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Réseaux sociaux : votre ado a eu un smartphone à Noël ? Petit guide des applis auxquelles les parents ne comprennent rien

L'application After School connait un succès inégalable aux Etats Unis puisqu'elle permet aux adolescents de s'exprimer anonymement tout en empêchant l'accès des parents grâce à un algorithme. Ce type d'applications alimente le phénomène du "cyber harcèlement" dont les conséquences peuvent être dramatiques chez les adolescents les plus vulnérables. Un comportement qui inquiète les parents.

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Publié le - Mis à jour le 1 Janvier 2016
Réseaux sociaux : votre ado a eu un smartphone à Noël ? Petit guide des applis auxquelles les parents ne comprennent rien

Atlantico : L'application After School est très populaire aux Etats-Unis puisqu'elle permet aux adolescents de s'exprimer anonymement sans laisser la possibilité aux parents de s'immiscer. Ces derniers s'inquiètent des dérives potentielles qu'une telle application peut susciter. Est-ce justifié ? Quelles pourraient être les conséquences néfastes d'un tel espace de liberté d'expression ?

Michael Stora : Au-delà de cette application spécifique, l'inquiétude parentale des adolescents est un phénomène de société qui vient souvent révéler que les parents eux-mêmes ne supportent pas que leurs enfants existent en dehors de leur giron. En effet, les parents utilisent beaucoup les réseaux sociaux pour surveiller.

A partir de cela, l'idée de faire une application interdisant l'accès aux parents est plutôt séduisante sur le papier. Les médias évoquent plutôt des histoires assez catastrophiques de cyber bashing ou de suicide en ligne. Tout cela ne fait que renforcer un sentiment d'anxiété chez les parents. A partir du moment où l'on a bien éduqué les enfants et qu'ils disposent d'une base saine, il devrait y avoir une confiance implicite envers l'adolescent. Il y a tout de même un service de modération mais qui n'est pas parfait.

L'anonymat encourage l'impunité. Il peut y avoir des dérives comme un adolescent qui annonce qu'il veut tuer tout le monde, un autre qui met en ligne le numéro de téléphone portable d'un camarade. Comme toujours dans la population adolescente, certains sont malveillants ou sadiques comme les "trolls". A partir de ce moment là, il devient intéressant de créer des gardes fous. Les adolescents sont en quête de limites qui sont plus facilement franchies par l'anonymat.

David Fayon : Déjà, il s’agit d’une application téléchargeable pour un smartphone (pour iPhone ou Android). Initialement, elle a été proposée sur l’Apple Store en octobre 2014 et le buzz a suivi ce qui l’a rendu populaire, du moins aux Etats-Unis. Elle est réservée aux internautes de 13 ans au moins, c’est-à-dire ayant leur majorité numérique. En pratique, rien n’interdit à un enfant ayant un smartphone de truquer son âge pour déclarer avoir 13 ans ou plus. C’est la même chose que pour Facebook.

Oui, les parents ont raison de s’inquiéter car cette application permet de se répandre anonymement sur son école et ce qui gravite autour et sans pouvoir savoir ce que leur enfant pense. C’est une source de crainte pour eux, tout à fait compréhensible puisque la pensée et l’humeur de leur progéniture leur échappe. En théorie, les créateurs indiquent qu’ils ont une tolérance zéro à l’égard de la cyber-intimidation mais il n’est pas possible de tout contrôler même si l’équipe d’After School indique mobiliser 15 personnes pour vérifier rapidement les messages postés.
Il est possible de dénigrer un camarade de classe en faisant des allusions (à son physique, sa tenue vestimentaire, son surnom) qui permettent aux initiés de se reconnaître car les jeunes, comme toute communauté, ont des langages codés. Et le danger est de blesser les plus fragiles qui supporteront moins les critiques.

Les conséquences peuvent être des dépressions, des débuts d’anorexies, des tentatives de suicide. C’est la même chose qui existe dans la vie physique mais le phénomène est amplifié et accéléré.

 

 
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Michael Stora

Michael Stora est psychologue clinicien pour enfants et adolescents au CMP de Pantin.

Il y dirige un atelier jeu vidéo dont il est le créateur et travaille actuellement sur un livre concernant les femmes et le virtuel.

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David Fayon

David Fayon est consultant Web pour des entreprises et organisations françaises depuis la Silicon Valley, co-fondateur de PuzlIn et membre de l'association Renaissance Numérique. Il est l'auteur de Web 2.0 et au-delà (Economica, 2è éd., 2010), Géopolitique d'Internet : Qui gouverne le monde ? (Economica, 2013). et Facebook, Twitter et les autres... (avec Christine Balagué, Pearson, 3e éd, 2016) ainsi que de Transformation digitale (avec Michaël Tartar, Pearson, 2014). Observateur et acteur de la société numérique, ses recherches portent sur la transformation digitale des banques.

Il anime enfin le site davidfayon.fr, sur l'actualité du Web et du numérique.

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