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Faudra-t-il remplacer les 500 signatures par le parrainage des agences de notation ?

La dégradation de la note de la dette française n'est pas tant la conséquence de la gestion de la crise que celle de 38 années de budgets déficitaires. Pourquoi ce jeu stérile du "à qui la faute" qui amène de fait à une soumission sans recul aux agences de notation ?

Bonnet d'âne

Publié le 15 janvier 2012
 
Jacques Chirac, derrière Edouard Balladur, alors Premier ministre et François Mitterrand, président de la République, en avril 1995.

Jacques Chirac, derrière Edouard Balladur, alors Premier ministre et François Mitterrand, président de la République, en avril 1995.  Crédit Charles Platiau / Reuters

La France vient de perdre officiellement son AAA. Ceci n’était qu’un secret de polichinelle, l’écart des taux d’emprunts entre la France et l’Allemagne depuis plusieurs mois avait validé, de fait, la perte par la France de la note maximale qui garantit des taux d’intérêts bas pour emprunter sur les marchés.

Ceci est d’autant moins une surprise que cela fait 38 ans que la France n’a pas eu le moindre budget en équilibre, le dernier excédent budgétaire ayant été voté sous le mandat de Georges Pompidou. Je vous parle donc d’un temps que les moins de quarante ans ne peuvent pas connaître…

Si les finances publiques sont en déficit depuis tant d’années, elles furent bien gérées sous le duo Giscard d’Estaing-Barre qui devait faire face à deux chocs pétroliers majeurs et qui n’a laissé derrière lui que peu de dettes eu égard à la situation de l’époque.

Tout a commencé à dégénérer sérieusement en 1981 lorsque la gauche est arrivée au pouvoir, les finances étant si bien gérées que le franc dut être dévalué trois fois en deux ans entre 1981 et 1983 lorsqu’il y eut le fameux tournant de la "rigueur".

Depuis, tout a été bon pour tenter de limites les dégâts quand des élections s’annonçaient périlleuses comme le budget 1993 que la gauche avait fait avec une prévision de croissance surréaliste de 3% et qui se solda par un déficit budgétaire de 315 milliards de Francs, ou pour tenter de se faire élire en multipliant les cadeaux comme le fit Edouard Balladur en 1995, année qui se solda par un déficit record à l’époque de 322 milliards de Francs.

Inutile de dire que tant la droite que la gauche ont une responsabilité écrasante dans la perte du AAA qui ne s’est pas jouée le vendredi 13 janvier mais qui est la conséquence de 38 années d’incompétence politique profonde.

La gauche dit par la bouche de François Hollande que "c’est la politique de Nicolas Sarkozy qui a été dégradée" alors que la gauche plurielle qui dirigea la France de 1997 à 2002 avec des taux de croissance record sur les quarante dernières années (entre 3 et 4%)  n’a pas été capable en cinq ans de faire le moindre budget en équilibre.

La droite dit que la perte du triple A est due à la gauche qui n’a pas voulu voter la "règle d’or" alors qu’elle ferait mieux de regarder les déficits budgétaires qu’elle a laissés, surtout depuis 2007, et avoir l’honnêteté de reconnaître qu’étant au pouvoir sans discontinuer depuis dix ans elle a bien évidemment une part de responsabilité énorme dans cette dégradation de la note de la France. Le slogan qui disait : "Hollande élu, nous perdrons le triple A et ce sera une catastrophe" a depuis été remplacé par : "on a perdu le triple A mais ce n’est pas grave, c’est la faute des socialistes".

Le propos le plus surréaliste est venu de François Fillon qui a suggéré à François Hollande dans le Journal du Dimanche "d’aller soumettre son programme à Standard and Poors’s". Inutile de dire que le Général de Gaulle doit se retourner dans sa tombe, lui qui disait que "la politique de la France ne se fait pas à la corbeille" quand il entend une personne se réclamant du "gaullisme" demander à un candidat à la présidence de la république française d’aller soumettre son programme pour validation à une entreprise privée américaine !

François Fillon devrait d’ailleurs aller plus loin dans sa logique et carrément proposer qu’on remplace les 500 parrainages pour être candidat à la présidentielle par trois parrainages, le premier émanant de S&P, le second de Fitch et le troisième de Moody’s. C’est peut-être ça une démocratie moderne.

 

 

 


Commentaires

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  • Par Philippe David - 17/01/2012 - 21:04 - Signaler un abus @fms

    La dette publique était de 752 milliards d'euros en 97 et de 912 en 2002, donc Jospin n'a pas réduit la dette française.

  • Par Philippe David - 17/01/2012 - 21:01 - Signaler un abus @René et ravidelacreche

    @René: j'ai bien entendu lu des livres de Montaldo qui en disent long sur l'état de la politique française
    @ravidelacrèche: non Fillon a tort car en tant que député il n'a jamais voté le moindre budget en équilibre et que,dans ces 30 années de non gestion de l'argent public, Fillon a toujours été député, ministre ou même...premier ministre...

  • Par Ravidelacreche - 17/01/2012 - 10:56 - Signaler un abus elles sanctionnent 30 années de non gestion de l'argent public

    @Philippe David
    Donc Fillon à raison ! :

  • Par René - 16/01/2012 - 23:37 - Signaler un abus 40 Ans de " République bananiere "

    Exact Mr.David comme je le dis à chaque occasion c'est la Gauche et ses allies avec la complicité de la Droite qui ont ruiné ce Pays.
    j'ai vécu cette période et il faudrait des milliers de page pour expliquer ces incroyables "magouilles" _Donc si vous voulez vous informer lisez les livres de Mr.Jean MONTALDO__Vous ne serez pas déçus.__Et vous comprendrez pourquoi les Français dégoutés votent F.N.

