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Reprise mondiale : ceux qui pensent qu'elle est solidement installée, ceux qui doutent

La croissance mondiale devrait être de 3,6% cette année, selon le Fonds Monétaire International, qui met cependant en garde contre le ralentissement des pays émergents et le risque de déflation.

Croissance ou pas ?

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Reprise mondiale : ceux qui pensent qu'elle est solidement installée, ceux qui doutent

Christine Lagarde, présidente du FMI.

Atlantico : Selon les nouvelles projections du FMI la croissance mondiale devrait être de 3,6% cette année. Néanmoins l'institution reste plutôt sceptique sur les perspectives de croissance. Que faut-il comprendre ? Y a-t-il reprise ou non ?

Marc Touati : En fait, la reprise est bien là depuis 2010 à l’échelle de la planète. En effet, après avoir dépassé les 5 % en 2010, la croissance du PIB mondial a avoisiné les 3 % par an depuis 2011. Le seul problème est qu’en 2012 et 2013, la zone euro est retombée en récession.

Pour 2014, la bonne nouvelle est que cette dernière devrait enfin retrouver le chemin de la croissance. Néanmoins, la progression du PIB eurolandais devrait tout juste atteindre 1 %, contre environ 4 % pour la croissance mondiale. Pour la septième année consécutive, la zone euro devrait donc rester la lanterne rouge de la planète. C’est en cela que si le terme de "reprise" convient à l’échelle du globe, il demeure excessif pour l’Europe et également pour la France. En outre, le FMI se doit de rester prudent car les risques qui pèsent sur la croissance mondiale demeurent importants, en particulier en Europe, mais aussi dans certains pays émergents.

Charles Sannat : Nous faisons face à une situation économique d’une complexité extrême. Pour comprendre ce qu’il se passe il est impératif de sortir des incantations habituelles du type les marchés sont en hausse ou encore telle ou telle statistique du mois de février est en hausse de 0.1% par rapport à la semaine précédente. Tout cela n’a aucun sens si ce n’est d’empêcher de voir le tableau d’ensemble. Il faut donc prendre de la hauteur et regarder ce qu’il se passe sur le moyen et long terme. Dans quelle tendance sommes-nous, qu’affrontons-nous ? Quels sont les défis à relever ?

Si vous reprenez l’évolution de la croissance ces 40 dernières années alors un constat s’impose. La croissance moyenne de chaque décennie est beaucoup plus faible que la croissance de la décennie précédente. En clair ? La croissance tend vers 0. Nous y sommes. Il y a une grande logique économique à cela. Le capitalisme est intrinsèquement déflationniste. Il faut comprendre cette idée. Le système économique vise à faire toujours mieux avec toujours moins. C’est ce que l’on appelle la compétitivité ou encore les gains de productivité.

Comment voulez-vous parler de croissance comme le fait le FMI en annonçant un chiffre de 3,6% sans parler de croissance "nette". Cela n’a plus aucun sens économique ! Une croissance économique de 3% du PIB réalisée grâce à une création monétaire de 8% de ce même PIB équivaut en réalité à une récession de 5%, or c’est exactement cela la réalité de la croissance mondiale. Nous avons évité pour le moment une récession durable uniquement parce que les Etats-Unis ont "imprimé" les billets nécessaires. Il n’y a pas actuellement de véritable création de richesses. Il s’agit de bulles spéculatives aussi bien sur les actions, que sur les obligations ou encore sur l’immobilier dont les niveaux de prix restent très élevés (en particulier en France) puisque les taux d’intérêt sont encore très bas.

Cette crise a commencée "officiellement" avec la crise des subprimes en 2007. En réalité elle est beaucoup plus ancienne et beaucoup plus profonde. Mais quand bien même nous ne retiendrions que cette date de 2007 que cela fait 7 ans qu’elle a commencé ! 7 ans ! 7 ans que chaque année on s’interroge doctement sur la reprise ou non… Ce n’est pas cela qu’il faut se demander. Là encore il faut lever la tête et regarder au loin. Lorsque l’on parle d’une crise qui dure depuis 7 ans on ne parle pas d’une petite crise ou d’un trou d’air passager. Nous faisons face à un changement de paradigme.

Notre modèle économique hérité de la révolution industrielle était basé sur la consommation de masse nécessitant une masse d’ouvrier grâce à des matières premières et à de l’énergie abondante et pas chère. Si vous prenez les paramètres de ce paradygme économique vous constatez que nous n’avons plus besoin de masse d’ouvriers et cela sera encore pire dans les 10 ans qui viennent avec la nouvelle rupture technologique liée à la robotique. Les matières premières se raréfient dangereusement et leurs coûts explosent dès que la croissance "repart". Quant aux prix de l’énergie ils sont anormalement élevés alors que la croissance n’est plus au rendez-vous. En 2008 le prix du baril atteignait même les 150 dollars…

Ce que je tente de vous démontrer, c’est qu’il ne peut plus y avoir de croissance telle que nous l’avons connu et telle que nous la connaissons pour une raison très simple. Si la croissance revient alors les prix de l’énergie et des matières premières vont exploser à la hausse comme ce fut le cas jusqu’en 2008 et cette explosion des prix viendra casser toute reprise, rendant illusoire toute idée de croissance forte et pérenne. Nous devons comprendre que nous touchons en réalité aux limites de notre modèle. La croissance infinie dans un monde fini est par nature une aberration intellectuelle.

