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Réforme du marché du travail : le sondage qui montre que les Français sont des libéraux qui s'ignorent de moins en moins ?

Sur toutes les mesures, une majorité de Français se positionnent pour les mesures spécifiques de la future loi Travail, même si des clivages très marqués se font voir autant sociologiquement que politiquement.

Paradoxe

Publié le - Mis à jour le 11 Juillet 2017
Réforme du marché du travail : le sondage qui montre que les Français sont des libéraux qui s'ignorent de moins en moins ?

Tout d'abord quel constat général vous inspire ce sondage ?

Jérôme Fourquet : Nous avons fait trois constats. Ce qu'on observe d'abord, c'est qu'on a une adhésion de l'opinion qui est plus ou moins forte en fonction des directions testées dans le sondage. Le second constat, c'est que même sur les relations les plus conflictuelles et problématiques on a aujourd'hui une majorité absolue de Français qui seraient favorables. 

Et troisième constat : on a des clivages qui sont assez marqués tant sociologiquement que politiquement. Politiquement c'est attendu, mais sociologiquement c'est intéressant avec une opposition qui met d'un côté les dirigeants d'entreprise, les indépendants et les retraités (qui ne sont plus concernés) et de l'autre des salariés plus réfractaires.

Si on reprend le premier point, on constate que ce qui fait le plus recette aujourd'hui, c'est l'idée qui entoure l'inversion de normes qui se traduit par la possibilité qui est laissée à une entreprise de négocier directement à son niveau avec ses salariés et donc à construire des accords qui seraient éventuellement dissonants par rapport aux accords qui prévalent dans la branche à laquelle les entreprises sont rattachées. A cela, 71% des Français seraient favorables. C'est même le cas de 67% des salariés. Petit bémol cependant : on remarque que c'est le sujet qui politiquement suscite le plus de débat, et sur lequel les Insoumis notamment insistent le plus fortement mais pour autant il y a une adhésion forte : il s'agit peut-être donc d'une adhésion sur un principe général ; et quand au cours des débats parlementaires on va prendre conscience que ces accords collectivement négociés collectivement dans les entreprises peuvent concerner des sujets sensibles comme la rémunération des heures supplémentaires, le nombre d'heures à faire ou la durée du temps de travail, peut-être que l'opinion sera moins favorable alors. Mais il y a un préjugé positif à une sorte de décentralisation sociale avec une part d'autonomie accrue laissée aux acteurs sociaux qui sont jugés comme les plus à même de voir ce qui est bon pour leur collectif de travail et qui sont les salariés et les dirigeants d'entreprise.

Comment expliquez-vous le décalage entre l'opinion plutôt négative que les Français ont eu de la loi travail et l'opinion positive envers les mesures pratiques défendues par celle-ci que montre ce sondage ? 

Jérôme Fourquet : C'est un enjeu d'une bataille de communication. Rien que le nom qui va être donné à cette loi va être important. Va-t-on parler d'une réforme du code du Travail ou d'un « renforcement des protections et de l'autonomie » ? C'est une bataille sémantique qui va se jouer au sein de l'opinion. Pour les opposants, l'idée est que cette nouvelle loi est une Loi El Khomri XXL, qui va encore plus loin dans la dérégulation. L'écho de cette loi pourrait avoir un effet anxiogène. Alors qu'au regard des chiffres de notre sondage, on voit qu'un certain nombre de mesures (nous ne les avons pas toutes testées positivement) sont jugées au cas par cas positivement. Et ce même si entre le 72% qui concerne la possibilité de négocier au sein des entreprises et le 52% qui concerne le droit de chantier, on a quand même un écart qui est très profond (20 points de différence). D'ailleurs symboliquement, on passe sous la barre des 50% chez les salariés (48%) qui seraient les premiers concernés en ce qui concerne le droit de chantier. Un certain nombre de mesures peuvent être facilement perçues comme anxiogènes et pourront déteindre sur le jugement global que l'on va porter sur ce projet de réforme. Typiquement sur les mesures qui sont les plus susceptibles de faire sauter un certain nombre de protection dont bénéficie les salariés. Le contrat de santé, c'est la fin du CDI d'une certaine manière. On sent que cela se tend chez les salariés sur la fixation du montant des indemnités de prud'hommes en cas de litige. 

