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Réforme judiciaire : quand la symbolique du pouvoir laisse place à la banalisation de la Justice...

Le fait que des dossiers criminels soient correctionnalisés, notamment des viols, ne justifie pas techniquement et judiciairement l'exclusion du jury populaire quand on les a considérés comme trop graves pour les faire échapper aux cours d'assises.

Régression

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Réforme judiciaire : quand la symbolique du pouvoir laisse place à la banalisation de la Justice...

Il n'y a pas un président de la République plus sensible et attentif à la symbolique du pouvoir qu'Emmanuel Macron.

D'abord parce que face aux quinquennats précédents, il était facile de lui redonner une place éminente puisque ceux-ci l'avaient évacuée au bénéfice d'un prosaïsme sans allure.

Surtout, en raison du fait que le président de la République, dans sa réflexion sur la relation qu'il convenait d'entretenir avec les Français, avait naturellement mesuré l'importance des symboles, du rite, de la solennité et d'une attitude qui permettait à tous, même aux opposants, de s'identifier avec la représentation offerte.

Quelle terrible déception, alors, de constater que dans le domaine du régalien, à l'égard duquel Emmanuel Macron a manifesté pourtant un intérêt constant, la symbolique du pouvoir, dont on aurait pu espérer la contagion positive sur les institutions fondamentales pour la démocratie, a disparu malheureusement au profit d'une banalisation, d'une technocratie, d'une rationalisation prétendument inspirée par l'efficacité mais profondément perverse !

Ce ne sont pas les axes de la réforme de la Justice qui me désappointent. Au contraire les six mesures pour réduire les délais de la justice civile vont indéniablement dans le bon sens (Le Figaro).

Le préoccupant se rapporte à la Justice criminelle.

On projette la création du "tribunal criminel" qui composé seulement de magistrats jugera les crimes punis jusqu'à vingt ans tandis que les cours d'assises, avec leur jury populaire, demeureront compétentes pour les affaires les plus graves jusqu'à la réclusion criminelle à perpétuité comme les meurtres ou et les assassinats (Le Monde).

Je devine l'argumentation qui sera développée pour battre en brèche la dénonciation de cette dégradation, de cette dénaturation par le bas parce que la majesté tragique et populaire du haut devenait insupportable pour un régime qui veut bien de la symbolique pour la présidence mais l'exclut pour la société.

On pourra faire valoir tout ce qu'on voudra - rapidité et simplicité ? - mais il est clair que si on garde le peuple pour le jugement de certains crimes, on va allègrement s'en séparer pour l'appréciation d'autres transgressions comme par exemple les viols, les vols à main armée et les coups mortels au sujet desquels je perçois mal l'obligation de se priver des citoyens quand ils seraient nécessaires ailleurs.

Le fait que des dossiers criminels soient correctionnalisés, notamment des viols, ne justifie pas techniquement et judiciairement l'exclusion du jury populaire quand on les a considérés comme trop graves pour les faire échapper aux cours d'assises.

C'est le peuple dont on veut réduire la part, la mission, la présence parce qu'il est insupportable avec son désir de rigueur, sa conscience de la gravité des choses et son incroyable intuition collective pour donner à chaque crime, à chaque accusé le champ et la décision justes.

 
Commentaires

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  • Par winnie - 12/03/2018 - 08:17 - Signaler un abus Pourquoi suprimer les jures?

    Tout simplement pour pouvoir ordonner des peines moins severes et juger "entre soi". C'est une des strategies pour diminuer le nombre de prisonniers. Le dogme gocho et centriste est que la prison " n'est pas la solution " Car on sait que comme les peines de prisons donnent droit a des reductions automatiques, les avocats demandent sytematiquement le maximum.

  • Par Bobby Watson - 12/03/2018 - 11:36 - Signaler un abus Cachez ces crimes que je ne saurais voir...

    La tartuferie du pouvoir est révélé par ce projet de loi qui enlève au peuple le droit de juger des crimes comme le viol. Mais pourquoi M. Bilger s'étonne-t-il ? Les socialistes Belloubet et Macron étaient partie prenante du quinquennat de Hollande. N'est-ce pas Taubira qui enlevé les jurés populaires que Sarkozy avait instaurés dans les tribunaux correctionnels ?

  • Par vangog - 12/03/2018 - 14:28 - Signaler un abus La technomagistrature tire la couverture à elle...

    et les jurys populaires (Ooooooh, populiste!) perdent progressivement le droit de le dire, au profit d'une technomagistrature fortement gauchisante, donc laxiste...le but n'est pas la justice, mais de désengorger les prisons. les socialauds-macronistes savaient déjà que cette politique aboutit à l'inverse de ce qu'ils avaient prévu, par encouragement de la délinquance, mais ils insistent, les noeuds-noeuds...

  • Par zelectron - 12/03/2018 - 16:18 - Signaler un abus les juges actuels : über alles

    et si on élisait par cantons la majorité des juges (candidatures à 6 certificats de licence de droit ... donc sans contacts avec les juges rouges !)

  • Par Citoyen-libre - 12/03/2018 - 17:07 - Signaler un abus Ce peuple que l'on veut réduire à populiste

    Ce que je retiens de cet article, au delà des aspects purement juridiques, c'est qu'effectivement il y aurait cette volonté insidieuse à considérer le peuple, comme une pièce rapportée, et donc de faire sans lui. Il y aurait une classe dirigeante, très parisienne, "boboïsée" médias, showbiz, socialo-intellos, etc et le reste du pays. Sans doute au nom d'une certaine efficacité et prestige, ce peuple qu'on est obligé de consulter au moment des élections, représente quelque part, le reste du temps, un frein à l'évolution de la seule caste qui vaille : celle qui dirige et le Cac 40. Il y a là surement un certain mépris de l'autre caste, celle que les biens pensants et les médias lèches bottes de ce pays, résument à populiste. On le voit avec cette future loi sur les fake news. Le mensonge et la manipulation ont toujours existé. Ce qui dérange maintenant le pouvoir, c'est qu'avec les réseaux sociaux, il en perd le monopole. En fait, le peuple "des populistes" semblerait être un boulet pour cette monarchie, et l'objectif insidieux serait de s'en exonérer le plus possible.

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Philippe Bilger

Philippe Bilger est président de l'Institut de la parole. Il a exercé pendant plus de vingt ans la fonction d'avocat général à la Cour d'assises de Paris, et est aujourd'hui magistrat honoraire. Il est l'auteur de La France en miettes (éditions Fayard), Ordre et Désordre (éditions Le Passeur, 2015). En 2017, il a publié La parole, rien qu'elle et Moi, Emmanuel Macron, je me dis que..., tous les deux aux Editions Le Cerf.

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