Quels pourraient être les signes d'une reprise stable et durable ?

Marc Touati : Ne l’oublions jamais, le but de la croissance est de créer des emplois. Le véritable signe d’une reprise stable et durable réside donc dans une baisse significative du chômage. C’est le cas aux Etats-Unis, en Allemagne et dans de nombreux pays émergents. En revanche, la zone euro dans son ensemble ainsi que la France en sont toujours très loin. Or, tant que le chômage est élevé, les risques de crise sociale et de rechute de l’activité demeurent élevés.

Charles Sannat : La colonisation d’une nouvelle planète serait un bon signe… Toutes les questions que se posent les gens tournent autour de cette idée de croissance. Voyez-vous la croissance revenir ? Quand la sainte croissance va-t-elle enfin se manifester ? Va-t-elle rester ?

La raison à cela est simple. "Lorsque votre seul outil est un marteau, alors tout ressemble furieusement à un clou !" Tout notre système économique est un schéma de Ponzi basée sur cette idée de croissance infinie. Sans croissance forte le système est voué à l’effondrement. Ce n’est qu’une question de temps. C’est la raison pour laquelle nous cherchons tous à savoir si la croissance va arriver. Nous l’attendons comme certains attendent la pluie et nous dansons pour la faire venir… évidemment sans succès.

Nous avons un besoin désespéré de croissance alors que nous devrions réfléchir aux solutions pour vivre dans un monde sans croissance. Nous devons affronter un monde profondément déflationniste, structurellement et durablement déflationniste. Cela ne veut en aucun dire que c’est la fin du monde. C’est juste la fin d’un système.

La triste vérité est que nous attendons des signes qui ne viendront pas car la croissance est désormais impossible. Impossible car nous sommes rentrés dans l’ère de la rareté. Rareté des matières premières et de l’énergie. Impossible car nous faisons face à une falaise démographique jamais vue dans l’histoire humaine avec le vieillissement de la population et le papy-boom actuellement en cours qui donnera lieu rapidement à un "dépendance-boom", et à un "décès-boom". Il s’agit-là d’une pyramide des âges profondément déflationniste. La situation japonaise préfigure parfaitement le futur de l’économie mondiale car les mêmes forces sont à l’œuvre partout dans le monde. Au Japon ils attendent la croissance non pas comme nous depuis 7 ans… mais depuis 30 ans.

 
Commentaires

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  • Par yavekapa - 11/04/2014 - 11:34 - Signaler un abus faut pas se leurrer

    l'économie est devenue extrêmement mondialisée, complexe et instable. Nul modèle ne peut le décrire. c'est une succession de bulles. en plus le comportement de pays irresponsables comme la France rajoute de l'instabilité. ça peut péter à tout moment.

  • Par lucuis - 11/04/2014 - 12:16 - Signaler un abus article d'une lucidité exceptionnelle !

    bravo à Atlantico qui a encore trouvé deux intervenants de valeur. Comme vous dites, il y a 2 groupes d'experts, ceux qui doutent de la durabilité de la croissance et ceux qui annonce parie sur une sortie de la crise. Bien que je n'ai jamais douté qu'il y ai un groupe optimiste et l'autre moins, l'omniprésence du premier groupe à la télé et dans les médias traditionnels semblait faire croire que la croissance était de retour, ce dont j'ai toujours douté ! L'analyse livrée dans l'article est pertinente car elle met bien en avant que la croissance à été maintenu notamment aux états unis grâce à une stratégie monétaire qui augmente la dette américaine et qui a atteint ses limites. L'article parle aussi du problème de la zone euro, toujours en retard par rapport par rapport au reste du monde, qui démontre clairement l'échec de la politique européenne. Hier j'écoutais à la radio un pseudo-expert sur BFM, que la journaliste, jamais avare d'une connerie, a présenté comme le futur prix Nobel d'économie, ce qui m'étonnerait...Il disait qu'il fallait innover, ce qui reste simpliste comme explication... J'ai mieux compris par la suite quand il a annoncé qu'il était conseiller de Hollande...

  • Par Sniper - 11/04/2014 - 13:18 - Signaler un abus Et la grande brêle

    du FMI, elle dit quoi? Avant de rejoindre Washington elle nous avait déjà annoncé que la crise était derrière nous et que la croissance, molle, était là. Ce qui avait permis à A.Roumanoff de faire une plaisanterie un peu salace, vous aurez compris je pense. Tout est dit dans la réflexion de C.Sannat: complexité extrême. Je vis ,pour l'instant, dans un pays de l'ASE ou la croissance est encore de 7 après avoir été de 10 et plus. Mais elle est fondamentalement artificielle, adossée à du crédit et a de l'argent sale. J'attends que tout cela explose par le biais d'une belle bulle immobilière.

