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La République En Marche : Christophe Castaner face à la part d’illusion du mouvement présidentiel

La République en Marche désignera ce samedi son délégué général ainsi que son bureau exécutif, lors d'un congrès à Lyon.

Election à main levée

Publié le
La République En Marche : Christophe Castaner face à la part d’illusion du mouvement présidentiel

Atlantico : Ce samedi 18 novembre, le congrès de LREM aura lieu à Lyon, et le parti désignera son délégué général ainsi que son bureau exécutif. En revenant sur les électeurs, adhérents ou miltants En Marche​, en quoi leur choix électoral a-t-il pu se porter sur Emmanuel Macron du fait de son affichage d'une "différence", sans que cette "différence" recherchée par l'électorat soit homogène ? Faut il ainsi voir, au moins en partie, une forme d'illusion sociologique dans LREM ? 

Jean-Philippe Moinet : Emmanuel Macron a répondu avec le succès que l'on sait, au printemps dernier, à une demande qui s'est avérée importante et profonde: une demande de renouvellement de l'offre politique, qu'il s'agisse du profil du personnel politique, de sa démarche ou de ses propositions de réformes.

Cette demande est apparue beaucoup plus vaste que ce que les acteurs (et observateurs) politiques traditionnels avaient pu appréhender. Les radicalités, de gauche et de droite, surfaient sur une attente, qui était également présente, non seulement aux marges mais dans la vaste zone "centrale" de la vie politique, ce qui a sapé les bases (électorales) des partis de gouvernements précédents: cette sape a été particulièrement violente au PS, qui a été mis à terre; il a produit des effets puissants aussi, même s'ils ont été limités, au parti LR, qui était encore il y a un an le mouvement qui devait remporter la présidentielle et les législatives.

L'attrait pour "la différence" Macron était donc commune à des zones électorales et idéologiques, originellement bien différentes. Mais comme le phénomène de Gaulle en 1958, les convergences, quand elles sont fortes et rapides, bousculent les lignes de clivages du passé, remettent en cause les grilles de lectures habituelles et il faut un certain temps, pour les acteurs (et observateurs) installés dans des habitudes, pour comprendre ce qu'il se passe et intégrer le nouveau logiciel. Le mouvement LREM, lui, est à la fois à l'origine, le reflet et le résultat d'une recomposition en cours, qui vient d'abord des attentes de la société française et qu'Emmanuel Macron a, il y a un an et demi, d'abord pressenti, puis organisé, enfin incarné à l'échelle nationale. Je pense que cette "différence" là, même si elle a pu bien sûr masquer des ambiguïtés de programme ou des hésitations de positionnements, est tellement puissante dans les attentes de l'opinion qu'elle ne s'arrêtera pas de sitôt. Nous sommes même au début d'un nouveau cycle. C'est d'ailleurs ce qui déstabilise toutes les oppositions au macronisme, PS et LR en tête.  

​En quoi cette imprécision qui a pu être reprochée à Emmanuel Macron peine-t-elle encore à être totalement levée ? En quoi cette imprécision, ressemblant à une volonté de ne pas afficher un marquage politique fort, peut-elle encore perdurer aujourdhui ? Une telle situation peut-elle participer à cette forme d'illusion ? 

