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Réforme territoriale : pourquoi il ne sera pas possible de gagner en efficacité en ignorant les identités locales

La réforme territoriale annoncée par François Hollande réduisant le nombre de régions maltraite l'identité territoriale de certaines régions françaises qui ont une longue histoire. Ce qui n'est pas sans risque...

Dans le mur

Publié le - Mis à jour le 5 Juin 2014
Réforme territoriale : pourquoi il ne sera pas possible de gagner en efficacité en ignorant les identités locales

La Bretagne est une région à l'identité forte.  Crédit Reuters

Atlantico : Le gouvernement revendique un objectif de rationalisation de l'organisation territoriale. Cet objectif est-il suffisant pour s'assurer une bonne gestion ? Quel rôle l'existence ou l'absence d'une identité commune joue-t-elle à cet égard ?

 

Gérard-François Dumont : Si réduire d’un tiers le nombre des régions relève de la rationalisation de l'organisation territoriale, c’est une exception française ou une utopie française du genre de la phalanstère de Fourier qui croyait possible de faire le bonheur des habitants malgré eux.

Aucun pays démocratique ne met en œuvre ni n’a envisage un tel projet. Tout simplement parce qu’il n’y a pas d’optimum régional [1], donc pas une superficie ou un nombre d’habitants qui déclencherait automatiquement des effets positifs pour un territoire régional. Au sein de l’Union européenne, il y a, parmi les grands pays, certains biens gouvernés et d’autres moins biens. A l’échelon des régions des différents pays européens, il en est de même, certaines grandes régions ont de bas taux de chômage ; d’autres grandes régions ont des taux élevés ; et il en est de même parmi les petites régions. Le rôle d’un gouvernement n’est pas de faire du meccano institutionnel, mais de créer des conditions permettant une meilleure gouvernance des régions, par exemple par de nombreuses simplifications dans la réglementation administrative ou dans les doublons maintenus par l’État dans ses propres services alors que les actes de la décentralisation ont transféré les compétences aux régions.

 
 
 

Jean Petaux : Ce qui est tout à fait habituel dans ce type de réforme c’est l’argument de la rationalisation savante et experte. Aujourd’hui ce registre est censé emporter l’adhésion et ne souffrir aucune contestation. En d’autres termes le « logos » doit définitivement terrasser le « mutos ». Peu importe que les éléments évoqués soient absolument invérifiables, inquantifiables et souvent totalement irrationnels au fond, ils ont l’apparence de la scientificité. On comprend alors ici que la référence à une identité commune n’a aucune importance. Celle-ci est renvoyée au rang des croyances, des sentiments en somme. En termes marxistes (tendance « vulgarisés »…) on dirait que « l’identité commune » appartiendrait à la sphère de la superstructure. Ce n’est pas la moindre des coquetteries de l’histoire des idées que de voir ainsi les héritiers de la « culture triomphante » des années 70 considérer les identités culturelles comme de vieilles lunes par définition absentes des écrans radars de la rationalité technocratique…

 
 
 
Trois cartes des régions françaises : sous l'Ancien Régime, la carte actuelle et la nouvelle carte après la réforme territoriale.
 

Crédits cartes : Wikimedia Commons et www.elysee.fr pour la dernière

 

 
Commentaires

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  • Par Pourquoi-pas31 - 04/06/2014 - 12:04 - Signaler un abus Les médias nous abreuvent de réforme territoriale

    Et TAUBIRA passe sa réforme en douce !

  • Par Picquigny - 04/06/2014 - 15:15 - Signaler un abus Identité Régionale : 1 Identité Nationale : 0

    A l’occasion du redécoupage des régions, le terme "identité régionale" est souvent employé et toujours présenté sous un aspect positif alors que le terme "identité nationale" renvoie pour les médias aux "heures sombres de l’Histoire". Pour autant, beaucoup de français, et notamment les plus jeunes, sont incapable de nommer exhaustivement les départements qui composent la région dans laquelle ils habitent. Quant à connaitre le nom du président de sa région, cela relève de l’exploit et citer une dizaine de conseillers régionaux s’apparente à de la science fiction. Par ailleurs, veut-on nous faire croire qu’un enfant, né à Rennes, d’un père marocain ou malien puisse se sentir breton alors qu’il a déjà des difficultés à se considérer comme français ? L’intérêt porté sur ce redécoupage administratif par les politiques et les médias est un signe supplémentaire de la fracture entre ces gens et les préoccupations réelles des français.

  • Par Pourquoi-pas31 - 04/06/2014 - 17:07 - Signaler un abus 14 régions, c'est beaucoup trop !

    Pour ma part, le découpage territorial utilisé pour les élections européennes était très bien. 6 grandes régions, cela permettra aux français de connaître les noms de ces élus, alors qu'ils sont incapables de se souvenir des noms de nos 30 a 40 ministres, pas tous intègres par ailleurs. Sur cette base, on pourrait faire des économies. Il faudrait commencer par définir et préciser formellement ce que l'on attend d'une telle structure, quels sont ses devoirs, ses charges, ses droits, ses missions, son autorité et ses moyens. Quels sont ses liens hiérarchiques avec l'état, les départements restructurés et les préfets.

  • Par vangog - 05/06/2014 - 01:41 - Signaler un abus Quel bla-bla! Cela ne m'a pas appris

    à quoi servent les Régions? Quel est le but de la réforme? Qu'est ce qui allait mal avant? Qu'est-ce qui ira mieux après? Dumont semble le plus pertinent quand il affirme que cette réforme ne sert à rien, sinon à masquer la décomposition accélérée de la Justice par Taubira... Quel temps perdu! Que de choses à réparer après le Tsunami gauchiste!...

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Gérard-François Dumont

Gérard-François Dumont est géographe, économiste et démographe, professeur à l'université à Paris 4-Sorbonne, président de la revue Population & Avenir, auteur notamment de Populations et Territoires de France en 2030 (L’Harmattan), et de Géopolitique de l’Europe (Armand Colin).

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Jean Petaux

Jean Petaux est docteur habilité à diriger des recherches en science politique, ingénieur de recherche, politologue à Sciences Po Bordeaux, responsable, au sein de cet établissement, du parcours de master « Métiers du politique ». Il a co-publié aux Editions Biotop, en 2010,  Figures et institutions de la vie politique française.

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