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Réforme des retraites : pourquoi le plan envisagé par le gouvernement pourrait faire gagner beaucoup à la France... à condition de ne pas être mené à moitié

Jean-Paul Delevoye a initié le début de la prochaine réformes des retraites dans un entretien donné au Parisien. Une réforme nécessaire mais qui demandera beaucoup de rigueur et de cohérence pour réussir.

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Réforme des retraites : pourquoi le plan envisagé par le gouvernement pourrait faire gagner beaucoup à la France... à condition de ne pas être mené à moitié

Atlantico : Dans une interview donnée au Parisien, Jean-Paul Delevoye lançait le coup d'envoi de la prochaine réforme des retraites qui devrait marquer le quinquennat d'Emmanuel Macron. Alors que le projet peut théoriquement se résumer à la mise en place d'un système de retraites par points, quels sont les écueils à éviter pour faire de cette ambition une réussite ? Quels sont les principaux risques -entre dérogations ou manque de simplicité - qui pourraient menacer sa réussite ? 

Jacques Bichot : L’interview parue dans Le Parisien n’est pas très précise. Notamment, elle laisse dans le flou la question importante des régimes complémentaires. Pour que la réforme produise ses pleins effets, l’ARRCO-AGIRC et les autres régimes complémentaires par répartition doivent évidemment faire partie des régimes fusionnés. Or le Haut-commissaire se demande en fin d’interview si, pour les hauts revenus, il ne faudrait pas « un régime complémentaire obligatoire ». S’il s’agit de répartition, ce serait retomber dans les vielles ornières.

J’espère qu’il s’agit de capitalisation, mais dans ce cas pourquoi ne pas dire « fonds de pension », ce qui aurait supprimé toute ambigüité ? Quant au caractère obligatoire de ce dispositif, en dehors de la propension des pouvoirs publics français à mettre des obligations toujours et partout, y compris quand elles n’ont aucune utilité, on n’en voit guère la raison : les personnes qui perçoivent plus de 120 000 ou 160 000 € par an (les 2 chiffres indiqués dans l’interview) n’ont pas besoin d’être protégées contre un risque d’imprévoyance de leur part, leur pension par répartition sera amplement suffisante pour leur assurer un niveau de vie très au-dessus de la moyenne.

Le risque de dérogations évoqué dans la question est hélas bien réel, étant donné les habitudes françaises en la matière. Il serait bon que le Haut-commissariat, le Gouvernement et le Parlement soient résolus à y résister de façon efficace, sinon le scénario qui s’est déroulé à la Libération (grand projet de régime unique débouchant in fine sur une multiplicité de régimes) pourrait bien se reproduire.

La réforme étant essentiellement simplificatrice, il ne devrait pas y avoir de risque de « manque de simplicité ». Hélas, la tendance française à la complication, partagée par les corporations et par une partie assez importante de la haute fonction publique, est très puissante. Supposons que l’Assemblée puis le Sénat, en proie à leurs vieux démons, se livrent à une formidable guérilla d’amendements catégoriels venant dénaturer le projet de loi, comment le Gouvernement et le président de la République (qui soutiendra là un des projets phare de sa campagne électorale) se débrouilleront-ils ? 

Philippe Crevel : Dans le quotidien « Le Parisien » du 31 mai, Jean-Paul Delevoye a précisé les modalités de la réforme des retraites version Emmanuel Macron. L’objectif poursuivi est d’appliquer le concept « un euro cotisé donne les mêmes droits à la retraite pour tous ».Pour cela, un régime universel serait institué et concernerait les 34 régimes de base qui existent actuellement. L’unification des régimes de retraite est un chantier qui peut potentiellement concerner tous les actifs travaillant en France, plus de 30 millions de personnes. Les 16 millions de retraités devraient échapper à la réforme en restant soumis aux règles actuelles pour leurs pensions. 

 
Commentaires

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  • Par ajm - 01/06/2018 - 16:14 - Signaler un abus Dindons de la farce.

    On a de grosses raisons de se méfier d'une réforme qui ca passer sous les fourches caudines de Bercy qui, comme PC, le dit, va vouloir faire payer par l'ensemble des salariés ( donc le privé pour l'essentiel) les retraites de la sphère publique, pour réduire les engagements de L'Etat. On a vu comment cela s'est passé pour le régime spécial d'EDF avec le paiement par EDF d'une soulte grossièrement sous-evaluee. Les dindons de la farce seront les cadres du privé et les professions libérales.

