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Renverser Assad, soit, mais pour le remplacer par qui... L’Occident est-il sur le point de commettre la même erreur que dans ses interventions précédentes au Moyen-Orient ?

Après les frappes aériennes américaines qui ont touché l'aviation du régime syrien, les Etats-Unis ont laissé entendre que la fin du pouvoir pour Bachar Al-Assad pourrait-être proche. Cette question rappelle le problèmes des précédentes interventions Occidentales au Moyen-Orient qui ont laissé des pays en proie au chaos.

Chassez le despote

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Plus généralement, quoiqu’en disent toutes les capitales, nous allons vers une partition de la Syrie, de l’Irak, du Yémen, de la Libye, du Mali, etc. selon des critère confessionnels ou (et) ethniques. De fait, elle existe déjà mais on fait comme si… A un moment ou un autre, il faudra bien gérer contraint et forcé !

Est-ce qu'on ne risque pas de refaire les mêmes erreurs qu'en Irak s'il n'y a pas de solutions alternatives ?

L’Occident en général - emmené par les États-Unis - accumule les erreurs stratégiques en matière de politique internationale depuis des décennies, surtout depuis la dissolution de l’URSS. Il s’agit sans doute un vieux réflexe " colonialiste " qui a juste changé de cause : il ne tente plus d’imposer ses prêtres et ses pasteurs par la force mais son idéologie " démocratique " qu’il affirme universelle sans tenir compte des spécificités et des susceptibilités locales. La différence avec l’époque du colonialisme, c’est qu’il n’a plus aujourd’hui assez de canonnières pour appuyer cette " mission quasi divine ".

Les observateurs occidentaux aiment bien aujourd’hui distinguer deux mondes : celui du " bien " et celui du " mal ".

Alors, que faut-il faire ? C’est simple et compliqué à la fois : négocier au plus haut niveau même si les dirigeants avec lesquels on est obligé de parler sont moralement infréquentables. Généralement, on ne négocie pas avec des amis (le terme " amis " est parfois vite dit) mais avec des adversaires ! Les " numéro un " et pas les sous-fifres, devraient se rendre à Moscou, Pékin, Téhéran, Damas, Riyad, Pyongyang et parler franchement. Cette initiative pourrait être conduite par le futur président français(1) qui marquerait ainsi une véritable rupture avec le suivisme otanien enclenché par ses prédécesseurs.

Je vois d’ici les critiques : c’est l’"esprit de Munich qui revient " sauf que s’il faut bien connaître l’Histoire et il convient de se rappeler qu’elle ne se répète généralement pas deux fois de la même façon. Et quand on n’a pas les moyens de vaincre militairement, on est bien obligé de négocier. L’Occident a ensuite des armes à faire valoir dont celle de la coopération économique.

Il serait temps que les dirigeants politiques élus admettent qu’ils ont pour première mission de défendre l’intérêt de leurs concitoyens à court et à long termes. Les grandes capitales semblent l’avoir compris. Pourquoi pas Paris ?

(1.) peut-être en liaison avec Berlin, Londres semblant décidé à suivre - voire à précéder – Washington dans ses velléités bellicistes.

 
Commentaires

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  • Par Gordion - 13/04/2017 - 09:57 - Signaler un abus @A.Rodier:

    Je pense également que Assad est le pion stratégique que Moscou et Téhéran joueront contre Washington. Nul ne sait ce que Trump va faire - ce raid est pour le moins un gage donné aux faucons après le blanc seing qu'Obama a donné à Moscou sur la Syrie, le fameux "leadership from behind". Trump va-t-il s'engager en Syrie? Je pense qu'il se contentera de soutenir les FDS et les Kurdes pour la bataille de Raqqa, alors que le fou d'Ankara se concentre sur son référendum. Ce que vous dîtes sur les erreurs stratégiques de Washington au Moyen-Orient - je ne mentionne même plus l'UE qui est devenue le caniche de Washington et le chantre de la morale politiquement correcte à géométrie variable - est vrai, la partition de la Syrie est un fait. La poche de résistance islamiste à Idlib est le problème à mon sens, les soutiens turc-arabes sunnites sont la seule carte entre leurs mains, contre la Russie, l'Iran. Trump laissera faire, en bon stratège. Le remplacement de Bashar certes est en discussion, mais à Moscou uniquement. Les Russes le lâcheront quand la succession "néo-b'aathiste" sera adoubée par Moscou, et plus ou moins agréée à Téhéran.

