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Renverser Assad, soit, mais pour le remplacer par qui... L’Occident est-il sur le point de commettre la même erreur que dans ses interventions précédentes au Moyen-Orient ?

Après les frappes aériennes américaines qui ont touché l'aviation du régime syrien, les Etats-Unis ont laissé entendre que la fin du pouvoir pour Bachar Al-Assad pourrait-être proche. Cette question rappelle le problèmes des précédentes interventions Occidentales au Moyen-Orient qui ont laissé des pays en proie au chaos.

Chassez le despote

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Renverser Assad, soit, mais pour le remplacer par qui... L’Occident est-il sur le point de commettre la même erreur que dans ses interventions précédentes au Moyen-Orient ?

Atlantico : Est-ce qu'il existe une solution alternative à Bachar Al-Assad en Syrie ?

Alain Rodier : Depuis la révolution de 2011, la chute du régime du clan Assad est le rêve de tous les dirigeants occidentaux qui espéraient à l’époque que cela se passerait en quelques semaines. Il est logique de se demander pourquoi, le despote syrien n’ayant rien à envier à de nombreux homologues proche orientaux. On ne soulignera jamais assez cette erreur d’analyse commise par ceux qui sont chargés de suivre la situation au Proche-Orient. A leur décharge, il est possible que les responsables politiques n’aient souhaité retenir que ce qu’ils voulaient bien entendre et ce ne serait pas une première.

Mais pour répondre à votre question : oui, il existe des solutions alternatives à Bachar el-Assad mais elles ne font pas plaisir à entendre.

Quelles sont les solutions qui peuvent être mises en place pour l'après Bachar Al-Assad en Syrie ? 

L’opposition syrienne à l’étranger - dans la mesure où elle pourrait trouver un semblant d’unité, ce qui semble bien difficile - n’a aucun moyen d’assurer son autorité en Syrie même. Il faudrait qu’elle revienne dans les soutes d’un corps expéditionnaire international qui agirait en masse. Cette solution est aujourd’hui totalement irréaliste d’autant que si les dirigeants politiques sont très va-t’en guerre, ce n’est pas le cas de la majorité de leurs administrés qui ne sont pas tout à fait enclins à aller se faire trouer la peau pour des causes qui leur semblent extérieures et bien étrangères.

L’opposition intérieure est majoritairement islamiste radicale et divisée très schématiquement en deux entités : Daech dans l’Est et les groupes dépendant (officiellement indirectement) d’Al-Qaida "canal historique" dans la province d’Idlib au Nord-Ouest sans compter des poches de rebelles de toutes tendances à Hama, Damas, et Deraa. Ces entités souhaiteraient prendre le pouvoir mais se battraient d’abord entre elles comme cela s’est déroulé en Afghanistan après le départ des Soviétiques en 1989. La guerre civile perdurerait durant des années avec des conséquences génocidaires pour les minorités alaouites, chrétiennes, druzes, etc. Pour elles, " la valise ou le cercueil " serait vraiment d’actualité. Les seuls qui devraient plus ou moins tirer leur épingle du jeu seraient les Kurdes dans la mesure où l’on continuerait à les soutenir car ils ont beaucoup d’adversaires. De plus, ils ne forment pas vraiment un bloc uni ce qui peut compliquer la donne.

Bachar el-Assad peut aussi avoir la bonne idée de se retirer puisque l’on semble faire une fixation sur sa personne qui, certes, est très peu recommandable. Je pense qu’il aurait le choix entre Téhéran et la Crimée qui est plus gaie en été. Mais, étant donnée la pression actuelle exercée par le monde occidental emmené par les néoconservateurs qui ne rêvent que d’en découdre, en réaction Moscou et Téhéran ne vont pas pousser le président syrien à cette extrémité, du moins pour l’instant. Toutefois, à terme, cette solution est envisageable mais il sera alors remplacé par quelqu’un de son propre camp (des noms de généraux circulent déjà).

