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Réforme de la maternelle : jusqu’où peut-on raisonnablement attendre de l’école qu’elle combatte les inégalités ?

Emmanuel Macron a annoncé que l'école sera désormais obligatoire dès 3 ans, à partir de 2019.

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Réforme de la maternelle : jusqu’où peut-on raisonnablement attendre de l’école qu’elle combatte les inégalités ?

A l'occasion de l'ouverture des Assises de la maternelle, ce mardi 27 mars, Emmanuel Macron a pu annoncer que dès la rentrée 2019, l'instruction sera obligatoire dès 3 ans, contre 6 aujourd'hui. ​Quels sont les avantages apportés par une telle réforme ?

Pierre Duriot : En l'état, la réforme n'apporte rien de plus, la scolarisation des enfants de trois à six ans, sous forme de trois à quatre années de maternelle est déjà effective à 97 %.

Au chapitre des arguments, il est dit que certains élèves fréquentent de manière inégale. Il faut savoir qu'en petite section, les élèves dorment la plus grande partie des après-midis et en conséquence, ne venir à l'école que le matin en petite section ne se révèle pas handicapant.

 

Après, il faut savoir ce que vise la loi, au-delà de l'effet d'annonce. C'est sans doute l'enseignement qui sera obligatoire et pas la mise à l'école et dans la collectivité, cela irait à l'encontre des « libertés individuelles » et se relèverait d'un pur stalinisme. Sachant que le contrôle de ceux qui choisissent la scolarité à la maison, dans le plus strict respect de la loi, n'est déjà pas à la hauteur de ce qu'il faudrait, faute de temps et de moyens, on voit mal comment un enseignement de niveau maternelle sera contrôlé et aussi, quelles seraient les sanctions en cas de non instruction dans la famille d'un enfant si jeune ? La suppression des allocations familiales ? La venue à l'école d'un enfant de quatre ans entre deux gendarmes ? Ce n'est pas sérieux, sachant que des lois, autrement plus importantes, sont déjà inapplicables dans certains territoires pourtant républicains. Comme l'a dit le président, il y a avant tout une portée symbolique.

 

Qui sont donc, en pratique, les enfants de trois à six ans qui ne viennent pas à l'école ? Le rapport Obin en dressait le portrait, voici quelques années. Gens du voyage, enfants de milieux sectaires, enfants d'extrémistes religieux, tout cela ne va pas chercher bien loin, moins de 20 000 enfants, mais, pour d'autres qui fréquentent, beaucoup de nos collègues le vivent au jour le jour, la présence dans les locaux ne signifie pas forcément une adhésion à l'école et à ce qui s'y passe.

 

Jean-Paul Brighelli : À vrai dire, ça ne change pas grand-chose : 97% des enfants sont déjà scolarisés dès 3 ans (sauf cas d'incontinence prolongée). L'avantage le plus net — encore faudrait-il que les professeurs des écoles le ressentent ainsi, loin des options idéologiques ou partisanes de certains — c'est, dans le cas en particulier des enfants issus de milieux peu favorisés, de se substituer aux parents dans l'acquisition du langage le plus correct et des formes syntaxiques adéquates. Enrichir leur vocabulaire, leur apprendre les structures. L'école ne peut se substituer complètement aux parents : elle doit les compléter, et combler les carences éducatives. Elle doit apprendre le français — et le meilleur français.

 

Leur apprendre aussi l'école : leur enseigner que désormais ils ne sont plus les petits rois du royaume enfantin, mais un élève parmi les autres. Unus inter pares, disaient les Latins. Un parmi d'autres. Il n'y a pas à l'école de Blanc ou de Noir, de Juif ou de Musulman, de "fils de bourgeois ou de fils d'apôtre" (Brel) — juste des écoliers français.
 
Leur enseigner aussi le respect des règles, en les amenant à respecter le silence, à se déplacer selon des contraintes précises, à se calmer à divers moments de la journée — voire à continuer à faire une sieste… Ce dit être une seconde maison — et même la première, si la leur est défaillante. Leur apprendre enfin à manger de tout — afin de pallier les insuffisances alimentaires.

 

Quels sont les autres éléments qui structurent les inégalités et l'échec scolaire aujourd'hui ? De la responsabilité des familles, des problèmes d'intégration, une culture de l'échec qui prend parfois place dans certains quartiers, à l'influence des écrans, aux temps de trajet des parents, quels sont ces éléments qui démontrent que l'école ne peut pas tout pour traiter les inégalités et l'échec scolaire ? Jusqu’où peut on attendre que l'école gère les inégalités ?

Pierre Duriot : Exact, l'école ne peut pas tout traiter, ni redresser à elle seule de nombreux facteurs actifs dans tout ce qui peut prédisposer un enfant à la réussite scolaire et sociale, sachant que l'on peut aussi réussir socialement sans avoir réussi scolairement. On sait depuis longtemps que la maternelle fait un travail énorme en matière de préparation aux enseignements des fondamentaux, mais on sait aussi que la majeure partie de la personnalité de l'enfant, sa structure, sa solidité, ses capacités, se forment majoritairement entre la naissance et trois ans, c'est à dire, avant l'entrée à l'école. Dans cette optique et fort de constats largement connus, un double effort, également en direction des crèches et de la parentalité auprès des jeunes enfants, reste à faire. Il est plutôt du ressort des communes, ou d'associations, d'entreprises également, qui proposent des crèches à vocation développementale, avec des sollicitations physiques et cognitives, de la découverte et des initiations, qui ont vocation à bien forger de futures personnalités.