  • Par RODIER - 13/04/2017 - 10:45 - Signaler un abus @Gordion

    Merci à vous pour vos remarques très judicieuses et surtout merci de me suivre si régulièrement. Je partage votre vision des choses. Trump a été "rattrapé" par les néoconservateurs et un jeu subtil d'influence est en train de se dérouler à Washington. Il a cédé pour peut-être mieux revenir.

  • Par bherry - 13/04/2017 - 10:51 - Signaler un abus Renverser ?

    Renverser Saddam Hussein = le chaos Renverser Kadhafi = le chaos Renverser les talibans en Afghanistan = le chaos En Tunisie et en Egypte les Frères Musulmans soutenus par les USA ont heureusement été chassé du pouvoir. Partout ou ils sont intervenus les USA ont semés la désolation

  • Par Eric ADAM CVD - 13/04/2017 - 11:51 - Signaler un abus Véto RUSSE sur un DIKTAT USA-ONU-OTAN!

    Et alors? Où est le problème? Proposer une résolution qui, loin de vouloir mettre en place une "commission d'enquête objective" sur des "causes de décès par exposition à des gaz toxiques" voulait imposer le principe initial qu'il y aurait eu une "attaque" alors que rien ne dément les affirmations relatives à la possibilité d'existence de "stock de gaz et autres armes chimiques" dans des installations clandestines entre les mains de l'EIL! Accepter cette résolution, cela aurait été une forme de "reconnaissance préalable" de la responsabilité du Régime Souverain en SYRIE! Comment, ensuite, avoir une enquête "indépendante et objective"??? Comme en IRAQ, il aurait été facile pour l'Impérialisme ravageur Américain, d'imposer une responsabilité de Bachar EL-ASSAD, sans appel! Les USA veulent encore imposer une enquête "INQUISITOIRE" sur les modèles qui firent fureur dans les états "hispanisants" et :même en France, dans le passé! Rien ne permet aujourd'hui de prouver que le Régime Légal Syrien soit responsable d'attaques aux gaz de destruction de masse! Il est clairement démontré de nombreuses possessions par l'EIL, DAESH, AL QAÏDA, AL NOSRA, Ne refaisons pas l'ERREUR IRAQUIENNE!

  • Par Anouman - 13/04/2017 - 20:54 - Signaler un abus Erreurs

    Cet article est fort pertinent. On sait bien que l'opposition "démocratique" en Syrie est une sorte de fantasme. Mais en complément de cet article il faudrait une analyse d'un psy (ou de plusieurs) pour nous expliquer pourquoi tous ces gens (les Hollande, Merkel, et maintenant Trump) s'entêtent dans leurs décisions catastrophiques.

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Alain Rodier

Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la criminalité organisée.

Il est l’auteur, en 2017 de Proche-Orient : coup de projecteur pour comprendre chez Balland, en 2015, de Grand angle sur les mafias et de Grand angle sur le terrorisme aux éditions Uppr ; en 2013 du livre Le crime organisé du Canada à la Terre de feuen 2012 de l'ouvrage Les triades, la menace occultée (éditions du Rocher); en 2007 de Iran : la prochaine guerre ?; et en 2006 de Al-Qaida. Les connexions mondiales du terrorisme (éditions Ellipse). Il a également participé à la rédaction de nombreux ouvrages collectifs dont le dernier, La face cachée des révolutions arabesest paru chez Ellipses en 2012. Il collabore depuis plus de dix ans à la revue RAIDS.

 

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