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Le retour des inégalités régionales ou l’échec de l’intégration européenne depuis 25 ans

Selon une étude réalisée par les économistes Joan Rosés et Nikolaus Wolf, si les régions européennes ont pu connaître une période de convergence économique​ pendant le XXe siècle, l'année 1980 marquerait une rupture vers un retour des divergences régionales.

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Le retour des inégalités régionales ou l’échec de l’intégration européenne depuis 25 ans

 Crédit Reuters

Atlantico : Selon les auteurs, ce retour de​s divergence​s régionales​ serait un moteur du populisme qui toucherait aujourd'hui la zone euro​. Quelles sont les causes de ces divergences et comment celles-ci se sont traduites en un résultat politique vers le "populisme" ?

Christophe Bouillaud : A les en croire, il s’agirait de l’effet d’une nouvelle division internationale du travail en place dès le début des années 1980. La baisse des coûts des transports et la poursuite de la libéralisation des flux matériels, immatériels et financiers engagée dès l’après Seconde guerre mondiale auraient fini par avantager certaines régions – essentiellement les métropoles des différents Etats gérant cette réorganisation productive et quelques anciennes régions industrialisées diversifiées dans leur production en 1900 – et en désavantager d’autres – celles dont la prospérité en 1900 était fondée sur le seul complexe mines de charbon/industrie lourde.

Dans le cas français, cela correspond bien à la chute relative de richesse du nord de la France et de la Lorraine, et à la poursuite de l’ascension de la région parisienne, ou des autres métropoles régionales (Toulouse, Rennes, Lyon, etc.).  Après, pour en arriver au populisme en tant qu’expression électorale de ces régions, il a fallu toute une évolution politique plus compliquée qu’un simple décalque des zones en déclin économique et de l’apparition d’un vote populiste. En effet, avant que le vote populiste n’apparaisse, encore faut-il que les anciens partis dominants de la région en question, souvent implantés avant 1914, déclinent. Pour donner un exemple, en Belgique, la Wallonie tenait le haut du pavé industriel en 1950, elle commence à décliner nettement ensuite et finit par apparaître comme à la charge du contribuable flamand dès les années 1960-70. De ce fait, c’est en Flandres, la partie du pays qui s’enrichit beaucoup après 1945, que vont apparaitre des partis autonomistes, puis sécessionnistes, souvent très orientés à l’extrême droite. Au contraire, jusqu’à nos jours, le Parti socialiste reste, certes affaibli, la force dominante en Wallonie, et aucun parti populiste d’extrême droite n’a réussi à y percer. Par contre, le Parti ouvrier belge (POB), un parti d’extrême gauche, y connait désormais de bons résultats. Comparons avec ce qui se passe du côté français, tout le long de la frontière belge, dans un contexte économique similaire de déclin d’une vieille région industrielle fondée sur les mines de charbon. Là aussi, le Parti socialiste conserve ses fiefs bien au-delà de la déprise industrielle des années 1950-1970. Par contre, l’extrême-droite que représente le Front National a fini par s’y implanter, en particulier dans l’ancien bassin minier. Les situations sont donc complexes : la polarisation spatiale de la richesse entre régions peut donc avoir des conséquences politiques contrastées selon les histoires politiques de chaque région dans son pays d’appartenance. A minima, il faut distinguer le « populisme » des régions gagnantes au jeu qui ne veulent pas payer pour leur Etat central et le « populisme » des régions perdantes au jeu qui veulent que toute l’aide de leur Etat central leur soit réservée. Et, sur cela, se rajoutent les distinctions droite/gauche liée à l’histoire.

 
Commentaires

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  • Par vangog - 20/03/2018 - 09:59 - Signaler un abus Le populisme, c’est la politique du peuple pour le peuple!

    et la caste des technocrates bruxellois est une nouvelle noblesse corrompue qu'il faudra détrôner, afin que le peuple survive...il n’y a plus à tortiller, car il y va de l’avenir de l’Europe!

  • Par Ganesha - 20/03/2018 - 10:10 - Signaler un abus Le petit chaperon rouge et le grand méchant loup !

    Grotesque ! ''A mourir de rire'' ! Cet article nous parle d'un changement politique essentiel, qui ''s'est produit en 1980'' ! Mais il réussit ensuite l'exploit de s'étaler sur trois pages, mais sans jamais nous citer une seule fois le mot définissant ce qui s'est passé cette année là ! Il s'agit pourtant, tout simplement, du LIBÉRALISME, imposé par Reagan et Thatcher, puis de la ''Concurrence Libre et Non-Faussée'', credo central de l'action de la Commission européenne. Par contre, l'auteur nous parle des dizaines de fois du ''très méchant'', de ''l'épouvantable populisme'' ! Espère-t-il vraiment nous convaincre en nous prenant pour des enfants, à qui on n'ose pas expliquer la vérité, nous racontant des ''contes de fées'' ?

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Christophe Bouillaud

Christophe Bouillaud est professeur de sciences politiques à l’Institut d’études politiques de Grenoble depuis 1999. Il est spécialiste à la fois de la vie politique italienne, et de la vie politique européenne, en particulier sous l’angle des partis.

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