 
Commentaires

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  • Par Gordion - 13/04/2017 - 09:57 - Signaler un abus @A.Rodier:

    Je pense également que Assad est le pion stratégique que Moscou et Téhéran joueront contre Washington. Nul ne sait ce que Trump va faire - ce raid est pour le moins un gage donné aux faucons après le blanc seing qu'Obama a donné à Moscou sur la Syrie, le fameux "leadership from behind". Trump va-t-il s'engager en Syrie? Je pense qu'il se contentera de soutenir les FDS et les Kurdes pour la bataille de Raqqa, alors que le fou d'Ankara se concentre sur son référendum. Ce que vous dîtes sur les erreurs stratégiques de Washington au Moyen-Orient - je ne mentionne même plus l'UE qui est devenue le caniche de Washington et le chantre de la morale politiquement correcte à géométrie variable - est vrai, la partition de la Syrie est un fait. La poche de résistance islamiste à Idlib est le problème à mon sens, les soutiens turc-arabes sunnites sont la seule carte entre leurs mains, contre la Russie, l'Iran. Trump laissera faire, en bon stratège. Le remplacement de Bashar certes est en discussion, mais à Moscou uniquement. Les Russes le lâcheront quand la succession "néo-b'aathiste" sera adoubée par Moscou, et plus ou moins agréée à Téhéran.

  • Par RODIER - 13/04/2017 - 10:45 - Signaler un abus @Gordion

    Merci à vous pour vos remarques très judicieuses et surtout merci de me suivre si régulièrement. Je partage votre vision des choses. Trump a été "rattrapé" par les néoconservateurs et un jeu subtil d'influence est en train de se dérouler à Washington. Il a cédé pour peut-être mieux revenir.

  • Par bherry - 13/04/2017 - 10:51 - Signaler un abus Renverser ?

    Renverser Saddam Hussein = le chaos Renverser Kadhafi = le chaos Renverser les talibans en Afghanistan = le chaos En Tunisie et en Egypte les Frères Musulmans soutenus par les USA ont heureusement été chassé du pouvoir. Partout ou ils sont intervenus les USA ont semés la désolation

  • Par Eric ADAM CVD - 13/04/2017 - 11:51 - Signaler un abus Véto RUSSE sur un DIKTAT USA-ONU-OTAN!

    Et alors? Où est le problème? Proposer une résolution qui, loin de vouloir mettre en place une "commission d'enquête objective" sur des "causes de décès par exposition à des gaz toxiques" voulait imposer le principe initial qu'il y aurait eu une "attaque" alors que rien ne dément les affirmations relatives à la possibilité d'existence de "stock de gaz et autres armes chimiques" dans des installations clandestines entre les mains de l'EIL! Accepter cette résolution, cela aurait été une forme de "reconnaissance préalable" de la responsabilité du Régime Souverain en SYRIE! Comment, ensuite, avoir une enquête "indépendante et objective"??? Comme en IRAQ, il aurait été facile pour l'Impérialisme ravageur Américain, d'imposer une responsabilité de Bachar EL-ASSAD, sans appel! Les USA veulent encore imposer une enquête "INQUISITOIRE" sur les modèles qui firent fureur dans les états "hispanisants" et :même en France, dans le passé! Rien ne permet aujourd'hui de prouver que le Régime Légal Syrien soit responsable d'attaques aux gaz de destruction de masse! Il est clairement démontré de nombreuses possessions par l'EIL, DAESH, AL QAÏDA, AL NOSRA, Ne refaisons pas l'ERREUR IRAQUIENNE!

  • Par Anouman - 13/04/2017 - 20:54 - Signaler un abus Erreurs

    Cet article est fort pertinent. On sait bien que l'opposition "démocratique" en Syrie est une sorte de fantasme. Mais en complément de cet article il faudrait une analyse d'un psy (ou de plusieurs) pour nous expliquer pourquoi tous ces gens (les Hollande, Merkel, et maintenant Trump) s'entêtent dans leurs décisions catastrophiques.

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Alain Rodier

Alain Rodier, ancien officier supérieur au sein des services de renseignement français, est directeur adjoint du Centre français de recherche sur le renseignement (CF2R). Il est particulièrement chargé de suivre le terrorisme d’origine islamique et la criminalité organisée.

Il est l’auteur, en 2017 de Grand angle sur l'espionnage russe chez Uppr et de Proche-Orient : coup de projecteur pour comprendre chez Balland, en 2015, de Grand angle sur les mafias et de Grand angle sur le terrorisme aux éditions Uppr ; en 2013 du livre Le crime organisé du Canada à la Terre de feuen 2012 de l'ouvrage Les triades, la menace occultée (éditions du Rocher); en 2007 de Iran : la prochaine guerre ?; et en 2006 de Al-Qaida. Les connexions mondiales du terrorisme (éditions Ellipse). Il a également participé à la rédaction de nombreux ouvrages collectifs dont le dernier, La face cachée des révolutions arabesest paru chez Ellipses en 2012. Il collabore depuis plus de dix ans à la revue RAIDS. 

 

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