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Rétablir la confiance dans la vie démocratique : les 6 chantiers incontournables qui dépassent de très loin la moralisation de la vie politique

La moralisation de la vie politique ne pourra pas, seule, faire en sorte que les Français retrouvent confiance dans la vie démocratique.

Au travail !

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Rétablir la confiance dans la vie démocratique : les 6 chantiers incontournables qui dépassent de très loin la moralisation de la vie politique

1. Reconstruire la possibilité de l'ascenseur social en ayant le courage d'affronter le bilan de 40 ans d'égalitarisme, qui ont notamment mené à une sociologie toujours plus homogène des élites

Pierre Duriot : Il est évident que l'école peut avoir sa part dans la moralisation de la vie politique et la restauration d'une certaine forme de démocratie, dont on a l'impression qu'elle n'a plus cours. D'autant que cette démocratie ne fonctionne vraiment que dans les pays de gens instruits. Dans les pays peu lettrés, où l'Occident a importé artificiellement la démocratie, elle est préemptée par les castes les plus instruites qui finissent par s'arroger le pouvoir permanent, moyennant des modifications de Constitution qui permettent de se représenter éternellement.

En réalité, même s'il a été amoindri, érodé, l'ascenseur social par l'école fonctionne toujours et la possibilité reste, pour un très bon élève - lequel est souvent né, il est vrai, dans une famille porteuse - de prendre les quelques places qui restent, mais quand les multiples réseaux ont placé leurs gens.

Au-delà de l'école, c'est bien un système de promotion ne reposant pas sur le mérite qui préside à la reproduction des élites et à cet entre-soi insupportable qui vire à une forme de noblesse ne disant pas son nom. L'analyse des parcours de très nombreux politiciens arrivés au plus haut niveau montre bien que la réussite scolaire intervient bien moins que l'appartenance à des réseaux ou des familles déjà dans la place. Le phénomène est même perceptible pour l'accession à un simple emploi. Oui, l'école doit être repensée, cesser de donner dans la politique et l'idéologie, retrouver un rôle, à la fois de massification et d'excellence de l'instruction. Elle est l'un des leviers, mais à mon sens, pas le principal. Il faut regarder en premier lieu, du côté de ce que l'on pourrait appeler les modèles identificatoires de notre société. C'est-à-dire l'exemplarité de ceux qui nous gouvernent, la plupart du temps pris en défaut. Il me semble que l'exemplarité et la rigueur des personnes qui président aux destinées de la nation seraient les premières des mesures à mettre en place pour rendre crédible un quelconque début de moralisation et redonner à l'élève moyen et à ses parents une croyance dans les vertus du travail scolaire.

2. L'égalité devant l'impôt pour les particuliers comme pour les entreprises

Eric VerhaegheL'imposition des particuliers, en France, ressemble à la tarification aérienne. Aucun des passagers de l'avion ne paie le même tarif que son voisin pour le même voyage et la même classe de confort. Entre les abattements, les niches, les prises en compte complexe des situations familiales, l'impôt des particuliers est devenu une forêt tropicale où l'horizon est bouché et où le moindre mouvement peut conduire à de mauvaises surprises. Cette situation de morcellement est synonyme d'iniquité et de rejet de l'impôt. Les travailleurs indépendants sont probablement les plus enclins à la virulence, compte tenu des hauts exorbitants de pression fiscale qui pèsent sur eux. Le coin socio-fiscal d'un entrepreneur est de 85%, quand celui des salariés est bien moindre. Pour les entrepreneurs, la France de l'impôt est un chemin de croix. 

3. Renoncer à la culture de l'excuse et au laxisme 

Eric Verhaeghe : Faut-il appartenir à une minorité pour bénéficier de circonstances atténuantes? S'il y a bien un domaine où les Français perçoivent le deux poids deux mesures, c'est celui de la vie quotidienne, et de cette insupportable culture de l'excuse qui conduit à tolérer chez les uns ce qui est interdit chez les autres. Par exemple, la discrimination entre les hommes et les femmes est sévèrement réprimée dans les entreprises, mais elle est occultée dès qu'elle s'explique par une foi dans la religion musulmane. L'occupation des trottoirs dans le quartier Pajol à Paris, mais ailleurs aussi, en sont des signes. Mais d'autres exemples abondent. Le moindre propos à connotation ségrégationniste est combattu avec virulence lorsqu'il est tenu par un Blanc. En revanche, le fait que des groupes anticolonialistes organisent des réunions ou des rencontres interdites aux Blancs ne suscite que très peu de réactions des autorités. La colère contre ce type d'inégalité est d'autant plus lourde qu'elle est interdite d'expression, car suspectée d'être d'extrême droite. Le comble de la culture de l'excuse est, en effet, de transformer la recherche d'égalité en manifestation d'extrémisme. 

 
Commentaires

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  • Par Clotilde DE BIEVRE - 04/06/2017 - 14:52 - Signaler un abus CONFIANCE

    Et si les politiciens faisaient confiance aux citoyens pour les contrôler et évaluer, au lieu d'inventer de nouveaux "machins" ; et pour les investir, pour éviter les arrangements d'appareils : réunir les copies des cartes d'électeurs avec les chèques de soutien encaissés lorsque HATVP et Conseil Constitutionnel auront validé les candidatures d'au moins 5 % de l'électorat dans le secteur concerné pour des personnes distinguées pour leurs actes, idées, œuvres, etc...

  • Par Joly Maurice - 05/06/2017 - 13:28 - Signaler un abus Bons remèdes.

    Belles recettes, mais pour les appliquer ce sera plus compliqué, beaucoup d'intérêts en jeu qui priment hélas sur l'intérêt majeur de la nation.

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Pierre Duriot

Pierre Duriot est enseignant du primaire.

Il s’est intéressé à la posture des enfants face au métier d’élève, a travaillé à la fois sur la prévention de la difficulté scolaire à l’école maternelle et sur les questions d’éducation, directement avec les familles.

Il est l'auteur de Ne portez pas son cartable (L'Harmattan, 2012) et de Comment l’éducation change la société (L’harmattan, 2013). Il a publié en septembre Haro sur un prof, du côté obscur de l'éducation (Godefroy de Bouillon, 2015).

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Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr
 

Diplômé de l'Ena (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un Dea d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

 

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Jean-Luc Touly

Jean-Luc Touly est syndicaliste. Il est aujourd’hui chez Sud, après avoir été pendant près de 30 ans à la CGT, et également délégué syndical FO chez Veolia. Il est l’auteur de L’argent noir des syndicats (Fayard, 2008) et reste, par ailleurs, conseiller régional en Ile-de-France d’EELV.

Il a publié, en septembre 2013, le livre Syndicats: corruption, dérives, trahisons chez First Editions.

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Pierre-François Gouiffès

Pierre-François Gouiffès est maître de conférences à Sciences Po (gestion publique & économie politique). Il a notamment publié Réformes: mission impossible ? (Documentation française, 2010), L’âge d’or des déficits, 40 ans de politique budgétaire française (Documentation française, 2013). et récemment Le Logement en France (Economica, 2017). Il tient un blog sur pfgouiffes.net.
 

Vous pouvez également suivre Pierre-François Gouiffès sur Twitter

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