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Rentrée scolaire : réforme des rythmes, crise des vocations, tensions communautaires et autres mines sur le chemin de l’école

Réforme des rythmes scolaires, des programmes, de la méthode d'évaluation, du redoublement, crise des vocations dans l'enseignement, etc. Autant de dossiers explosifs qui inaugurent cette rentrée 2014 aux airs déjà chaotiques. Et ce n'est pas le changement récent de ministre de l’Éducation nationale qui risque de remédier aux difficultés.

Rentrée chaude

Publié le - Mis à jour le 5 Septembre 2014
Rentrée scolaire : réforme des rythmes, crise des vocations, tensions communautaires et autres mines sur le chemin de l’école

Au programme de cette rentrée 2014 rendue quelque peu chaotique par un changement inopiné de ministre de l’Éducation nationale, beaucoup de dossiers explosifs. Crédit Reuters

Atlantico.fr a sollicité l'avis de Jean-Paul Brighelli, enseignant, auteur de La fabrique du crétin (paru chez Jean-Claude Gawsewitch), et dernièrement de Tableau noir (Hugo Document), ainsi que celui de Jean-Rémi Girard, professeur de français et Secrétaire national à la pédagogie du SNALC-FGAF. Pour eux le constat est sans appel, la rentrée sera agitée par de nombreux dossiers non résolus.

 

 

L'application de la réforme des rythmes scolaires à tous les établissements de France

Jean-Paul Brighelli : Il s'agit d'une réforme imposée par des bobos parisiens habitant des communes riches, qui ne se rendent pas compte que les petites communes n'ont pas les moyens de recruter des animateurs.

Même la ville de Marseille à grand peine à trouver les 3 000 détenteurs d'un BAFA sans casier judiciaire. Aujourd'hui, seulement 350 personnes ont été trouvées. La ministre de l'Education nationale menace les maires réfractaires de sanction, or tout pédagogue vous dira qu'on ne menace jamais d'une sanction que l'on n'est pas en mesure de prendre, à moins de vouloir mettre des maires comme Nicolas Dupont-Aignan dans les prisons que Christiane Taubira est en train de vider. Plus sérieusement, il s'agit d'une réforme invraisemblable : il fallait rétablir une demi-journée de cours consacrée aux fondamentaux, comme le français ou les mathématiques, pas au macramé. N'oublions pas que ce que les parents veulent entendre de la bouche de leurs enfants le soir, c'est ce qu'ils ont appris.

Jean-Rémi Girard : La réforme des rythmes scolaires est un exemple terrible d'une bonne intention qui pousse à oublier les réalités concrètes. C'est un mal dont souffre très souvent notre ministère. À l'arrivée, les élèves n'auront pas davantage d'heures de cours, contrairement à ce qu'on a souvent pu lire : ils restent à 24h par semaine, comme dans le cadre de la semaine de 4 jours. On a même supprimé une heure d'aide aux élèves sur les deux qui existaient. Quant à l'organisation du temps périscolaire, elle est très souvent complètement folle : les communes recrutent en urgence des dizaines, voire des centaines d'animateurs qui, pour beaucoup, n'ont aucune formation, et qui vont faire on ne sait trop quoi, on ne sait trop où et on ne sait trop comment. Dans les communes qui ont déjà expérimenté l'année passée, les professeurs ont régulièrement fait part de matériel pédagogique abîmé, voire volé. Quant aux effets positifs sur les élèves, ils restent à prouver : les confier à des adultes qui ne sont pas leur professeur et qui, parfois, sont incapables de les gérer, n'est probablement pas le meilleur moyen de faire de l'École un lieu de calme et d'apprentissage. Et pendant ce temps-là, 20% des élèves ne maîtrisent pas les compétences attendues en lecture et langue en fin de CM2, et 30% en mathématiques et culture scientifique. Réformer les rythmes scolaires, surtout pour le faire aussi mal, était-ce vraiment une priorité ?

 

A lire également sur le sujet l'interview de Nicolas Dupont-Aignan : "Je suis républicain, j'obéirai au gouvernement sur les rythmes scolaires mais pas au risque de mettre les enfants en danger”

 

Des enseignants en sous-effectifs

Jean-Rémi Girard : En réalité, la majorité des nouveaux postes créés l'ont été pour remettre en place une formation pour les professeurs stagiaires. Cela était indispensable — même si en réalité on a recréé les IUFM et leurs dérives sous un autre sigle — mais cela n'a rien changé à la situation sur le terrain, dans les écoles, les collèges et les lycées. Dans mon collège, ça y est : pour la première fois, on a dépassé les 30 élèves par classe, et on n'est absolument pas sûr que des collègues qui s'absenteront pendant l'année (du fait par exemple de congés maternité) pourront être remplacés. Il y a un paradoxe, puisque d'un côté on annonce qu'on recrée des postes, et que de l'autre la situation dans les établissements n'évolue pas, voire se dégrade. Ce n'est pas un problème qui se résoudra d'un coup de baguette magique, hélas, car le métier est aujourd'hui en crise. Ajoutons à cela que les professeurs qui sont normalement là pour effectuer les remplacements (qu'on appelle les TZR) sont souvent traités d'une manière catastrophique par les services de l'Éducation nationale. Alors qu'ils ont le même concours que les autres, ils se retrouvent dans des états de précarité terribles, à ne pas savoir jusqu'au dernier moment où ils seront affectés, sur quels niveaux, et éventuellement sur combien d'établissements. J'en ai connus qui parfois apprenaient le jour de la rentrée qu'ils devraient enseigner dans trois collèges distincts. 

