume Uni et les USA. Dernière perle: Le temps partiel serait un souhait des salariés de réduire leurs horaires. Dommage que la majorité des salariés des entreprises de services ne lisent pas les articles d'Atlantico, ils seraient ravis de l'apprendre.

  • Par bjorn borg - 11/12/2014 - 10:31 - Signaler un abus Une erreur les 35 heures

    C'est bien une utopie de gauche, merci Martine Aubry. Les 35 heures ont tout bouleversé sans rien apporter à l'économie. C'est le contraire, ceux qui ne l'ont pas appliqué s'en portent bien mieux. Il faut revenir aux 39 heures payées 35. Je sais que ça va faire hurler bien des gens. Je n'en ai rien à faire car c'est mon avis personnel.

  • Par Solognitude - 11/12/2014 - 12:06 - Signaler un abus Pour ce qui est de l'actualité,

    Cet article offre une excellente conclusion!

  • Par superliberal - 11/12/2014 - 13:41 - Signaler un abus Voilà qui est bien parlé (ou écrit)

    En gros il faut faire des réformes libérales...c'est pourtant pas compliqué. - Adopter le code du travail Suisse - Adopter l'âge de la retraite Allemande - Adopter la taxe sur la capital Belge - Adopter la TVA et TIPP Luxembourgeoise - Adopter le temps de travail US - Adopter l'enseignement primaire et secondaire Finlandais - Adopter l'IR Anglais .... et oui il y a quand même un peu d'intelligence en dehors de la France. Evidemment les gens qui vivent dans ces pays sont très malheureux et nous envient beaucoup mais il semblerait qu'au paradis socialiste Français les finances viennent à manquer.

  • Par Benvoyons - 11/12/2014 - 17:38 - Signaler un abus Un article clair et sans faille. Par contre il y a eu de

    l'embauche chez les Fonctionnaires et ainsi les coûts par exemple des Hôpitaux ont explosé avec à la clef une dette supplémentaire massive donc du aux 35h. Avec les 35 h il y a eu environ plus de 500000 fonctionnaires supplémentaires et la dette qui va avec. Concernant le privé et bien il faut prendreen compte le départ massif des entreprises étrangères (exemple Molex etc et ensuite des Françaises. Donc l'augmentation du chômage dans le privé est du au 35h. Il faut prendreen compte par exemple Thalès qui a eu des contrats avec l'étranger et pour que le marché reste profitable a du utiliser des sous-traitant dans les pays avec lesquelles Thalès avait les marchés. Beaucoup d'autres entreprises ont utilisé ce système. Les 35h ont été et sont encore une cathasptrophe pour la France.

  • Par vangog - 11/12/2014 - 23:55 - Signaler un abus Un enjeu de 0,5 points de PIB...en plus ou en moins?

    Personne ne le sait, car personne ne peut se référer à aucune politique socialiste qui ait déjà réussi et créé, ne serait-ce qu'un demi point de PIB...pourquoi? Parceque toute mesure gauchiste possède ses corollaires contre-productifs. Ainsi, il y a fort à parier que le principal effet sera un découragement et une fragilisation accrue des professions libérales rendues les plus vulnérables par les politiques gauchistes précédentes...seule la partie libérale est dérèglementée, alors que la partie étatiste des professions réglementées est accentuée. Ceci conduira inévitablement à un massacre, et à une baisse de 0,5 points de PIB...au moins!

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Gilles Saint-Paul

Gilles Saint- Paul est un économiste spécialiste du marché du travail.

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