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Remettre la France sur les rails : pourquoi ce que le Général de Gaulle a fait en 1958 n’est plus possible à l’identique en 2017

Emmanuel Macron reste fidèle à sa volonté d'incarner la continuité du gaullisme. Il souhaite maintenant faire "évaluer" les personnes dont la nomination dépend du gouvernement. Pour autant, l'administration n'est plus du tout la même qu'au début de la Ve République.

Le sens de l'Histoire

Publié le - Mis à jour le 16 Juin 2017
Remettre la France sur les rails : pourquoi ce que le Général de Gaulle a fait en 1958 n’est plus possible à l’identique en 2017

Atlantico : Après l'analogie du renouvellement des députés entre 2017 et 1958, Emmanuel Macron souhaite désormais faire "évaluer" les personnes dont la nomination dépend du gouvernement, ce qui, une nouvelle fois, tend à rapprocher l'action du Général de Gaulle en 1958 avec celle d'Emmanuel Macron. Pour autant, en quoi le pouvoir de l'administration a-t-il pu évoluer au cours de ces 60 dernières années ? En quoi la perte de contrôle due au processus de la mondialisation ou la montée en puissance des institutions européennes ont-elles pu participer à une perte de pouvoir réel de la part de l'Administration ?

Le renouvellement de 2017 peut-il réellement avoir le même impact que celui de 1958 ?

Jean-Marc Boyer : L’administration en 60 ans a vu la montée en charge des énarques tous azimuts. L’évaluation envisagée dépend des critères définis par les dirigeants (le Président, son Secrétaire général, le Premier ministre, tous 3 énarques). Si ces critères reproduisent les tropismes administratifs de dépenses publiques et de contraintes administratives, ce sera plutôt une aggravation qu’une amélioration.

L’Etat français a perdu du pouvoir parce qu’il n’y a plus de marge budgétaire. Nous sommes au taquet des 3% de Maastricht. Par exemple, les promesses électorales de LREM coûteraient en net 1% du PIB d’après Bercy, ce qui serait inacceptable par les instances européennes.

Sous le Général de Gaulle, structurer une administration dans un pays ruiné par la guerre faisait sens. Il s’agissait de moderniser avec un sens de l’intérêt général éprouvé (avec d’anciens résistants).

Aujourd’hui, la compétition mondiale commande au contraire moins de bureaucratie et moins de prélèvements obligatoires. Or, il s’agit aujourd’hui moins d’une modernisation qu’un renouvellement de personnes issues du même moule fiscalo-administré, qui a échoué depuis 40 ans en termes d’emploi et de croissance.

La moitié des membres des cabinets sortants tente de rester dans les nouveaux cabinets. Le renouvellement est plus marqué à l’Assemblée Nationale avec les CSP+ de LREM. On estime à près de 200 le renouvellement par « spoils system » (chasse aux sorcières). EM remercierait ainsi ses supporters en remplaçant les hauts dirigeants, renvoyés dans des inspections générales notamment.

Eric Verhaeghe : Il me semble que les problématiques des deux époques sont très différentes. En 1958, l'économie française est moins intégrée dans le système monde qu'aujourd'hui. L'enjeu est de constituer un état moderne, qui tourne le dos à la guerre, à la IVe République, et qui s'ouvre à la modernité. Sur ce point, Emmanuel Macron peut avoir la même perception aujourd'hui, à ceci près que par ses engagements communautaires la France est obligée de réduire la voilure de l'Etat, alors que sous De Gaulle l'ambiance était plutôt à l'expansion de l'action publique. En ce sens, les performances attendues sont très différentes selon les époques. En 1958, il fallait des bâtisseurs, des créateurs, des fondateurs. Aujourd'hui, il faut plutôt des ingénieurs de la transformation, des optimiseurs de processus, des gestionnaires de talent. Les compétences à identifier et promouvoir sont donc très différentes, très largement parce que nous finissons un cycle qui a vu les dépenses publiques passer le cap des 50% du PIB et se rapprocher dangereusement du plafond de 60%.

 
Commentaires

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  • Par vangog - 15/06/2017 - 09:19 - Signaler un abus Macron est un socialiste du passé...

    Car la vieille 5eme République est déjà morte! Seuls les Français lucides le savent. Les gauchistes archaïques, centristes-girouette et la droite molle croient qu'on peut continuer en changeant quelques hommes, quelques hiérarchies...faux! Car les Français ne peuvent vivre dans une démocratie tronquée, non représentative de leur vote. On s'en apercevra très vite, du côté des plus excités, à gauche...Seule solution: le passage à une sixième République avec élection proportionnelle incluant la prime au vainqueur (ou mixte à l'allemande, excellent système débouchant sur sur une AN conforme au vote des Allemands)...

  • Par Ganesha - 15/06/2017 - 09:36 - Signaler un abus Les mains libre

    La différence fondamentale, c'est que Charles de Gaulle était un homme honnête et désintéressé, agissant exclusivement dans l'intérêt de la France. Emmanuel Macron, lui, a été parfaitement décrit par Marine Le Pen, dans le débat du second tour : une marionnette dont Jacques Attali et la banque Rothschild tirent les ficelles. Tout va dépendre des dossiers que ses employeurs ont contre lui : en théorie, le bel Emmanuel a désormais ''les mains libres'' !

  • Par André Fourçans - 15/06/2017 - 09:46 - Signaler un abus Grammairien!

    Je ne sais pas qui est responsable, mais SVP, n'est-il pas possible d'éviter les fautes d'orthographe (les "publiques" au lieu de "publics", les "passer" au lieu de "passé") qui ne sont pas dignes de la qualité de votre journal...?

