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Réforme des retraites: comment le gouvernement contourne les oppositions

Le gouvernement a dévoilé hier les premiers éléments de la réfome des retraites. Officiellement, la concertation continue avec les partenaires sociaux, qui semblent étrangement résignés. Dans la pratique, l'exécutif contourne les oppositions en distillant progressivement les mauvaises nouvelles. Cette technique de curiaçage risque de ne pas être supportable durablement.

Curiaçage

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Réforme des retraites: comment le gouvernement contourne les oppositions

Jean-Paul Delevoye et Agnès Buzyn ont dévoilé hier les premières grandes lignes de la réforme des retraites aux partenaires sociaux. Ceux-ci ont majoritairement manifesté leur approbation vis-à-vis de ce qui ressemble de plus en plus à une étatisation pure et simple d'un système qui, jusqu'ici, réservait à la sécurité sociale la seule fraction de revenus inférieurs à 3.300 euros bruts mensuels. Voici l'essentiel de ce qui a été dit... et de ce qui ne l'a pas été. 

Un régime universel sous 10.000 euros mensuels

Le futur régime universel de retraite devrait s'appliquer sous 10.000 euros de revenus mensuels, soit 3 plafonds de sécurité sociale.

Nous avons eu l'occasion de nous interroger sur la conformité de ce dispositif très large (connu depuis plusieurs semaines) aux contraintes juridiques imposées par l'Union Européenne. Il est en effet inhabituel qu'un système de sécurité sociale monopolistique et à affiliation obligatoire intègre un tel champ de revenus (dans la pratique, plus de 95% des salariés...). 

Les adeptes du marché devraient au moins s'en offusquer. On notera que le MEDEF n'a fait part d'aucune réserve vis-à-vis de ce projet qui contrevient aux valeurs portées habituellement par les entreprises. Cette résignation du premier mouvement patronal français soulève quand même d'importantes questions, dans la mesure où le futur système devrait assécher le marché de l'épargne retraite. 

La retraite calculée sur l'ensemble de la carrière

Alors que le système actuel calcule la pension de retraite sur la base des 25 meilleurs années de carrière pour les salariés du secteur privé, et sur la base des 6 derniers mois pour les fonctionnaires, le futur système la calculera sur l'ensemble de la carrière. C'est la logique du système par points, qui consiste à accumuler des droits (sous forme de points...) tout au long de sa vie professionnelle. Le principe de cette accumulation a été défini de longue date par le président de la République: un euro cotisé donne les mêmes droits dans toutes les situations. 

Pour les salariés, la perte devrait importante et conduira vraisemblablement à une baisse du taux moyen de remplacement. Ce sera particulièrement vrai pour ceux qui ont bénéficié d'une promotion sociale, et qui verront leurs premières années "en bas de l'échelle" prises en compte dans le calcul de leur retraite finale, alors qu'elles ne le sont pas aujourd'hui. 

Là encore, la passivité des organisations syndicales est curieuse. 

Amélioration de la prise en compte des enfants

Le seul élément vraiment positif pour les salariés dans cette réforme sera lié à la bonification de retraites (sous forme d'attribution de points) dès le premier enfant, contre trois enfants aujourd'hui. Encore faudra-t-il mesurer l'ampleur de cette bonification. 

Fusion des régimes spéciaux

Il existe 42 régimes spéciaux de retraite en France. Le régime universel devrait tous les absorber. Au cas par cas, cette absorption devrait se traduire par une baisse des droits pour les assurés. La parade trouvée par le gouvernement pour contourner les oppositions consiste à les "curiacer" en prévoyante une entrée en vigueur très progressive et très diluée dans le temps. 

 
Commentaires

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  • Par lasenorita - 11/10/2018 - 15:37 - Signaler un abus Nous avons encore été ''roulés dans la farine'' par le dictateur

    ..et ce ne sont pas nos syndicats qui nous défendrons..ces syndicats qui ont appelés les Français à voter Macron,qui sont pro-islam et immigrationnistes!..J'aurais aimé manifester avec les retraités (pour la défense des retraites) mais pas derrière Martinez,ni Mélenchon...ceux-ci se moquent pas mal de la sécurité des Français,ils sont à plat ventre devant Macron et de son oeuvre de destruction de notre modèle social..ces gauchistes qui ont ''aidé'' les musulmans à tuer nos soldats et des ''civils innocents'' ...se préoccupent fort peu de ce qui inquiète les Européens voir http://www.europarl.europa.eu/news/fr/headlines/priorities/l-immigration-un-defi-commun et voir http://www.europarl.europa.eu/news/fr/headlines/eu-affairs/20180912STO13338/sondage-ce-que-les-europeens-attendent-de-l-union-europeenne...nos syndicats sont islamos-collabos et ils ne sont bons qu'à jeter des cailloux sur nos forces de l'ordre,à détruire des hôpitaux pour enfants et à saccager des magasins..ils se moquent pas mal de l'avenir des Français!...

  • Par Anouman - 11/10/2018 - 18:11 - Signaler un abus Retraite

    Il fait exactement le contraire de ce qu'il devrait faire. C'est à dire limiter le régime de base à une pension de base (par exemple 1.5 le plafond) et laisser le reste entre régimes complémentaires et régime volontaire. Mais bien entendu on ne saura plus avec les détails qui seront livrés au dernier moment et où pourront se compter les baisés.

  • Par Anouman - 11/10/2018 - 18:13 - Signaler un abus Retraite

    Désolé je voulais dire 2/3 du plafond.

  • Par ajm - 11/10/2018 - 19:43 - Signaler un abus Recul à attendre des pensions.

    On manque l'occasion de créer des régimes complémentaires par capitalisation qui auraient l'intérêt de pouvoir investir dans l'économie française et donnerait plus de profondeur et de liquidité à nos marchés financiers. D'autre part, il faudrait encourager les départs tardifs et la possibilité de cumul travail-retraite tout en continuant à acquérir des droits. Un régime par point en soi ne résout rien ( il existe déjà avec les complementaires) , tel qu'ii sera , sans capitalisation et sans départ retardé pour suivre le vieillissement de la population, cette réforme sera le cache-sexe hypocrite d'un recul fort des pensions servies, recul d'ailleurs bien engagé depuis quelques années par les mesures sur la csg et les taux de revalorisation. Quid des réserves des caisses complémentaires existantes ? Siphonnees par Bercy ?

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Éric Verhaeghe

Éric Verhaeghe est le fondateur du cabinet Parménide et président de Triapalio. Il est l'auteur de Faut-il quitter la France ? (Jacob-Duvernet, avril 2012). Son site : www.eric-verhaeghe.fr Il vient de créer un nouveau site : www.lecourrierdesstrateges.fr
 

Diplômé de l'Ena (promotion Copernic) et titulaire d'une maîtrise de philosophie et d'un Dea d'histoire à l'université Paris-I, il est né à Liège en 1968.

 

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