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Relaxe de DSK : mais quand cessera-t-on d’ouvrir des instructions judiciaires qui vont droit dans le mur ?

La relaxe de Dominique Strauss-Kahn dans l’affaire du Carlton de Lille était certes attendue. Mais elle relance les soupçons sur une justice qui parfois se comporte comme auxiliaire du pouvoir politique. Qu’il soit de gauche ou de droite. Des précédents ont eu lieu dans le passé avec Gérard Longuet et –bis repetita- avec DSK. Tout récemment avec Eric Woerth. Cette instrumentalisation cessera-t-elle un jour ?

Procès politiques à la française

Publié le - Mis à jour le 19 Juin 2015
Relaxe de DSK : mais quand cessera-t-on d’ouvrir des instructions judiciaires qui vont droit dans le mur ?
  • Après une instruction qui a duré plus de quatre ans, Dominique Strauss-Kahn a été relaxé des faits de proxénétisme. Il n’est pas le seul : sur 14 personnes, une seule a été condamnée. A un an de prison avec sursis
  • Une fois encore, les critiques, comme dans le dossier Bettencourt, vont fuser. Avec cette question, chère à Nicolas Sarkozy : faut-il les supprimer ?
  • Une fois encore, l’institution judiciaire, ou tout du moins une partie, va se trouver soupçonnée de jouer au jeu de massacre à l’égard des hommes politiques
  • Aurait-on pu faire l’économie du procès du Carlton ?
  • Saura-t-on un jour quel bras a instrumentalisé la justice lilloise pour faire tomber –momentanément- l’ancien directeur général du FMI ?
  • L’affaire Strauss-Kahn rappelle d’autres déboires d’anciens ministres qui se sont bien terminées : ceux de Gérard Longuet ou récemment Eric Woerth… Et il y a bien longtemps, en 1999, un ministre des Finances… qui s’appelait Dominique Strauss-Kahn

 

Atlantico : Certains ont qualifié la relaxe de Dominique Strauss-Kahn de fiasco judiciaire. Dans quelle mesure la justice est-elle vraiment déconsidérée ?

Gilles Gaetner : Tout ça pour ça ! Tout ça pour en arriver là ! Une instruction sacrément médiatisée qui dure près de quatre ans. Trois juges pour enquêter. Quatorze personnes renvoyées devant le tribunal correctionnel de Lille pour une histoire de proxénétisme dans laquelle Dominique Strauss-Kahn sera mis en en examen. Un procès qui dure plus d’un mois au cours duquel le procureur demande la relaxe "pure et simple" pour l’ancien directeur général du FMI. Mais pas pour les autres protagonistes. A l’arrivée, le 12 juin, tout cela fait pschitt ! On apprend que l’affaire du Carlton de Lille s’est effondrée comme un château de cartes… Plus de charges contre qui que ce soit, sauf une personne condamnée à un an de prison avec sursis. Et bien sûr, comme on s’y attendait, DSK se voit relaxé. Le tribunal correctionnel de Lille a donc estimé qu’au cours de leurs investigations, les trois juges d’instruction s’en étaient davantage référés au "droit moral plutôt qu’au droit pénal"… Ce qu’avait largement dénoncé le procureur de Lille lors de ses réquisitions prises au procès qui s’est tenu au début de l’année 2015.

Ce dénouement judicaire sonne, aux yeux de l’opinion, comme une nouvelle mise en cause de la justice, ou plutôt de l’institution judiciaire qui n’aurait pas suffisamment manifesté d’indépendance par rapport au pouvoir politique. Certains magistrats, en privé, sous le sceau de la confidence, ne se privent pas de rappeler que cette affaire a démarré en mars 2011, époque où la droite était au pouvoir…Encore que le nom de DSK est apparu beaucoup plus tardivement puisqu’il a été mis en examen le 26 mars 2012. Comme si on avait voulu chargé une barque qui aurait barré la route de l’Elysée à l’ancien ministre de l’Economie et des Finances. A la vérité, pour DSK, cette route était barrée depuis mai 2011, date de ses déboires, les accusations sévères du procureur de New-York au sujet de l’agression commise sur une femme de chambre du Sofitel. Une affaire dont on ne connaitra jamais les tenants et les aboutissants. Mais aucun tribunal new-yorkais ne condamnera l’ex-futur candidat du PS à la présidentielle de 2012.

Quels éléments peut-on reprocher au déroulement du procès de l'affaire Carlton ? 

