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La résistance aux antibiotiques, un mythe ?

Selon un rapport de l'OCDE publié mercredi 3 décembre, la prescription d'antibiotiques en France serait supérieure de 41 % à la moyenne européenne, une situation "préoccupante" selon l'organisation.

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Publié le - Mis à jour le 8 Décembre 2014
La résistance aux antibiotiques, un mythe ?

La prescription d'antibiotiques en France serait supérieure de 41 % à la moyenne européenne.

Atlantico : La résistance aux antibiotiques en France est-elle en augmentation ? La situation est-elle réellement préoccupante ?

Stéphane Gayet : D’une façon générale, on consomme beaucoup de médicaments en France, en comparaison des autres pays européens. Il est difficilement concevable de sortir d’une consultation d’un médecin sans aucune prescription médicamenteuse ; ce qui est moins le cas dans d’autres pays, comme le Royaume-Uni et l’Allemagne. Ce consumérisme médicamenteux a plusieurs facteurs : une offre riche, le remboursement, des prix bas et des habitudes sociétales, elles-mêmes liées aux autres. Cette tendance se retrouve avec les antibiotiques.

Or, la résistance des bactéries aux antibiotiques ou « antibiorésistance » est essentiellement liée à la « pression de sélection ». Il faut bien distinguer l’antibiorésistance acquise de l’antibiorésistance naturelle (nous utiliserons le mot résistance par commodité). Une bactérie est identifiée par son genre (ex : Staphylococcus ou staphylocoque), son espèce au sein du genre (ex : aureus ou doré) et enfin ses caractères individuels qui la distinguent au sein de l’espèce (ex : souche n°…). Une souche (ou clone) est constituée d’éléments ou individus bactériens identiques. Chaque espèce bactérienne résiste naturellement, avant tout processus de sélection, à certains antibiotiques : on parle de « résistance naturelle » qui est le tronc commun de toutes les souches d’une même espèce. De temps à autre, au sein d’une population bactérienne, va émerger un individu radicalement différent, résultant d’une mutation. Ce nouvel élément sera éliminé par les autres ou le milieu si ses nouveaux caractères sont néfastes. Il s’imposera parmi les autres si au contraire ses nouveaux caractères sont avantageux. C’est ce qui se produit avec les antibiotiques : dans une population bactérienne, apparait de temps en temps un mutant qui résiste à un antibiotique A ; il sera éliminé, à moins que le milieu ne soit imprégné de cet antibiotique A, auquel cas il survivra quand les autres seront tués par l’antibiotique A auquel ils sont sensibles. On est en quelque sorte passé de la sélection naturelle à la sélection artificielle, ici médicamenteuse.

Dès lors, le niveau de résistance bactérienne d’un pays reflète les habitudes de prescription et de consommation antibiotiques de ce pays ; du moins d’un point de vue schématique, car des facteurs supplémentaires peuvent intervenir, comme les manquements en matière d’hygiène microbienne qui facilitent la diffusion interpersonnelle des souches bactériennes résistantes. Toujours est-il que la France figure parmi les pays européens qui ont une résistance bactérienne assez élevée. Mais il convient d’apporter trois nuances : primo, la France a mis en place une surveillance très rigoureuse des bactéries résistantes, ce qui n’est pas le cas de tous les pays européens ; secundo, ces données sont en évolution et il faut considérer les tendances ; tertio, il faut encore faire une distinction selon les espèces bactériennes. Ainsi, la résistance augmente chez certaines espèces, mais diminue fort heureusement chez d’autres. La situation est certes préoccupante, mais les autorités de santé, les experts et de nombreux professionnels de soins sont mobilisés depuis des années pour œuvrer afin de lutter contre ces différentes résistances bactériennes. La lutte contre la résistance des bactéries aux antibiotiques est l’une des priorités de santé publique en France depuis plus d’une décennie.

 
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  • Par Karg se - 05/12/2014 - 10:18 - Signaler un abus Bull shit

    "dont une grande partie ne sera pas détruite par la cuisson et par conséquent retrouvée dans notre assiette" Source? Le délais avant abattage réduit les résidus à l'état de trace. Ca n'est pas pire que ce que les stations d'épurations renvois dans la nature "les volailles qui font l’objet d’un élevage intensif en grande promiscuité " Un scientifique honnête doit être précis dans les termes: cette remarque ne concerne que le poulet standard, et le cochon standard. Qui plus est la consommation d'antibiotique baisse régulièrement dans la plupart des élevages. https://www.anses.fr/fr/content/suivi-des-ventes-dantibiotiques-v%C3%A9t%C3%A9rinaires "il faut savoir que les poissons d’élevage ne sont pas épargnés" En Norvège (puisque c'est ça le sujet implicite) moins de 1% de poissons sont traités. Les poissons d'élevages occidentaux reçoivent des immunostimulants et des vaccins qui réduisent drastiquement (99% dans le cas de la Norvège) les besoins d'antibiotique. http://www.poissons-de-norvege.fr/Articles/France/Communiqu%C3%A9s-de-presse/2013/Informations-sur-le-Saumon-de-Norv%C3%A8ge-relatives-au-reportage-du-7-novembre-d%E2%80%99Envoy%C3%A9-Sp%C3%A

  • Par brennec - 05/12/2014 - 10:43 - Signaler un abus Extention du domaine de la lutte

    " La lutte contre la résistance des bactéries aux antibiotiques est l’une des priorités de santé publique en France depuis plus d’une décennie" Si ça marche aussi bien que la 'lutte' contre la pauvreté et/ou le mal logement, on est mal barrés

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Stéphane Gayet

Stéphane Gayet est médecin des hôpitaux au CHU (Hôpitaux universitaires) de Strasbourg, chargé d'enseignement à l'Université de Strasbourg et conférencier.

 

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