  • Par Sniper - 11/04/2014 - 13:18 - Signaler un abus Et la grande brêle

    du FMI, elle dit quoi? Avant de rejoindre Washington elle nous avait déjà annoncé que la crise était derrière nous et que la croissance, molle, était là. Ce qui avait permis à A.Roumanoff de faire une plaisanterie un peu salace, vous aurez compris je pense. Tout est dit dans la réflexion de C.Sannat: complexité extrême. Je vis ,pour l'instant, dans un pays de l'ASE ou la croissance est encore de 7 après avoir été de 10 et plus. Mais elle est fondamentalement artificielle, adossée à du crédit et a de l'argent sale. J'attends que tout cela explose par le biais d'une belle bulle immobilière.

  • Par 2bout - 11/04/2014 - 13:53 - Signaler un abus Papier très intelligent de Mr Sannat. Merci.

    Ne manque rien dans cette réflexion, même les incantations de nos politiques réclamant de la pluie. Si, il manque une chose : les options possibles pour atterrir en douceur.

  • Par pave777 - 11/04/2014 - 15:31 - Signaler un abus La pintade a encore gerbé ses conseils inutiles !

    Reprise mondiale, depuis les états zuniens endettés jusqu'au trou du cul, et qui fonctionnent grace à leur leadership militaire et leur planche à billets de singe ! effet mécanique immédiat ! sur nos économies européennes languissantes, c'est automatique. Un géant d’argile qui porte des nains otanisés, jusqu'à l'abime ! C'est pour quand la chute du Golem M' dame ? t'as des nouvelles de ton pote nanar ? lui, grâce à toi il ne connait pas la crise, il a enfilé les contribuables comme des perles ! so donne, et encore ! un jour ça va te péter à la tête, et tu passeras de Chanel à Tati ! ça te déridera les fesses ! La garde, du coffre fort, des escrocs associés !

  • Par ignace - 11/04/2014 - 16:26 - Signaler un abus là, charlie.....il m'a estomaqué.......analyse pragmatique

    douloureuse mais d'un profond réalisme....... merci Charlie pour ce nettoyage de neurones

  • Par caribou - 11/04/2014 - 17:55 - Signaler un abus Sannat: un monde fini??

    Aprés les immigrés, bruxelles maintenant les robots. LE MONDE EST UNE AVENTURE SANS FIN, les besoin alimentaire vont doubler, des milliard d'individus vont accéder à ''la classe moyenne'', ETC... Alors certainement que nous n'aurons plus, en occident, de croissance comme avant et QUE CE MODÈLE DE VIE À CRÉDITS EST TERMINÉ (il restera à rembourser: merci les soixante-huitard). mais les opportunités d'évolutions SONT INFINI et quand on apprend plus c'est qu'on est FEIGNANT/STUPIDE OU MORT.

  • Par Pessimiste actif - 11/04/2014 - 21:11 - Signaler un abus Un gamin peut le comprendre, alors pourquoi pas vous?

    Mr SANNAT, merci! Enfin un peu de bon sens!... "On ne peut pas croitre indéfiniment dans un monde fini, et ceux qui pensent le contraire sont soit des fous, soit des économistes..." C'est Kenneth Boulding qui l'avait dit, je crois. Eh oui, n'en déplaise à ceux, nombreux ici, qui croient que la terre est plate, vous allez bientôt déchanter; de gré ou de force, la décroissance arrivera bientôt, et c'est surtout en termes démographiques qu'elle sera douloureuse...

  • Par 2bout - 12/04/2014 - 00:00 - Signaler un abus Ne soyons pas trop pessimiste, pessimiste,

    « Celui qui croit qu'une croissance exponentielle peut continuer indéfiniment dans un monde fini est soit un fou, soit un économiste. » Néanmoins il s'agit de savoir comment ne pas trop souffrir quand il sera mis fin à des illusions.

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Marc Touati et Charles Sannat

Marc Touati est économiste et président fondateur du cabinet ACDEFI (aux commandes de l'économie et de la finance). Il s'agit du premier cabinet de conseil économique et financier indépendant au service des entreprises et des professionnels.

Il a lancé en avril 2013 la pétition en ligne Sauvez La France.com pour diminuer "les impôts", les "dépenses publiques superflues" et "retrouver le chemin de la croissance" afin de "sortir par le haut de cette crise".

Il est également l'auteur de Quand la zone euro explosera, paru en mars 2012 aux Editions du Moment. Son dernier livre est Le dictionnaire terrifiant de la dette (Editions du moment, mars 2013).

Charles Sannat est directeur des études économiques du site spécialisé dans les placements, AuCoffre.com.

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