Gilles Gaetner : Incontestablement, cette affaire de proxénétisme de Lille où sont apparus des personnages pittoresques comme Dodo la Saumure, proxénète affiché et deux entrepreneurs qui réglaient quelques sympathiques prestations au lieu et place de DSK, aura du mal à être comprise par l’opinion et même par certains collègues des trois juges d’instruction lillois. Car enfin, comment coller sur le dos une mise en examen aussi terrible que celle de proxénétisme aggravé en bande organisée sans avoir des "biscuits" solides, ce qui a été le cas pour Strauss-Kahn ? Pourquoi l’un des juges, au cours d’un interrogatoire a –t-elle, d’une certaine façon, fait la leçon sur le plan moral à l’ancien ministre ? Une stratégie que n’ont cessé de dénoncer les trois conseils de l’ancien directeur général du FMI, Mes Henri Leclerc, Frédérique Beaulieu et Richard Malka. Quant aux autres prévenus, tout au long de l’enquête, ils n’ont cessé de disculper Dominique Strauss-Kahn, qui reconnaitra seulement avoir "une sexualité un peu brutale".Ce qui n’est pas puni par le Code pénal. Après tout, diront certains, dans cette affaire aux relents sordides, il  suffisait d’être présent aux audiences, on a assisté à un fonctionnement classique de l’institution judiciaire. Laquelle s’est déroulée en quatre temps : la PJ enquête. Un juge d’instruction prend le relais et renvoie les mis en examen en correctionnelle. Le Parquet, à l’audience, demande la relaxe. Enfin, le tribunal condamne ou relaxe. Il a choisi la première solution pour absence de charges. Rien à dire… D’ailleurs, la Cour d’appel de Douai avait validé la procédure le 19 décembre 2012. Reste que l’instruction sera hors-norme en raison de la présence d’un personnage de premier plan de la République. Et qu’il  ne peut que susciter interrogations et doutes sur les intentions du pouvoir politique. 

Philippe Bilger : Nous avons vu au cours de l'oralité des interventions que Dominique Strauss-Kahn n'avait pas pu parler comme il l'a fait par la suite à l'audience. Certains points ont donc été abordés à l'audience sans qu'ils n'aient été abordés à l'instruction.

Il est dommage de voir que les comptes rendus étaient très défavorables au juge d'instruction, et plus globalement à la cause de l'accusation en générale puisque le Ministère public avait requis un non-lieu, mais il n'était pas inutile de traduire ces prévenus devant le Tribunal correctionnel, que l'alternative n'était pour autant pas la relaxe évidente et la culpabilité ostensible mais dans une zone grisailleuse à charge et une autre zone à décharge. Mais il fallait le voir. Il est trop facile de dire par la suite qu'il ne s'agissait que de "libertinage". Pour autant bien sûr, rien n'interdisait à l'instruction d'en tenir compte, et était en droit de lui poser des questions et cela me semble effectivement étonnant que ce ne fut pas le cas.

Nous avions un procès ordinaire avec une personnalité connue. Ce procès a révélé une bonne administration de la justice de ce que l'on peut voir, mais en aucun cas cela n'a été inutile. Ce qui s'est déroulé, ça n'est pas le signe d'une mauvaise justice, mais le signe d'une justice qui est allée au bout de la manifestation de la vérité. Le seul bémol que je constate, c'est bien que DSK n'ait pas eu le loisir d'évoquer toutes ses explications. Peut-être que les juges d'instruction, du fait de la pression des médias, ont voulu faire tenir par l'éthique ce qui ne pouvait pas tenir par l'administration de la preuve à partir des déclarations de DSK.

Eric de Montgolfier : Ce qui apparaissait surprenant dans le procès de Lille, c'est que l'on utilisait des qualifications qui n'en étaient à priori pas pour un juriste : la question se posait de savoir ce qui était recherché. J'avais le sentiment, et je n'étais pas le seul, que l'on s'en prenait à un homme politique sous un aspect moral plus que légal. La morale peut servir la justice certes, mais jamais sans la loi. Je ne comprenais pas cette accusation de proxénétisme. J'étais à Lille au moment où le procès se déroulait, et je me souviens d'une interpellation dans un débat auquel je participais, et où une remarque portait sur le fait que comme la relaxe était attendue, que la justice se trouvait donc bien inégale. J'ai répondu : Mais êtes-vous bien sûr que ce n'est pas au contraire parce que le prévenu n'est pas coupable ? Pour autant, je crois qu'il y a bien un risque à jouer avec la justice, un risque énorme que le magistrat ne peut pas faire courir à l'institution.