 

 
Commentaires

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  • Par thymthym711 - 28/03/2018 - 08:05 - Signaler un abus Le rôle de l'école

    "Leur enseigner aussi le respect des règles, en les amenant à respecter le silence, à se déplacer selon des contraintes précises, à se calmer à divers moments de la journée..." C'est à mourir de rire. Qui croit encore qu'il y a le silence dans les classes ? Qui croit encore que les enfants respectent les règles ? Qui croit encore que les enfants comprennent le nécessaire retour au calme avant d'entrer en cours ? Pourtant,nous dit-on, 97% des enfants sont déjà scolarisés dès le plus jeune âge. Il est clair que l'école ne remplit pas son rôle ! Soit que le personnel en est incapable, soit qu'il en est empêché.

  • Par thymthym711 - 28/03/2018 - 08:13 - Signaler un abus Enlever l'enfant à sa famille ???

    "...on sait aussi que la majeure partie de la personnalité de l'enfant, sa structure, sa solidité, ses capacités, se forment majoritairement entre la naissance et trois ans, c'est à dire, avant l'entrée à l'école." Faudrait-il alors rendre obligatoire une "école de substitution" ou plutôt une "famille de substitution" - à partir de la naissance - pour les familles incapables d'élever des enfants, c'est à dire incapables d'offrir un environnement propice au développement harmonieux et optimal de l'enfant ? Il y a des bornes à ne pas dépasser ! Il y a des responsabilités à ne pas enlever !

  • Par thymthym711 - 28/03/2018 - 08:25 - Signaler un abus Qui est responsable ?

    "Déterminer un âge minimum c'est bien ; écrire un programme à suivre absolument, et éventuellement former des instituteurs à cette tâche, ce serait mieux." Effectivement ! Quand on voit le niveau des élèves qui nous arrivent en sixième, quand ont voit leur irrespect de l'autre et leur capacité d'attention qui ne dépasse pas quelques minutes, voire quelques secondes pour "les déjà perdus", on est effrayé. Mais l'école a-t-elle encore la liberté d'être l'école ? N'est-elle pas sous la pression de la médiocrité d'une grande partie de la population qui ne tolère pas que l'on impose les contraintes indispensables à tout apprentissage. A commencer par ce que beaucoup considèrent comme une contrainte insupportable : le travail !

  • Par moneo - 28/03/2018 - 10:37 - Signaler un abus Mao avait tout compris

    il faut retirer l'éducation aux parents dés le plus jeune âge....et ensuite mettre les entants nés à Neuilly dans les écoles de la courneuve ;enfin l'Homme nouveau surgira

  • Par Atlante13 - 28/03/2018 - 11:26 - Signaler un abus Discours stupide de psycho-étrons,

    l'école ne ne réduit aucune inégalité, elle n'est pas là pour ça, par contre elle se doit de donner ses chances à tout le monde, de transmettre la connaissance à tout le monde. Après, chaque être est différent et réagit selon ses gènes. Il appartient alors à l'Etat d'assumer ses fonctions régaliennes et de protéger toute la population, à assumer la Justice pour tous. Oui d'accord, c'est pas très socialiste ça, mais prendre les enfants au berceau pour les formater, on a déjà donné avec Hitler et Mao, deux grands socialistes devant l'histoire.

  • Par Vincennes - 28/03/2018 - 12:14 - Signaler un abus Pauvre MACRON qui se refugie derrière une loi pour nos "bambins"

    (dont un a comparé l'Elysée à la maison des "trois petits cochons") !!! alors que des MATRAQUAGES ont lieu des plusieurs UNIVERSITES sans que médias ne s'en emparent !!! drôle de Président qui semble avoir peur de son ombre

  • Par DANIEL74000 - 29/03/2018 - 06:46 - Signaler un abus Pauvre France

    Notre pays est détruit par ceux qui l'asservissent au lieu de le servir. Les deux mamelles de cet état Nounou sont la sécurité sociale et l'éducation nationale. Qui va instruire nos enfants alors que les hussards rouges s'arrogent le droit de l'éducation et du nourrissage et tout cela par des fonctionnaires !

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Pierre Duriot

Pierre Duriot est enseignant du primaire.

Il s’est intéressé à la posture des enfants face au métier d’élève, a travaillé à la fois sur la prévention de la difficulté scolaire à l’école maternelle et sur les questions d’éducation, directement avec les familles.

Il est l'auteur de Ne portez pas son cartable (L'Harmattan, 2012) et de Comment l’éducation change la société (L’harmattan, 2013). Il a publié en septembre Haro sur un prof, du côté obscur de l'éducation (Godefroy de Bouillon, 2015).

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Jean-Paul Brighelli

Jean-Paul Brighelli est professeur agrégé de lettres, enseignant et essayiste français.

 Il est l'auteur ou le co-auteur d'un grand nombre d'ouvrages parus chez différents éditeurs, notamment  La Fabrique du crétin (Jean-Claude Gawsewitch, 2005) et La société pornographique (Bourin, 2012)

Il possède également un blog : bonnet d'âne

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