  • Par anticip - 16/01/2012 - 12:45 - Signaler un abus si les socialistes sont les grand responsable

    la droite aussi bien sur, mais comment enlever ce qui a ete donner pendant les septenat de miterrand ,comment abolir les 35 heures ,la retraite a 60 ans alors que la durée de vie s'est allongée de 15 ans depiis 1962 .en ce qui concerne les 500 signatures il est urgent de rérformer ce syteme qui fait que cerains galere au lieu de pouvoir se concentrer sur la diffusion de leur programme

  • Par fms - 16/01/2012 - 10:23 - Signaler un abus question :

    Comment Jospin a-t'il réduit la dette française en ayant un budget et des comptes déficitaires?
    Fillon devrait être plus humble, il est le premier ministre qui a le plus aggravé la dette. Les socialistes depuis 1983 n'ont pas de leçons à recevoir de la droite.

  • Par a.l.l. - 16/01/2012 - 02:18 - Signaler un abus Sodomie

    Après leurs erreurs (je dis manipulations) sur les notes des CDS, celles de Lehman, Enron, l'erreur d'addition de 2 T$ sur celle des USA, la Grèce, POURQUOI les états européens n'ont-ils envisagé d'exterminer les agences de notation et d'exiler leurs dirigeants sur Mars ? Tout notre système bancaire, pour la valorisation des ses actifs, dépend de la notation versatile de ces organismes vérolés.

  • Par Philippe David - 15/01/2012 - 23:00 - Signaler un abus @ludo

    Vous avez oublié d'ajouter Nicolas Sarkozy à Mitterrand, Chirac et Jospin dans la fin du délire qui devrait commencer en 2012. Pour le second degré de Fillon je n'y crois pas une seconde...
    De plus ce ne sont pas les agences qui prêtent, elles se contentent de noter

  • Par Ludo1963 - 15/01/2012 - 22:48 - Signaler un abus Réveillez vous mr David

    Les agences de notation ne représentent que les prêteurs, qui ne nous ne feront pas de cadeaux. 2012 heure de vérité fin du délire mitterrando chiraco jospiniste. Les grecs se sont insurgés devant les agences... Où sont ils on ne les entend plus. pour ceux qui n avaient pas compris Fillon faisait du 2nd degré pour répondre à l insupportable mauvaise fois d'Hollande. Notre tour arrive

  • Par Philippe David - 15/01/2012 - 22:34 - Signaler un abus @letroll et equilibre

    Entièrement d'accord mais vu la manière dont GS a validé les comptes de la Grèce, on peut légitimement douter de la capacité de S et P de noter avec objectivité!

  • Par Equilibre - 15/01/2012 - 22:29 - Signaler un abus Juste une prémonition à valider.

    Quand on voit ce qu'il s'est passé en Italie et en Grêce, il n'est pas totalement infondé de se poser la question si, de fait, ce n'est pas déjà arrivé, sauf que c'était goldman sachs, mais bon, pas grande différence.
    Malheureusement, De Gaulle n'est plus qu'une référence historique vidé de son sens, alors qu'il devrait être une source d'inspiration constante. La France est devenu toute petite.

  • Par letroll - 15/01/2012 - 22:29 - Signaler un abus Fillon , l'homme dangereux pour la démocratie

    il est hallucinant que M.Fillon puisse dire de telles âneries , à la limite il ne serait plus nécessaire d'élire qui que se soit, il suffirait de commander une prestation de cinq ans à une agence de notation pour diriger le pays .. ces politiques ne comprennent décidément rien à ce qui est en train de se jouer.

  • Par Philippe David - 15/01/2012 - 21:49 - Signaler un abus @Vangog

    La dette des collectivités est infiniment moindre que celle de l'état de et la sécurité sociale...

  • Par vangog - 15/01/2012 - 21:38 - Signaler un abus Quand on passe après la gestion Socialiste, ce ne sont pas

    des sparadraps qu'il faut, mais une unité de réanimation! si seulement ils apprenaient de leurs erreurs passées, mais la gestion Socialiste des Collectivités est aussi aberrante. Inquiétant, non?

  • Par Philippe David - 15/01/2012 - 21:31 - Signaler un abus @ravidelacreche

    1/ Mais là ce n'était pas du second degré
    2/ Elles n'anticipent pas une réplique de 81, elles sanctionnent 30 années de non gestion de l'argent public

  • Par Ravidelacreche - 15/01/2012 - 19:41 - Signaler un abus Le propos le plus surréaliste est venu de François Fillon

    1) Le second degré cela existe!
    2) Et si c'était la réplique de 1981 que les agences de notation anticipaient ? le 1° degré s'applique alors.

Philippe David

Philippe David est cadre dirigeant, travaillant à l'international.

Il a écrit trois livres politiques : "Il va falloir tout reconstruire", ouvrage qui expliquait le pourquoi du 21 avril,  "Journal intime d'une année de rupture", sorti en 2009 aux éditions de l'Ixcéa, qui retrace les deux premières années de présidence Sarkozy et  "De la rupture aux impostures", Editions du Banc d'Arguin (9 avril 2012). 

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