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Réformes en pagaille : le plan de transformation de la France esquissé par le gouvernement est-il en ligne avec les attentes prioritaires des électeurs d'Emmanuel Macron ?

Depuis son élection, la loi travail, la réforme fiscale ou encore les choix budgétaires pris par Emmanuel Macron semblent plus correspondre aux attentes d'un électorat LR que LREM.

Et en même temps

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Réformes en pagaille : le plan de transformation de la France esquissé par le gouvernement est-il en ligne avec les attentes prioritaires des électeurs d'Emmanuel Macron ?

Atlantico : Entre ces​ valeurs​ prioritaires​ de l'électorat LREM, et​ le​ fort accent économique​ donné à ce début de quinquennat, ne peut on pas dire qu​'Emmanuel Macron fait débuté son action à rebours des priorités de ces sympathisants ? N'existe t il pas un risque d'effritement de la base LREM découlant de cette inversion de priorités ?

Bruno Cautrès : Pour répondre à cette première question, comme aux suivantes, il faut tout d’abord partir d’une donnée fondamentale de cette élection et de la politique en France depuis une vingtaine d’année : la co-existence de deux clivages politiques, le traditionnel clivage gauche/droite et le clivage sur les questions de société, en particulier les questions de tolérance culturelle et d’ouverture de la France sur l’Europe et le monde global. Ce second clivage a été identifié très tôt, au début des années 1990, par les recherches faites au CEVIPOF : à l’époque nous parlions du clivage « ouvert/fermé » qui s’est ensuite transformé en clivage entre les « gagnants » et les « perdants » de la mondialisation.

Si le premier clivage repose essentiellement sur les conflits d’intérêts socio-économiques, le second repose sur des conflits de valeurs. On a vu au cours des vingt dernières années ces deux clivages progressivement se mêler : par exemple, l’électorat de gauche est devenu autant favorable à l’Etat providence qu’à la tolérance culturelle. L’électorat d’Emmanuel Macron en 2017 n’est pas sans lien avec toutes ces questions ; il s’est structuré sur ces deux dimensions : à la fois très opposé à la vision d’une France « fermée » et favorable à une économie plus flexible et à moins de dépenses publiques. Les deux faces du « en même temps » sont bien là : mais la soudure n’est pas forcément faite car ce ne sont pas nécessairement les mêmes électeurs qui sont « en même temps » libéraux économiquement et culturellement. En partie, l’électorat d’Emmanuel Macron est composé d’électeurs de centre-gauche (beaucoup d’anciens électeurs Hollande de 2012) et d’électeurs de centre-droit. Il est donc assez probable que si les politiques publiques économiques du gouvernement tirent trop dans le sens de politiques économiques « libérales » remettant en cause des symboles auxquels des électeurs de gauche, même modérément de gauche, sont attachés (rôle de l’Etat dans la lutte contre les injustices), Emmanuel Macron risque de progressivement les perdre en route.

Jean Petaux : Malgré toute l’impatience qui règne et le désir impérieux que l’on peut avoir d’évaluer les premiers mois du quinquennat Macron, la rigueur du raisonnement oblige à convenir qu’il est nettement trop tôt pour porter une appréciation fondée et étayée qui jugerait les 150 premiers jours du nouveau locataire de l’Elysée et toutes celles et ceux, à Matignon, à l’Assemblée ou ailleurs qui le soutiennent. Ce qui est frappant dans les chiffres du sondage et dans l’étude conduite par Luc Rouban pour le CEVIPOF c’est que les électeurs LREM sont assez proches, dans leurs réponses, de la moyenne de l’échantillon représentatif constitué. Le cas le plus flagrant concerne les fonctionnaires et la réduction éventuelle de leur nombre : 38% des Français approuvent ce projet et 37% des électeurs LREM. C’est, en tout état de cause, le « groupe » qui adhère le moins à cette idée qui a pour vertu de mettre en transes – orgasmiques – (en « expectase » pour parler comme la Grande Sainte-Thérèse) une partie non-négligeable des lecteurs d’Atlantico et la quasi-totalité des distingués contributeurs… Quand 71% des « fidèles LR » approuvent cette proposition, seuls , on l’a vu, 38% de l’ensemble des Français acquiescent. Vous avez raison de souligner dans votre introduction que le clivage est net entre adhérents ou sympathisants (moins quand ils sont « intermittents du soutien ») LR et ceux qui soutiennent La République en Marche. Il n’y a pas de risque de « discordance » entre le gouvernement et les électeurs LREM au vu des chiffres que vous présentez. A tout le moins commence à poindre une impatience sans doute et surtout une interrogation sur le « sens global » de tout ce qui est fait. Ce que vous pointez c’est la situation propre à tout gouvernement nouvellement élu dans les démocraties modernes : que font-ils ? s’occupent-ils de MOI ? Que vais-JE y gagner ? Qu’est-ce que J’AI déjà perdu depuis qu’ils sont là ? C’est le triomphe du « MOI JE ». Le couronnement du « tout à l’égo démocratique » pour reprendre la jolie phrase de Régis Debray. 
C’est là un principe d’individuation des sociétés qui rend très difficile l’exercice du gouvernement. Dans « Le Nouveau Monde » (janvier 2017) Marcel Gauchet met en cause l’hyper-libéralisme qui n’a fait qu’engendrer une société de l’individu où les revendications ne sont désormais pas agrégables entre elles puisque ce que l’un va obtenir l’autre non seulement ne va pas le mettre en avant mais il n’en veut peut-être pas du tout…  D’une certaine façon s’explique ainsi la fonte comme neige au soleil des « cotes de popularités » des gouvernants, du PR au PM en passant par le parti très largement majoritaire à l’Assemblée, LREM.

