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Retour de la France au commandement intégré de l’OTAN, 7 ans après : une inflexion majeure de la politique étrangère française

Alors qu'il y a près de sept ans maintenant que l'armée française a réintégré le commandement intégré de l'OTAN, la France a semble-t-il bénéficié de ce retour aux affaires sur le plan militaire.

Initié par Sarkozy, approfondi par Hollande

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Retour de la France au commandement intégré de l’OTAN, 7 ans après : une inflexion majeure de la politique étrangère française

Atlantico : Le 17 mars 2009, François Fillon a fait voter la confiance de son gouvernement sur la question de la réintégration de la France dans le commandement intégré de l'OTAN. Sept ans plus tard, quel bilan peut-on faire du retour de la France dans les hautes sphères de cette instance ?

Jean-Sylvestre Mongrenier : De prime abord, rappelons que la France est l’un des Etats fondateurs de l’Alliance atlantique. Au lendemain de la Seconde Guerre Mondiale, elle travaille en concertation avec le Royaume-Uni à convaincre les Etats-Unis de rester engagés en Europe, afin de contrer la menace soviétique et de mettre en place un système de défense collective qui évite aux Etats européens de basculer à nouveau dans des jeux d’alliances et de contre-alliances. Lorsque le traité de l’Atlantique Nord est signé le 4 avril 1949, Paris insiste pour que l’organisation militaire prévue par le texte (l’OTAN proprement dite) soit mise sur pied le plus vite possible ; la guerre de Corée et la crainte d’une attaque surprise de l’URSS, qui profiterait de l’engagement américain en Extrême-Orient, accélèrent le processus.

Jusqu’à la décision de De Gaulle de retirer la France non pas de l’OTAN, mais de la structure militaire intégrée (les chaînes de commandement), le 7 mars 1966, la France est l’ombilic du dispositif politico-militaire atlantique (elle accueille la plupart des institutions atlantiques ainsi que les grands commandements interalliés). Pour limiter les dommages occasionnés par la décision de De Gaulle, des accords militaires et logistiques sont signés dès l’année suivante (accords Ailleret-Lemnitzer, 1967). En 1974, ils ont été renforcés par les accords Valentin-Ferber.

Pourtant, il y avait un décalage entre l’idée que le commun se fait des rapports entre la France et l’OTAN d’une part, les réalités politiques, stratégiques et militaires de l’autre. La réduction de ces "dissonances cognitives" est amorcée dans les années 1980 : le plein retour de la France dans les structures militaires intégrées est une histoire de longue haleine. Elle commence sous François Mitterrand, qui accepte le principe de la rénovation de l’OTAN à la fin de la Guerre froide et cherche à négocier en contrepartie une redistribution des responsabilités politico-militaires entre les deux rives de l’Atlantique, plus précisément entre l’OTAN et l’Union européenne (le traité de Maastricht est signé en 1991). Cette négociation entre la France et ses alliés est poursuivie par Jacques Chirac, avec une participation active de la France à la "transformation" de l’OTAN, et elle aboutit sous Nicolas Sarkozy (sommet de Strasbourg-Kehl, 3-4 avril 2009). La décision de participer pleinement à la structure militaire intégrée a le mérite de mettre fin aux "dissonances cognitives" : l’OTAN n’est pas un lointain "objet" mais une alliance de première importance pour la défense de l’Europe, et la France est l’un de ses principaux contributeurs. Plus concrètement, les officiers français sont désormais en nombre dans les chaînes de commandement et ils peuvent influencer le processus décisionnel, avant même que la question à trancher arrive au niveau du Conseil de l’Atlantique Nord (l’instance politico-décisionnelle de l’OTAN) : Paris n’est plus contraint à un choix binaire en fin de processus.

La France a aussi obtenu deux grands commandements : le Commandement de la Transformation, sis à Norfolk (un commandement de niveau stratégique) ; le commandement régional de Lisbonne (de niveau opératif). Enfin, la clarification opérée par la France consolide l’alliance en charge de la défense de l’Europe et elle renforce son pouvoir de négociation sur le plan bilatéral, avec les Etats-Unis et le Royaume-Uni (voir les accords de Lancaster House, 2 novembre 2010). Une coopération politico-militaire plus étroite entre Paris et Londres est essentielle à l’avenir de l’Europe, dans un monde dont les grands équilibres se dérobent, particulièrement à l’Est et au Sud du Vieux Continent. Nul doute que la décision prise l’année précédent ait facilité ce nouveau rapprochement franco-britannique.

