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Les repentis du tatouage

40% des gens tatoués regretteraient leurs tatouages quand un sixième en viendrait même à les détester. Un constat qui soulève de lourdes interrogations sur les problèmes liés à cette pratique, pourtant de plus en plus répandue.

Le regret dans la peau

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Atlantico : Les tatouages sont de plus en plus répandus aujourd'hui. Pourtant, à en croire une étude britannique, près de la moitié des gens tatoués le regrette. Comment expliquer un tel revirement ? Quelles en sont les raisons ?

Jean-François Amadieu : Si on manque de recul en France, et que nous ne disposons pas nécessairement des mêmes études ni des mêmes chiffres, cette enquête britannique vient confirmer une certaine tendance. Il se trouve que comme de plus en plus d'individus ont cédés à la mode du tatouage et que ceux-ci deviennent plus voyants… Mécaniquement, il était évident que de plus en plus d'individus seraient insatisfaits voire finalement mécontents de leur tatouages. On ne dispose pas des chiffres permettant d'estimer leur nombre de façon aussi précise que dans l'étude, ça n'en reste pas moins logique.

Davantage que la confirmation d'une tendance, c'est la confirmation des problèmes posés par la diffusion des tatouages, qui sont réels. Ils sont d'ordres, entre autres, professionnels. Les effets négatifs qu'ils provoquent pour la vie professionnels sont manifestement craints des Anglais. S'il va de soi que cela correspond vraisemblablement à un avantage dans le monde du spectacle – ou en tout cas que ça n'est certainement pas un inconvénient – les gens cherchent plus souvent à le cacher d'autres domaines comme celui de la banque, ou d'autres secteurs professionnels. Un tatouage, et les Français le voient également de la même façon, est susceptible de représenter un problème pour l'avancée professionnelle. Dès lors, ceci peut justifier que de plus en plus de gens se retrouvent finalement insatisfait de leur tatouage.

Ça n'est pas tout, néanmoins. D'autres problèmes sont pointés du doigt : on remarque aussi que le tatouage influe sur l'image que les gens vont se faire des autres, et celui-ci n'est pas toujours associé à une image des plus valorisantes. Parfois, il fait ringard, parfois il est interprété comme le signe de mœurs légères. Finalement, il peut même – et c'est plus surprenant – s'avérer rédhibitoire dans la vie sentimentale. Il n'y a pas eu d'études particulière à ce niveau, à titre français, cependant ceux-ci étant moins ouvert que les Anglais sur ce genre de points, il est fort probable que cela soit également le cas.

Plus que de regretter, un sixième des gens en viennent à détester leur tatouage. Que cristallise le tatouage aujourd'hui ?

C'est un résultat particulièrement intéressant, ne serait-ce que parce que détester est un mot véritablement fort. Cela témoigne d'une attitude de rejet. Beaucoup de gens se font tatouer dans un contexte donné, avec des références données, à un instant T. La plupart du temps autour de 18 ans, pendant la jeunesse. Ce qui sous-entend donc des références propres à la jeunesse, et à la période qui est associée : celles-ci sont plus que susceptibles d'être dépassées. Prenons le cas d'un tatouage fait en hommage à une amourette : le tatouage et l'encre auront un aspect autrement plus pérenne que ne peut l'être cette histoire de cœur, et donc poser un problème sur le long terme. En fait, le paradoxe se situe dans cet aspect très sujet à la mode que peut avoir le tatouage et son autre particularité qu'est celle d'être, globalement, indélébile. C'est une rencontre – ou une collision – entre l'"instantané" et l''éternité". C'est toute la problématique, les gens craignent cette dimension du problème : ce n'est pas simplement un effet stigmatisant, on entre également dans un questionnement d'ordre psychologique.

 
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Jean-François Amadieu

Jean-François Amadieu est sociologue, spécialiste des déterminants physiques de la sélection sociale. Directeur de l'Observatoire de la Discrimination, il est l'auteur de Le Poids des apparences. Beauté, amour et gloire (Odile Jacob, 2002), DRH le livre noir, (éditions du Seuil, janvier 2013) et Odile Jacob, La société du paraitre -les beaux, le jeunes et les autres (septembre 2016, Odile Jacob).

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