Je pense que le "en même temps" d'Emmanuel Macron n'est pas une imprécision, elle peut être critiquée comme une composition permanente, comme une recherche d'équilibre et une ambivalence mais les "transformations" engagées ne sont pas floues, elle cherche à changer la donne (par exemple en matière de droit du travail, d'éducation, ou de fiscalité, avec la réforme de l'ISF) tout en trouvant des compensations pour ne pas apparaître comme brutalisant des situations ou des catégories. C'est ce qui l'a différencié d'ailleurs, dans les affichages et dans les mesures, de François Fillon, qui avait fait campagne, notamment en matière économique et sociale, sur la "radicalité". Cette recherche d'équilibre, entre "et de droite et de gauche" dans l'inspiration des décisions, peut-elle perdurer ? Oui. C'est même une marque de fabrique qu'il devra, pour des raisons d'efficacité et de différenciation politique, non seulement confirmer mais amplifier, dans tous les domaines de la vie publique où les transformations doivent avoir lieu. Pour les prochains chantiers, comme la formation professionnelle, le logement, la politique de la Ville, les régimes de retraites ou de l'assurance chômage, l'audace macronienne qui consiste à s'attaquer à du lourd devra s'accompagner d'une combinaisons de mesures qui permettra de faire accepter les changements. En clair, depuis 30 ans, la gauche avec Mitterrand et Jospin, puis la droite avec Chirac et Sarkozy, n'ont pas réussi à réaliser des réformes structurelles dont le pays avait besoin. La situation d'une France bloquée en est devenue tellement problématique que le couple Macron-Philippe a été portée au sommet du pouvoir exécutif pour s'atteler, précisément, à de grosses réformes. A l'issue de l'été, je l'avais d'ailleurs écrit à ce moment-là, il n'y avait pas beaucoup de choix pour le nouveau Président et son Premier ministre: il ne fallait pas hésiter à accélérer le rythme des transformations, meilleure réponse à faire aux critiques, toujours promptes en France vis-à-vis des pouvoirs en place. Depuis la rentrée de septembre, finis les cafouillages d'été sur des bouts de ficelles budgétaires: quasiment chaque semaine, un plan de réforme est enclenchée. Les critiques n'ont pas vraiment le temps de se développer qu'un nouveau front d'actions "transformatives" est ouvert. C'est un feu roulant qui, au total, ne fait pas un "grand soir" mais de petites révolutions qui, cumulées, donne l'impression que les lignes bougent et que le pays va peut-être utilement se transformer. L'heure du bilan n'est pas venue, il ne viendra que dans deux ans, notamment à l'occasion des élections européennes. Raison de plus pour ne pas hésiter dans l'ampleur des chantiers de réformes à investir.

 
Commentaires

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  • Par Atlante13 - 18/11/2017 - 12:34 - Signaler un abus Oui, d'accord,

    sur un point, Macron pratique la fuite en avant en accélérant le rythme des réformes, ce qui empêche la kyrielle de commentateurs et journalistes de comprendre ce qui arrive et de jouer les inquisiteurs de bazar. Mais force est de constater que les "réformes" tant promises ne sont que des "réformettes " pour l'instant, la meilleure preuve en étant la presque indifférence des syndicats qui l'ont bien compris et ne font que du cinéma. Mais plus grave que tout cela, c'est que nous constatons, et ça ce n'est pas négligeable, que la charge fiscale ne cesse d'augmenter alors que les économies n'existent pas, sauf à spolier les dotations aux régions d'ou encore une nouvelle aggravation fiscale. Macron ne fait, pour instant, que jouer au bonneteau en embrouillant tout le monde, sauf que l'économie ne repart pas en France et le déficit global ne cesse d'empirer. Autre point inquiétant, Macron a repris les bonnes vieilles manières des soviets, bonjour la démocratie, en imposant dans son parti non seulement le vote à main levée, mais aussi la désignation directe des dirigeants du parti, allant jusqu'a nommer un membre du gouvernement, le porte-parole en l'occurence, comme chef de parti.

  • Par zen-gzr-28 - 18/11/2017 - 20:20 - Signaler un abus Quel optimisme !

    Je ne partage pas du tout l'optimisme de J-P MOINET. Le mouvement des citoyens en panne depuis les élections est peut-être tout simplement dû au fait, que contrairement au Général de Gaulle, Macron n'aime ni la France, ni les Français.

  • Par gerint - 19/11/2017 - 00:02 - Signaler un abus À Zen-gzr-28

    Effectivement Macron déteste la France et les Français qu’il insulte à tour de bras. Il aime par contre l’autoritarisme et sa propre personne en Narcisse. Et il installe un crétin chef de LREM pour ne pas subir d’ombre. Je suis sûr qu’il méprise lourdement son propre parti

  • Par cloette - 19/11/2017 - 08:25 - Signaler un abus le chef des LREM

    Quand il parle , on a l'impression qu'il ronronne, comme un gros chat .Miaou !

  • Par assougoudrel - 19/11/2017 - 10:50 - Signaler un abus Pour tout défilé il y a

    le "en avant, marche"! Plus loin, c'est le "marquez le pas" et ça finit par le "halte"! ça n'ira pas bien loin.

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Jean-Philippe Moinet

Jean-Philippe Moinet, ancien Président de l’Observatoire de l’extrémisme, est chroniqueur, directeur de la Revue Civique et directeur éditorial de l'Hôtel de l'Industrie/Société d'Encouragement pour l'industrie nationale. Son compte Twitter : @JP_Moinet.

 

 

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