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Rentrée scolaire : des tyranniques aux laxistes... comment les parents doivent-ils encadrer les devoirs de leurs enfants ?

Par étapes, les parents doivent viser l'autonomie de leurs enfants dans la gestion et la réalisation des devoirs scolaires : montrer, faire avec, laisser faire l'enfant en le regardant, puis sans le regarder mais en restant à côté. Enfin, le laisser faire seul dans une autre pièce et contrôler à la fin, sera l'ultime étape de l'apprentissage de l'autonomie.

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Rentrée scolaire : des tyranniques aux laxistes... comment les parents doivent-ils encadrer les devoirs de leurs enfants ?

L'autonomie s'apprend donc, lentement et souvent difficilement, avec des parents qui adaptent leur manière d'encadrer au fil des ans. Se garder donc, de s'occuper du petit comme s'il devait être éternellement petit.  Crédit Reuters

Atlantico : Comment les parents peuvent-ils accompagner au mieux leurs enfants dans leur scolarité ? Entre autonomie complète de l'enfant et surinvestissement des parents, comment trouver le bon équilibre ? 

Pierre Duriot : Le bon équilibre n'est pas à "trouver", il s'installe souvent de lui même en fonction du rapport entre parents et enfants. Faire faire les devoirs est avant tout une question de positionnements respectifs : le parent doit se poser en autorité reconnue par l'enfant comme ayant pouvoir et capacité à effectuer cette tâche. Plus simplement, si vous avez du mal à envoyer votre enfant au lit à une heure décente ou à lui faire éteindre la télévision, ou la console, vous risquez de peiner à lui faire faire ses devoirs.

A l'opposé, surinvestir son enfant, lui rabâcher des cours du soir, parce que vous avez compétence et autorité, afin de l'assigner au rôle de premier de la classe, est tout aussi délétère. Entre les deux, il faut suivre les devoirs de son enfant, sachant que normalement, les devoirs sont interdits en primaire, mais il y a la règle et l'usage. Concrètement, les enfants de primaire ont quelques règles à apprendre, des lectures à lire, éventuellement, des exposés à préparer. Dans tous les cas de figures, il faut se souvenir que le suivi des devoirs n'est pas un acte pédagogique mais un genre de répétition. Laisser, donc, la méthode au maître. Il faut évidemment viser l'apprentissage de l'autonomie, ce qui ne signifie pas donner la consigne et ne pas se soucier du résultat. Tout dépend du degré de sérieux et d'autonomie déjà acquis par l'enfant. Par étapes, montrer, faire avec, laisser faire l'enfant en le regardant, puis sans le regarder mais en restant à côté. Enfin, le laisser faire seul dans une autre pièce et contrôler à la fin, sera l'ultime étape de l'apprentissage de l'autonomie. Garder à l'esprit que ce moment doit être un moment de partage entre l'adulte et l'enfant et que l'enfant doit être fier de vous montrer ses progrès et son investissement. Si cela devait tourner à la crise, à l'affrontement, ou à l'esquive, c'est que quelque chose ne va pas bien dans la relation.

Pour les parents n'ayant soit pas les compétences, soit peu de temps  pour accompagner le travail scolaire de leurs enfants, quelles sont les pistes à explorer ?

Elles ont déjà été largement explorées. Existent dans la plupart des écoles, des aides aux devoirs, coups de pouce, garderies studieuses et autres dispositifs proposés par les communes ou des associations. Mais bien sûr, se reposer éternellement sur le collectif n'est pas une option de vie responsable. Peu de compétences sont nécessaires pour faire faire les devoirs d'un enfant de primaire, ce n'est qu'une répétition. Par contre, si l'enfant va à l'aide aux devoirs pour éviter les crises lors de ce moment à la maison, il faut travailler à rétablir sa relation à l'enfant, en prenant du temps ensemble sur d'autres registres : le sport, le jeu, les sorties… Pour ceux qui ont peu de temps et qui ne veulent pas le passer en devoir, ce qui s'entend parfaitement, il ne faut pas non plus se dispenser d'un temps commun avec son enfant sur les autres registres évoqués. Le mode "chacun son écran" ou sa console est hélas devenu un genre de fonctionnement usuel et parfaitement inadapté, puisque dépourvu de relation. Il ne suffit pas d'être dans la même pièce pour être "ensemble". C'est bien la relation asymétrique à l'adulte et le cadre, qui contribuent à la construction de l'enfant.

A partir de quel âge est-il sain de laisser les enfants gérer seuls leurs devoirs ? A quelles conditions un enfant peut-il être autonome dans la gestion et la réalisation de ses devoirs ?  

C'est très variable et l'écart est immense entre ceux qui sont autonomes face à leur page de lecture dès le CP et ceux qui ne le sont toujours pas lors des révisions du bac ! C'est bien le manque de distinction entre autonomie et abandon qui créé le problème. L'autonomie ne se décrète pas, à l'entrée en sixième, ne se matérialise pas non plus avec des objets. Il est grand, il se débrouille, il a son téléphone, si ça ne va pas, il appelle. Ou alors, au lycée : il a son scooter, il se débrouille. Non, il faut encadrer encore et toujours, de loin certes, si l'enfant est autonome, mais encadrer quand même. L'autonomie s'apprend donc, lentement et souvent difficilement, avec des parents qui adaptent leur manière d'encadrer au fil des ans. Se garder donc, de s'occuper du petit comme s'il devait être éternellement petit. L'histoire se joue aussi en nous. Apprendre l'autonomie à notre enfant n'est jamais qu'accepter de lui apprendre à nous quitter et accepter aussi de se voir vieillir, ce n'est parfois pas si facile.

 
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Pierre Duriot

Pierre Duriot est enseignant du primaire.

Il s’est intéressé à la posture des enfants face au métier d’élève, a travaillé à la fois sur la prévention de la difficulté scolaire à l’école maternelle et sur les questions d’éducation, directement avec les familles.

Il est l'auteur de Ne portez pas son cartable (L'Harmattan, 2012) et de Comment l’éducation change la société (L’harmattan, 2013). Il a publié en septembre Haro sur un prof, du côté obscur de l'éducation (Godefroy de Bouillon, 2015).

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