Si la France a sans doute gagné en terme de capacités opérationnelles sur le terrain, a-t-elle perdu une part de son indépendance en liant un peu plus le sort de sa défense à l'OTAN ? Avant cette décision, la voix de la France aurait-elle été aussi audible si elle avait fait partie du commandement de l'OTAN (exemple de la guerre en Irak en 2003) ?

Comme indiqué plus haut, la France a surtout gagné en influence et en crédibilité, encore que le départ précipité d’Afghanistan, décidé par François Hollande en début de mandat, ait compromis cette clarification (le retrait d’Afghanistan a été compensé par l’engagement au Mali, mené en étroite intelligence avec Washington). L’indépendance - qui ne doit pas être confondue avec un fantasme de toute-puissance ou réduite à un simple nihilisme -, n’est pas remise en cause par l’OTAN. Les décisions se prennent par consensus et l’OTAN ne peut intervenir que si tous ses membres le décident. Autrement dit, l’OTAN n’est ni un grand être agissant, ni un simple instrument des Etats-Unis : les diverses crises à l’intérieur de l’OTAN et le recours aux "coalitions de bonnes volontés", plus souples et plus pratiques qu’une alliance instituée, le montrent bien. Si l’on se reporte à l’Irak, la France n’était pas le seul pays à s’opposer à une intervention militaire et c’est aussi pour cela que l’OTAN n’a pas été utilisée (les Etats-Unis n’y songeaient pas vraiment). L’Allemagne et la Belgique s’opposaient également à un tel engagement, malgré leur intégration dans l’OTAN. A noter qu’une crise de ce type était déjà intervenue lors de la guerre du Golfe (1990-1991) : la France participait à la coalition mais elle refusait l’emploi de l’OTAN qui avait donc été mise de côté.

 
Commentaires

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  • Par Deudeuche - 16/03/2016 - 15:14 - Signaler un abus Retour qui allait de soit

    sauf pour les attardés qui vivent seuls devant leur télé ou le club des irresponsables du Quai d'Orsay. La marginalisation du premier contributeur européen, la France face aux nains néerlandais ou norvégiens était plus qu'insupportable pour les militaires français.

  • Par zouk - 16/03/2016 - 17:23 - Signaler un abus Retour à l'OTAN

    C'était une évidence, mais qui n'entrainait nul besoin de pratiquer une politique étrangère étroitement atlantiste, voire ultra atlantiste; N'est-ce pas Monsieur Fabius (Syrie, Iran ....)

  • Par clint - 16/03/2016 - 19:23 - Signaler un abus Fabius n'a jamais été ultra atlantiste !

    D'ailleurs qu'est ce qu'il était? Bon anti Russie et anti Assad : positions en opposition à Sarkozy ???

  • Par Deudeuche - 16/03/2016 - 22:20 - Signaler un abus @zouk

    une politique étrangère, pas atlantiste mais Obama suiviste, parce que "Obama pour tous", et Poutine caca, car pas "gay friendly". Voici le fil conducteur de Bruxelles Paris et Washington dans leur vision pour le monde. Bashar copain de Poutine et de l'Iran n'est donc pas gentil! Pour comprendre il suffit de fréquenter des diplomates et l'on a vite compris la déviance érigée en but ultime de la société au sein d'un ministère résolument et massivement arc en ciel.!

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Jean-Sylvestre Mongrenier

Jean-Sylvestre Mongrenier est docteur en géopolitique, professeur agrégé d'Histoire-Géographie, et chercheur à l'Institut français de Géopolitique (Université Paris VIII Vincennes-Saint-Denis).

Il est membre de l'Institut Thomas More.

Jean-Sylvestre Mongrenier a co-écrit, avec Françoise Thom, Géopolitique de la Russie (Puf, 2016). 

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