 
Commentaires

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  • Par zouk - 13/06/2015 - 10:48 - Signaler un abus Tribunal de Lille/DSK

    Tout ce bruit pour RIEN! Je n'ai aucune information ni opinion sur le fonds, mais quel emballement de toute la presse déterminée par la violation continuelle du "secret de l'instruction" en principe total, et que de temps perdu par la machine judiciaire! Comment s'étonner alors de la surcharge des tribunaux et de la longueur des délais pour arriver à la sentence?

  • Par Mike Desmots - 13/06/2015 - 11:17 - Signaler un abus Il faut poser la question à ceux qui "montent" les dossiers.

    Faudra bien un jour que des hommes de loi courageux et non-membres du syndicats de la magistrature ni affilié à leurs réseaux..., .. ! , construisent un " mur des cons " public pour tous ...! pour enseigner à la gauchocratie, les méfaits de la présomption de culpabilité.......

  • Par Anguerrand - 13/06/2015 - 11:28 - Signaler un abus Juges d'instruction ?

    NS avait raison de vouloir les supprimer, mais le syndicat du mur des cons a réussi à avoir la peau de cette réforme pourtant la norme dans les autres démocraties. Combien de fiasco du fait des ces juges, ( Outreau, Woerth, NS, DSK, etc) ,juges qui seraient autrement plus utiles ailleurs. Mais les syndicats du public veulent à chaque fois casser la droite élue, et ça leur permet aussi d'inventer des " affaires" qui laissent des traces indélébiles même si elle finissent en eau de boudin a chaque fois. La France n'a pas besoin de voter, de toute façon au bout du compte se sont les syndicats qui gouvernent ( justice, EN, impôts, hôpitaux, SNCF, RATP, etc). A quand un vrai parti de droite, de vraie droite en France qui osera affronter ces privilégiés?

  • Par Paulquiroulenamassepasmousse - 13/06/2015 - 11:54 - Signaler un abus Intime conviction.

    La seule question est de savoir pourquoi le juge d'instruction a retenu ce chef d'inculpation. Il savait dès le départ que celui-ci ne pouvait aboutir à une condamnation. Le seul chef d'inculpation qui tenait la route, était le traffic d'influence et recel de traffic d'influence. En effet, toutes les dépenses prises en charges par l'entreprise pour offrir des "putes"à DSK l'ont été dans le but de disposer d'un retour rapide sur investissement. Alors le juge d'instruction a-t-il voulu sauver DSK, ou au contraire le faire condamner par l'opinion publique en déballant toutes ses turpitudes ..... Mystère ....

  • Par clclo - 13/06/2015 - 11:56 - Signaler un abus dans les deux cas

    Paulquiroulenamassepasmousse - mission accomplie

  • Par paddy1170 - 13/06/2015 - 12:10 - Signaler un abus Quand la nomination des juges ne dépendra plus de Mme Taubira

    Et quand la France, pays des Droits de l'Homme aura, enfin! une Justice indépendante.

  • Par vangog - 13/06/2015 - 13:41 - Signaler un abus @Paulquiroulenamassepasmousse Bien vu!

    vous avez tout compris de la justice gauchiste, pour qui, seule "la fin justifie les moyens"...

  • Par jurgio - 13/06/2015 - 14:24 - Signaler un abus À qui profite le crime ? dira-t-on

    Cependant, il y a deux réflexions : DSK est « mis hors de cause » selon le terme juridique mais cela ne veut pas dire » innocent ». On savait que les preuves, sans un aveu, seraient difficiles à obtenir. Mais personne n'a jamais cru à la naïveté du prévenu (excepté ses complices et amis). Ou, alors,si elle était établie de fait, on aura bien fait de le retirer de la vie publique. Disant ceci, la justice doit aussi tenir compte d'un certain niveau de la morale publique qu'elle a le devoir de défendre.

  • Par lexxis - 13/06/2015 - 15:39 - Signaler un abus STUPEFIANT!