 
Commentaires

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  • Par J'accuse - 10/07/2017 - 11:07 - Signaler un abus Wait and see

    Je connais des questions amenant 100% de réponses positives: "êtes-vous favorable à des réformes favorisant l'emploi?"; "souhaitez-vous voir baisser les charges sociales?"; voulez-vous que les prud'hommes rendent des jugements justes et équitables?", etc. Facile, non? Les réponses sont en fonction de ce que les sondés -presque tous ignorants et incompétents- imaginent être les résultats de telle ou telle mesure, mais tout le monde veut les mêmes choses sur le fond. C'est au gouvernement de gouverner avec sa majorité: attendons donc les résultats des lois votées, et nous pourrons alors soit le blâmer soit le féliciter. Et espérons que Macron aura du bol, lui...

  • Par edac44 - 10/07/2017 - 11:22 - Signaler un abus Ce type de sondage s'appelle une manipulation !...

    https://www.amazon.fr/Petit-trait%C3%A9-manipulation-lusage-honn%C3%AAtes/dp/2706118857 en vente sur Amazon (et ailleurs aussi !...) pour celles et ceux qui ne veulent pas mourir idiots !...

  • Par Philippe du Penhoat - 10/07/2017 - 13:00 - Signaler un abus Dialogue social

    Les syndicats représentent essentiellement les employés du secteur public et des grandes entreprises privées qui ont une taille suffisante pour permettre sauf exception de conserver dans la durée leur personnel. Le nécessaire dialogue social trouve ses limites quand il y a conflit d'intérêt entre ceux qui sont dans le système et ceux qui sont à la porte.

  • Par Paulquiroulenamassepasmousse - 10/07/2017 - 14:13 - Signaler un abus Même si c'était vrai cela ne

    Même si c'était vrai cela ne changerait rien ! Avec un président et un 1er ministre fonctionnaire, le medefet les syndicats ouvriers entre les mains des pantoufleurs de la fonction publique.......... 26% de la population active fonctionnaire il n'y a aucune chance pour que ça change en mieux. La ponction publique continuera à faire de l'autoallumage pour nous amener inexorablement vers le collectivisme !!!

  • Par vangog - 11/07/2017 - 00:34 - Signaler un abus Pour le dernier pays Stalinien d'Europe...

    évoquer le libéralisme, c'est un peu comme demander à une Otarie si elle préfère les sushis ou les sachimis...rien qu'à l'odeur, elle claque des palmes...

  • Par gerint - 11/07/2017 - 09:10 - Signaler un abus On ne peut pas tester La valdité d'un projet

    En faisant valider séparément chacun de ses articles. Il faut voir l'ensemble et l'intention qui est plus ou moins cachée derrière qui dépend beaucoup des commanditaires

  • Par lejeunecl - 11/07/2017 - 18:44 - Signaler un abus subsidiarité

    Je ne comprends pas que ce qui fait la force de la démocratie helvète à savoir le principe de subsidiarité ne soit pas mis en avant comme un totem pour faire adhérer aux réformes

  • Par ANALYST85 - 12/07/2017 - 10:52 - Signaler un abus LUTTE DES CLASSES HORIZONTALE

    Autant de réformes bidons, autant de leurres pour détourner l'attention du privé laborieux, avec l'appui des syndicats trotskyste, de la véritable réforme de fond alignant le public sur le privé du secteur concurrentiel(compétence, productivité, rémunération du risque...? et au résultat, en place de la rente au diplôme.Fin de la fonctionarisarion à outrance et des priviléges. EGALITE=FRATERNITE=LIBERTE.

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Jérôme Fourquet

Jérôme Fourquet est directeur du Département opinion publique à l’Ifop.

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Agnès Verdier-Molinié

Agnès Verdier-Molinié est directrice de la Fondation IFRAP(Fondation pour la recherche sur les administrations et les politiques publiques).

Son dernier ouvrage est "Ce que doit faire le (prochain) président", paru aux éditions Albin Michel en janvier 2017.

 

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