  • Par André Fourçans - 15/06/2017 - 09:47 - Signaler un abus Grammairien!

    Je ne sais pas qui est responsable, mais SVP, n'est-il pas possible d'éviter les fautes d'orthographe (les "publiques" au lieu de "publics", les "passer" au lieu de "passé") qui ne sont pas dignes de la qualité de votre journal...?

  • Par LYH - 15/06/2017 - 10:28 - Signaler un abus Parlons français

    Dans le même genre d'idées que le grammairien : ne serait-il pas possible d'éviter ce que sans jeu de mot j'appelle les non-sens à la mode, à savoir "faire sens". Une idée peut avoir du sens mais" faire sens" n'a aucune légitimité.

  • Par ajm - 15/06/2017 - 10:59 - Signaler un abus Contradictions de la société Française

    Il est trop facile de croire que nos problèmes sont uniquement le résultat d'une certaine incurie des "élites" politiques et de notre haute administration. En réalité, ces dernières expriment et sont l'émanation des contradictions de la société Française. Contrairement à la plupart de ses voisins, la France n'est immergée que très partiellement dans la réalité du monde. En dehors de ceux qui, dans leurs métiers, au sein de certaines grandes entreprises , PME innovantes et spécialisées ou dans des secteurs tournés presque entièrement dans l'export, sont habitués au vent du large, beaucoup de Français sont cadenassés dans des schémas d'un autre temps. Beaucoup d'entre eux ne connaissent rien des autres pays, ne parlent , même mal, aucune langue étrangère et n'ont aucune expérience de ce que c'est qu'un client. Le Belge ou le Hollandais de base, par exemple, est bien plus apte par sa culture historique marchande et sa situation géographique à affronter la compétition des autres. Le fait que l'ancienne ministre de l'éducation nationale ait largement détruit les classes bilingues est très symptomatique de cette France enfoncé dans l'idéologie et le déni du réel.

  • Par Liberte5 - 15/06/2017 - 12:31 - Signaler un abus La main mise de la haute fonction publique sur la France....

    a conduit la France dans la situation que nous connaissons. Les hauts fonctionnaires ont la responsabilité totale de notre déclin. E. Macron sort du moule et quelque soit son talent , il a ses limites car il appartient à la caste.

  • Par Ganesha - 15/06/2017 - 12:43 - Signaler un abus Expérience libérale

    Les français se sont donc offerts une ''expérience libérale''... Cela va réussir ou échouer ! Combien de temps lui donnons-nous pour sa démonstration ? Ce qui me fait doucement rigoler, ce sont les journalistes et ''experts'' qui prétendent que Marine et Mélenchon sont ''définitivemenr morts et enterrés'' !

  • Par ajm - 15/06/2017 - 13:25 - Signaler un abus Libéralisme

    Il n'y a aucune alternative au "liberalisme" à part le communisme ou le socialo-facisme type Mussolini-Hitler ou le Bolivaro-Peroniste-Chavisme. Macron n'est peut--être pas si libéral que ce qu'on croit : son programme est assez ambiguë en fait ce qui permet de plaire tout azimut.

  • Par Ganesha - 15/06/2017 - 18:25 - Signaler un abus Magnifique prédicateur !

    Magnifique prédicateur, qui semble paniquer quand on lui annonce que l'on va mettre en oeuvre ses brillantes théories ! Il nous ressort comme arguments, les pires ''tartes à la crême'' de la langue de bois ! Et qui prépare déjà les excuses en cas d'échec !

  • Par Maxoplus - 15/06/2017 - 18:50 - Signaler un abus Finalement plus je le découvre, plus j'aime Macron

    Voilà un homme jeune qui a filé une dégelée à tous les vieux caïmans de la politique. Un homme qui avance avec culot et détermination, qui remet la presse à sa place et qui restaure la fonction présidentielle. J'ai envie de lui faire confiance, nonobstant toutes les déceptions passées.

  • Par ajm - 15/06/2017 - 19:26 - Signaler un abus Améliorations limitées à attendre.

    L'économie libérale n'est pas une théorie mais la réalité concrète des seules nations qui tiennent la route comme chacun le voit depuis longtemps. Le socialisme, lui, est une pure théorie dont toutes les applications, quelqu'en soient les versions, tournent immanquablement au désastre général. L'économie Française est encore heureusement une économie libérale, immergée dans un monde qui, pour l'essentiel, l'est, le problème étant que le poids de la fiscalité (au sens large) et des réglementations ubuesques dans tous les domaines l'empêche de fonctionner comme elle le devrait. Par ailleurs, la polique économique européenne sous influence Allemande n'a pas été optimale pour tous les pays de l'euro dont la France, malgré l'action méritoire de Draghi à la tête de la BCE. S'agissant de Macron, je pense que certains aspects de son programme peuvent aider mais tout est dans les détails et l'application ainsi que du contexte général en Europe et dans le monde. On verra bien.

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Jean-Marc Boyer

Jean-Marc Boyer est diplômé de Polytechnique et de l’Ecole Nationale de la Statistique et de l’Administration Economique (ENSAE). Il a commencé sa carrière en tant que commissaire contrôleur des assurances puis a occupé différentes fonctions à l’Inspection Générale des Finances (IGF), à la Commission de Contrôle des Assurances et à la direction du Trésor. Il est cofondateur de GLM et de la Gazette de l’Assurance.

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Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr
 

Diplômé de l'Ena (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un Dea d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

 

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