    Alors que toutes les télévisions montrent à loisir le visage heureux des prévenus désormais relaxés, il n'y en a pas une seule qui songe à montrer au peuple français, ni à désigner nommément les juges d'instruction, à qui on doit ce nouveau triomphe judiciaire. Manifestement, notre information dominante est bien plus vouée à la répétition qu'à la réflexion ou à l'investigation. Par ailleurs en tant que contribuable, le citoyen est fondé à se demander comment la justice qui parvient à monter très régulièrement ces grand-messes judiciaires parfaitement inutiles et extrêmement coûteuses (4 ans d'instruction, 1mois de procès…) peut encore se plaindre d'un manque de moyens, alors qu'elle donne le sentiment de gaspiller une partie non négligeable de ceux qui lui sont alloués dans des affaires qui ont souvent un relent politique assez prononcé. Après, il ne faudra plus nous dire lorsqu'un récidiviste tue une nouvelle victime par défaut de vigilance judiciaire, que la justice ne peut pas tout faire avec les moyens qu'on lui donne. Comme toute organisation sensée, c'est à elle à déterminer ses priorités et à privilégier les diligences sur lesquelles il y a des vies à sauver.

  • Par Bretondesouche - 13/06/2015 - 18:18 - Signaler un abus Les magistrats

    Font souvent le rêve de se payer un politique,en toute impunite

  • Par PG35 - 13/06/2015 - 19:14 - Signaler un abus Les commentaires des responsables politiques

    Les responsables politiques de droite se sont généralement bien gardés de commenter les affaires concernant des élus de gauche. Il n'est pas possible d'en dire autant en sens inverse. Le summum étant atteint dans l'affaire Woerth, qui a vu les socialistes accabler l'ancien ministre. Voir à ce sujet : http://leplus.nouvelobs.com/contribution/1381057-.html

  • Par Mike Desmots - 14/06/2015 - 08:46 - Signaler un abus @PG35,le cas Woerth valide les abus de la justice d'état...

    C'est quand même extraordinaire ,qu'a peine sorti du cabinet des juges d'instruction ,que M. Woerth puisse lire 'en live ' ses déclarations dans le Monde de l'après midi et ainsi que dans la presse de gauche ...! le plus choquant , c'est que les juges qui balançaient ,n'ont jamais été dénoncé ...ni même inculper...! pour violation du secret de l'instruction......!

  • Par Ganesha - 15/06/2015 - 18:03 - Signaler un abus Extermination Masculine

    Ce qui est en cours actuellement en France, sous la direction de la ravissante Najat VB, du mouvement le Nid et de quelques autres, est une fantasmagorie encore plus extravagante que celles d'Adolph Hitler, dans ses délires les plus fous ! Il s'agit de rien de moins que l'extermination d'une moitié de l'humanité, les mâles, les hommes ! Lorsque Dieu s'est livré à sa ''Création du Monde'', il a doté son Adam d'une hormone, la testostérone, qui cause chez lui un désir sexuel vigoureux et permanent. Eve, quant à elle, dispose d'un système hormonal différent, qui la pousse surtout à être enceinte et avoir des enfants, et donc assez logiquement, à utiliser son attraction sur les mâles, pour obtenir des avantages matériels qui lui facilitent l'élevage de sa progéniture. Depuis les centaines de millénaires que notre planète terre existe, cette répartition de rôles entre masculin et féminin a fonctionné, chez les humains, les animaux, et même probablement chez les dinosaures, et il n'y a aucune raison pour que cela change ! Il n'y a que quelques lesbiennes frigides et des vieillards momifiés pour imaginer le contraire !

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Gilles Gaetner

Gilles Gaetner est journaliste d'investigation chez Atlantico. Il a été journaliste aux Echos, à la Vie française, au Point et de 1986 à 2009, rédacteur en chef adjoint à L'Express, chargé de l'investigation.

Il est l'auteur de La République des copains (Flammarion, 2005), Réglements de comptes pour l'Elysée - La Manipulation Clearstream dévoilée (Oh! Editions, 2006, avec Jean-Marie Pontaut),  La République des imposteurs (L'Archipel Editions, 2014) et Les journalistes ne devraient pas dire ça (L'Artileur, 2017).

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Philippe Bilger

Philippe Bilger est président de l'Institut de la parole. Il a exercé pendant plus de vingt ans la fonction d'avocat général à la Cour d'assises de Paris, et est aujourd'hui magistrat honoraire. Il est l'auteur de La France en miettes (éditions Fayard), Ordre et Désordre (éditions Le Passeur, 2015). En 2017, il a publié La parole, rien qu'elle et Moi, Emmanuel Macron, je me dis que..., tous les deux aux Editions Le Cerf.

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Eric de Montgolfier, aujourd'hui en retraite, a été procureur à Chambéry, Valenciennes et Nice. Il est notamment l'auteur du "Devoir de déplaire" aux éditions Michel Lafon (2006). 
 

 

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