 
Commentaires

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  • Par vangog - 14/09/2017 - 09:45 - Signaler un abus "Fort accent économique"?????

    Non, je ne vois pas bien!...de vraies réformes économiques auraient consisté à baisser la fiscalité des petites et moyennes entreprises (s'il en reste), la fiscalité aberrante des start-ups, enlever le pouvoir et les milliards de la formation aux syndicats trotskystes, libérer le syndicalisme de ses entraves gauchistes, abandonner totalement l'ISF afin de libérer l'investissement immobilier, abaisser l'IR au même niveau que les concurrents directs européens, abandonner les délires étatiques à base de copinage gauchiste de la BPI etc... alors que là, Macron et Le Maire offrent une grosse réduction fiscale (qui sera compensée par quoi?) aux actionnaires et investisseurs institutionnels (à 80% des fonds étrangers), afin qu'ils continuent à dépecer l'industrie française, en privilégiant les entreprises delocalisatices à meilleure marge que les pauvres entreprises obligées de rester dans l'enfer fiscal gauchiste...le résultat d'un gouvernement mondialiste immigrationniste sera le mondialisme sauvage et l'immigration de masse (France musulmane dans trente ans...)!

  • Par Ganesha - 14/09/2017 - 10:36 - Signaler un abus Lecteurs et contributeurs d'Atlantico

    Une délicieuse citation : ''le « groupe » qui adhère le moins à cette idée qui a pour vertu de mettre en transes – orgasmiques – (en « expectase » pour parler comme la Grande Sainte-Thérèse) une partie non-négligeable des lecteurs d’Atlantico et la quasi-totalité des distingués contributeurs…''

  • Par fasanan - 14/09/2017 - 11:52 - Signaler un abus une citation

    une citation qui décrédibilise complètement son auteur

  • Par 2bout - 14/09/2017 - 12:09 - Signaler un abus Du grand comique !

    Cet humour ne pouvait être partagé que par un fonctionnaire à la retraite comme vous Ganesha.

  • Par cloette - 14/09/2017 - 12:12 - Signaler un abus On aura tout vu

    un Ganesha fervent lecteur de la très mystique ste Thérèse d' Avila ! ha ha !

  • Par borissm - 14/09/2017 - 15:06 - Signaler un abus @Ganesha, fasanan, 2bout et cloette

    "épectase" (et pas "expectase") : décès pendant l'orgasme. Le père Tillette a conclu à propos de la mort du Cardinal Daniélou (décédé chez une prostituée) que "c’est dans l’épectase de l'Apôtre qu’il est allé à la rencontre du Dieu Vivant".

  • Par J'accuse - 14/09/2017 - 18:46 - Signaler un abus Je vois bien la pagaille, moins bien les réformes

    Ça s'agite beaucoup, et c'est forcément au détriment de la cohérence, de la réflexion, et donc des résultats attendus. Le code du travail ne bouge quasiment pas, et on fait croire qu'on change tout; la preuve que Macron a raison: les cocos sont dans la rue! Beaucoup de bruit pour rien, en réalité.

  • Par cloette - 14/09/2017 - 23:39 - Signaler un abus Il faut tout changer

    pour que rien ne change .

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Bruno Cautrès

Bruno Cautrès est chercheur CNRS et a rejoint le CEVIPOF en janvier 2006. Ses recherches portent sur l’analyse des comportements et des attitudes politiques. Au cours des années récentes, il a participé à différentes recherches françaises ou européennes portant sur la participation politique, le vote et les élections (Panel électoral français de 2002 et Panel électoral français de 2007, Baromètre politique français). Il a développé d’autres directions de recherche mettant en évidence les clivages sociaux et politiques liés à l’Europe et à l’intégration européenne dans les électorats et les opinions publiques.  En 2014 il a publié Les européens aiment-ils (toujours) l'Europe ? aux éditions de La Documentation Française.

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Jean Petaux

Jean Petaux est docteur habilité à diriger des recherches en science politique, ingénieur de recherche, politologue à Sciences Po Bordeaux, responsable, au sein de cet établissement, du parcours de master « Métiers du politique ».Il dirige aux éditions « Le Bord de l’Eau » la collection « Territoires du politique » et y a publié en avril 2017 un livre d’entretiens avec Michel Sainte-Marie, ancien député-maire de Mérignac : « Paroles politiques ».  Il a co-publié aux Editions Biotop, en 2010,  Figures et institutions de la vie politique française.

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