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Réformes de l’assurance chômage et du code du travail : état des lieux des forces syndicales en présence et panorama de ce à quoi on peut s’attendre

Depuis le début de la crise, la dette de l'assurance chômage a été multipliée par 5. L'Unedic est aujourd'hui au bord de la faillite. Les principaux partenaires sociaux se sont réunis ce lundi 22 février au siège du Medef pour sans doute l'une des négociations les plus cruciales de cette fin de quinquennat de Hollande. Et le moins que l'on puisse dire c'est que les forces en présence sont arrivées en ordre dispersé.

Un avis, Mme Irma ?

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Réformes de l’assurance chômage et du code du travail : état des lieux des forces syndicales en présence et panorama de ce à quoi on peut s’attendre

Atlantico : Syndicats et Patronats négocient depuis plusieurs semaines déjà pour régler la question de la dette de l'Unedic. Peut-on parler de blocage et si oui sur quels sujets ? Quelles sont les positions des uns et des autres ? Assiste-t-on à des divergences au sein même du patronat ou des syndicats ?

Bruno Coquet : On arrive dans une période de négociation où chacun propose son point de vue, donc la situation est assez classique. Le contexte financier est compliqué et les propositions nombreuses comme lors des négociations précédentes. Ce qui est différent, c'est que la dette de l'Unedic a explosé. Par conséquent, on a tendance à proposer un peu partout, des mesures extrêmement fortes de réduction des droits très importantes ou d'augmentation des cotisations. Mais ce qui est différent aussi c’est le chômage à la fois élevé et persistant, qui peut justifier d’accroître les droits.

Le dilemme est donc fort, et il y a une pression en faveur de changements de grande envergure.

Éric Verhaeghe : Des divergences existent, mais plus pour des raisons circonstancielles que pour des raisons de fond. Sur le banc patronal, les tensions sont liées à la question de la représentativité patronale. L'UPA est fâchée par l'accord secret entre le MEDEF et la CGPME, sur ce sujet, négocié dans son dos. Les syndicats de salariés entament, pour trois d'entre eux, des phases de préparation de congrès. Le climat est donc globalement favorable à la surenchère de chacun. Dans ce contexte, un problème simple se pose: faut-il ou non diminuer la dépense de chômage alors que celui-ci ne cesse de monter. C'est un problème classique: quand la crise frappe, le régime chômage est déséquilibré. C'est justement à ce moment-là que les garanties qu'il apporte sont les plus importantes, et que son équilibre financier est le plus compromis. Est-ce le moment qu'il faut choisir pour lancer des économies ? Le problème est classique, et il est probable que le MEDEF lui-même ait bien compris la difficulté d'en sortir.

Quelles divergences a-t-on sur le fond ? Dépassent-elles le clivage classique Syndicats/Patronat ? Sur quel sujet s'oppose-t-on majoritairement ?

Bruno Coquet : Il y a tout d'abord des divergences sur le diagnostic. Les comptes de l'Unedic sont déficitaires. La dette est très importante. Donc il faut agir. Le problème est de comprendre d'où vient ce fort déficit et cette dette. Et sur cette question, c'est très flou. L'Unedic ne tient pas de comptabilité analytique. La liste des problèmes n’est pas partagée, à savoir ce que cette dette veut dire sur le plan comptable et financier, sur les solutions possibles et pourquoi elles peuvent fonctionner. Par conséquent, de nombreuses propositions sont fondées sur des a priori théoriques ou de fausses évidences.

Le syllogisme habituel est le suivant : d’une part il existe un déficit, d’autre part les paramètres extrêmes de la réglementation française sont plus généreux qu'ailleurs (l’indemnisation peut durer jusqu'à 24 mois, et par conséquent la réduction de la générosité est la solutions pour juguler les déficits et la dette..

Mais ce raisonnement est faux. On ne peut pas juger de la générosité d'un système à la seule lumière de ses paramètres extrêmes. Il faut analyser les situations réelles, en moyenne : le système français n'apparaît alors pas plus généreux que ceux de nos voisins. En revanche, ce qu'il a comme caractéristique, c'est que l'assurance chômage en France représente l'essentiel des ressources des chômeurs, soit un peu plus de 80% contre 50% en Allemagne ou 20% au Royaume-Uni. Donc si on compare ce bout « assurance-chômage », on oublie tous les autres transferts publics dont bénéficient les chômeurs et on a l'impression que la France est généreuse. Mais si l'on regarde ce que perçoivent effectivement les chômeurs (assurance chômage + autres transferts), là on constate que la somme est la même qu'ailleurs, voire même légèrement moins qu'en Allemagne et exactement identique à la moyenne de l'OCDE. Donc cette histoire de générosité est une caricature erronée.

 
Commentaires

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  • Par vangog - 24/02/2016 - 00:30 - Signaler un abus Il faut vraiment être gauchiste pour attendre calmement

    que les déficits soient multipliés par cinq, en faisant patienter les Français avec des réformes de leur onion et autres gourmandises homosexuelles pour inversés du gland, avant de réagir... Au bord de la faillite des UNEDICs, et pas très loin de leur faillite morale, les gauchistes finissent par se dire qu'il faudrait "porter un débat" et "articuler un questionnement" ( comme disent les terranovistes de la pensée unique)...ah putain! On n'est pas sorti de l'auberge espagnole, avec ces branquignoles de foire à neuneu!

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Bruno Coquet

Bruno Coquet est économiste, expert associé à l’Institut de l’Entreprise. Il est l'auteur de l’Assurance chômage : une politique malmenée, Ed Harmattan, Paris 2014.

Il est également l'auteur d'Assurance chômage : 6 enjeux pour une négociation pour l'Institut de l'Entreprise, ainsi que de l'’étude disponible sur le site de l’Institut « La nouvelle assurance chômage. Pièce en trois actes ».

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Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr
 

Diplômé de l'Ena (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un Dea d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

 

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