  • Par Benvoyons - 01/06/2018 - 16:54 - Signaler un abus La Retraite par points pourquoi pas mais il faut impérativement

    une complémentaire obligatoire Fond de pensions. Les Syndicats Français les Insoumis ne peuvent pas dire que les dividendes sont indécents (90Mds€) alors que les Syndicats Norvégiens par exemple moins débiles eux touchent des dividendes entre autres des sociétés Françaises.============= Le fonds public norvégien a rapporté 7,6% l'an dernier, ce qui a fait doubler sa valeur en trois ans. Il vaut désormais 745,1 milliards d'euros. https://www.latribune.fr/economie/international/norvege-le-plus-gros-fonds-souverain-du-monde-a-double-de-taille-en-3-ans-460791.html

  • Par gerint - 01/06/2018 - 17:15 - Signaler un abus Je crois que le but principal de la réforme

    qui va être élaborée par de hauts fonctionnaires est de faire payer l’inflation des retraites des fonctionnaires par le secteur privé. Moi qui exerce une profession libérale je m’attends au pire. Cela m’étonnerait qu’en plus on ne trouve pas le moyen de plumer encore davantage les retraites par capitalisation

  • Par raslacoiffe - 01/06/2018 - 17:31 - Signaler un abus Titre bien évocateur

    "Faire gagner beaucoup à la France." Question qui seront les dindons de cette farce . Je comprends l'interrogation légitime de Gerint.

  • Par Bardinet - 01/06/2018 - 20:45 - Signaler un abus GROSSE FARCE

    Confier une "consultation citoyenne" à l'homme qui a mis à la corbeille une pétition de 700 000 signatures qui ne lui convenait pas c'est comme rappeler Cahuzac pour lui faire pondre une réforme fiscale.

  • Par alam - 01/06/2018 - 22:16 - Signaler un abus La retraite par capitalisation est la plus juste

    On devrait laisser la liberté aux gens de gérer leur vie. Mais ceci passe par une augmentation des revenus en diminuant les charges obligatoires et par une réduction conséquente de la dépense publique.

  • Par assougoudrel - 02/06/2018 - 11:37 - Signaler un abus Il ne prend pas de risque, Macron

    car cette consultation durera une dizaine d'années, laissant le "pot de pue" à son successeur qui risque de laisser choir cette idée. Comme Sarkozy et les régimes spéciaux reportés à 2018 (pensant être réélu), donnant à ces privilégiés encore plus, ce qui a permis au gros tas de Hollande d'être peinard de ce coté-là.

  • Par gerint - 02/06/2018 - 12:27 - Signaler un abus Les réformes sont nécessaires

    Tout change et il faut une adaptation permanente mais le problème c’est quand on n’a pas confiance du tout en l’équipe qui conduit les réformes ce qui est mon cas

  • Par Anouman - 02/06/2018 - 20:17 - Signaler un abus Retraite

    La retraite par points c'est génial. On fait augmenter le point à l'achat et on le baisse à la prestation. Ce qui fait que plus on cotise et moins on acquiert de points et de rente à la fin, à supposer qu'on y arrive vivant. C'est en tous cas ce qui s'est passé sur les 25 dernières années pour les complémentaires. Il y a longtemps qu'on aurait du passer à un système de capitalisation mais comme on est jusqu'au cou dans la répartition il n'est pas évident d'en sortir.

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Jacques Bichot

Jacques Bichot est Professeur émérite d’économie de l’Université Jean Moulin (Lyon 3), et membre honoraire du Conseil économique et social.

Ses derniers ouvrages parus sont : Le Labyrinthe aux éditions des Belles Lettres en 2015, Retraites : le dictionnaire de la réforme. L’Harmattan, 2010, Les enjeux 2012 de A à Z. L’Harmattan, 2012, et La retraite en liberté, au Cherche-midi, en janvier 2017.

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Philippe Crevel

Philippe Crevel est économiste, directeur du Cercle de l’Épargne et directeur associé de Lorello Ecodata, société d'études et de conseils en stratégies économiques.

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