Jean-Paul Brighelli : Les classes sont indéniablement en sureffectifs. Ce que Mme Vallaud-Belkacem devrait savoir, c'est qu'au-delà de 15 à 16 élèves, les cours ne fonctionnent pas dans les zones d'éducation prioritaire. Un petit baby-boom s'est produit aux alentours des années 1995-98, ce que l'on constate aujourd'hui à l'école.

N'ayant pas le budget nécessaire, un chef d'établissement ne peut pas faire venir les enseignants dont ils manquent. Neuf fois sur dix, on lui envoie des enseignants mandatés à l'heure, et qui n'occupent donc pas véritablement un poste. Il s'agit d'intérims traités comme des intermittents du spectacle. Il ne faut pas s'étonner que les vocations se fassent rares.

 

Une crise des vocations

Jean-Rémi Girard : Le problème, c'est que le métier de professeur n'attire plus. En mathématiques, plus de la moitié des postes proposés n'ont pas été pourvus lors du concours exceptionnel, et encore un tiers lors du dernier concours rénové. En lettres classiques, il arrive qu'on ait moins de candidats que de postes ! On peut toujours créer des postes (et effectivement on en a réellement besoin) : s'ils ne trouvent pas preneurs, cela ne sert hélas pas à grand chose. Aujourd'hui, un professeur, qu'il soit au primaire ou dans le secondaire, doit valider un master 2 (et même deux masters 2 dans certaines académies !) et réussir un concours. Ce très haut niveau de qualification est récompensé par un début de carrière dans un, voire plusieurs établissements souvent difficiles (je reste poli), parfois situés à des centaines de kilomètres de leur lieu d'études, et pour un salaire qui, en début de carrière, est de l'ordre de 1,3 SMIC. Quand vous mettez tout ça ensemble, y a-t-il réellement besoin d'expliquer pourquoi le métier n'attire plus ?

Maintenant, cela ne veut pas dire que le CAPES est au rabais, au contraire : les jurys, qui sont souverains, arrêtent de recruter quand ils considèrent que les candidats n'ont pas le niveau attendu, d'où les postes non pourvus. La situation est différente dans le premier degré, où le recrutement se fait par académies. Dans certaines académies déficitaires, comme Versailles ou Créteil, on descend parfois très bas pour remplir au maximum les quotas demandés, et l'on peut très sérieusement se demander si 4 de moyenne au concours de recrutement de professeur des écoles, c'est suffisant pour enseigner les fondamentaux indispensables à tous les élèves. 

Jean-Paul Brighelli : La ministre a promis 60 000 postes, cependant les enseignants sont difficiles à recruter : les candidats potentiels n'ont plus la motivation, et les jurys se voient obligés de recaler bon nombre de postulants qui n'ont pas le niveau requis. Les vides sont donc comblés avec des personnes qui ont raté les concours. Est-ce vraiment cela que les parents veulent ? Que leurs enfants soient pris en charge par des enseignants qui n'ont pas les qualités requises, ou qui sont insuffisamment formés ?

 
Commentaires

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  • Par Rouletabille - 02/09/2014 - 10:12 - Signaler un abus Rattrapage scolaire

    Quand j'habitais Singapour,aucun élève n'était laissé sur le bord de la route. L'EN veillait a l'homogénéisation des niveaux. Par le haut, bien sûr. Singapour est un état multiracial où la reconnaissance des différentes races n'est pas un péché républicain, à tel point que les inclassables sont tout simplement "others". L'EN singapourienne avait constaté, non sans surprise, que les élèves chinois (70% de la population) avaient un niveau bien supérieur à celui des malais (15%) et indiens (5%). (Chiffres de l'époque de ma résidence). Ils instaurèrent des cours de rattrapage et publiaient les statistiques de niveau PAR RACE. Et leur fierté était de constater que peu à peu les non-chinois se rapprochaient de la moyenne chinoise. Imaginez le tollé en France, où d'ailleurs, contrairement à de nombreux pays, le mot race est banni. Ma conclusion n'est pas raciale, mais pragmatique. Si l'on veut élever la moyenne, je vois mal comment on pourrait y arriver sans cours de rattrapage obligatoires et dans une ambiance apaisée. Autant rêver. Nous n'avons ni les enseignants adéquats, ni la sérénité nécessaire dans les écoles auxquelles on pense. On est loin des enfants uniformés de Singapour!

  • Par A M A - 02/09/2014 - 12:20 - Signaler un abus Une puce sur un mamouth

    Qu'elle continue d'exster en faisant le minimum de dégâts, c'est tout ce qu'il faut éspèrer de l'Education Nationale, ce monstre obèse et impotent. Ce qui est sûr, c'est que la pauvre Najat n'a pas la mondre de chance de révolutionner cette institution pachydemique, ce qui est quand même un bien. D'ailleurs, se demande t'on, que vient faire cette féministe passonnée dans cette énorme cambuse à idées rétrogrades, pourquoi elle a été propulsée à un poste où n'ont brillé sous les 3°, 4° et 5° République que de vieux machistes, farouches laïcs anticléricaux? Une puce sur un mamouth.

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Jean-Paul Brighelli

Jean-Paul Brighelli est professeur agrégé de lettres, enseignant et essayiste français.

 Il est l'auteur ou le co-auteur d'un grand nombre d'ouvrages parus chez différents éditeurs, notamment  La Fabrique du crétin (Jean-Claude Gawsewitch, 2005) et La société pornographique (Bourin, 2012)

Il possède également un blog : bonnet d'âne

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Jean-Rémi Girard

Jean-Rémi Girard est vice-président du SNALC-FGAF (Syndicat National des Lycées et Collèges). 

Il tient le blog sur l'Education nationale "Je Suis en retard" : http://celeblog.over-blog.com

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