Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Jeudi 26 Avril 2018 | Créer un compte | Connexion
Extra

Réforme du bac : enfin de quoi sauver l’examen clé du système scolaire français

Le ministre de l'Education nationale, Jean-Michel Blanquer, présente ce mercredi sa réforme du bac. Les pistes ont déjà fuité dans la presse.

Du mieux

Publié le
Réforme du bac : enfin de quoi sauver l’examen clé du système scolaire français

 

Les pistes à l'étude pour la réforme du baccalauréat ont été en partie dévoilées par la presse, avant même la conférence officielle du ministre de l'Education nationale, Jean-Michel Blanquer. Une des principales informations est la défense d'un examen « resserré », avec seulement six épreuves dont deux en première, soit uniquement quatre épreuves en Terminale. Cette proposition de Pierre Mathiot, ancien directeur de Sciences-Po Lille, ne signe-t-elle pas la mort symbolique de l'épreuve en lui donnant beaucoup moins d'importance (notamment avec le contrôle continu), celle-ci n'étant plus qu'un rituel de passage un peu désuet et vain comme l'est déjà le Brevet en classe de 3e ?
 

Pierre Duriot : Attention, ce n'est pas le nombre d'épreuves qui est un signe de dévalorisation du bac : c'est la trop grande mansuétude dans la notation ou la trop grande facilité des épreuves. Quatre, cinq, six épreuves ou plus, quelle importance ? Il faut surtout que la qualité ne se décrète plus, 80 % de réussite, mais qu'elle se construise, en amenant les élèves au niveau souhaité et pas en abaissant les barèmes jusqu'au niveau de réussite décidé. En ce sens, six épreuves, pourquoi pas, à condition que le niveau d'exigence soit bien présent et la notation rigoureuse. Il ne sert à rien de donner le bac à des élèves de terminale très faibles pour qu'ils aillent échouer en première année de faculté, avec leurs illusions, alors qu'un travail préalable d'orientation aurait été nécessaire. Le fait que l'instigateur soit un ancien de Sciences-Po signifie que la priorité est donnée à une certaine polyvalence globale de l'élève qui va lui permettre d'affronter un maximum de filières du supérieur et en ce sens, ce serait une nouveauté. Auquel cas, on n'aura pas à faire à un rituel mais à un vrai examen sanctionnant la capacité à suivre des études supérieures.

Plus problématique sera sans doute cette instillation d'une dose de contrôle continu qui risque de ne pas trop passer au niveau des syndicats d'étudiants et de lycéens dont on a l'habitude qu'ils roulent pour les pires des élèves. L'exigence d'un travail régulier, débouchant sur un contrôle susceptible d'être assimilé à une sélection qui ne dit pas son nom, va les faire bondir, à n'en point douter. Encore une fois, l'enseignement supérieur a plus besoin d'élèves capables de fournir un travail sérieux et régulier que d'élèves qui mettent un coup de collier au dernier moment pour obtenir un bac actuellement largement dévalorisé. En ce sens la proposition ne me semble pas de nature à liquider l'idée que l'on se fait du bac. A condition encore une fois que le niveau des épreuves ne soit pas galvaudé et que la notation soit rigoureuse.

Un autre grand chamboulement proposé est celui de la suppression des séries (S, ES, L) pour proposer un parcours avec modules (10 modules de deux matières possibles imposés en majeures, et deux autres matières en mineures), tout en maintenant un tronc commun. Ne peut-on pas y voir une complexification excessive du système ? Et ne risque-t-on pas de toute façon de voir des filières S réapparaître ?

 

on, c'est une simplification au contraire. L'histoire des filières est un trompe l'oeil, les bons élèves resteront les bons élèves, quelle que soit l'organisation. Cette suppression est cohérente avec l'idée d'avoir des bacheliers relativement polyvalents et la volonté d'obtenir des capacités globales plus que des élèves trop tôt spécialisés. D'ailleurs, combien d'entre ces lycéens savent réellement en terminale ce qu'ils veulent faire dans la vie ? Qu'ils soient tout simplement capables, par l'obtention d'un niveau global élevé, d'élargir l'éventail de leurs choix possibles. Encore une fois, la suppression de la filière S n'empêchera aucunement les bons élèves d'accéder aux grandes écoles de leur choix. L'affaire va devenir plus corsée pour les élèves moyens et faibles dont les dossiers scolaires seront sans doute utilisés pour présider aux admissions.
 

La disparition de la série "S" n'enterre-t-elle pas aussi le modèle de méritocratie que représentait la "voie royale" ?

Non, en aucune façon, les bons élèves seront les bons élèves, ce n'est pas la filière qui est d'excellence, ce sont les élèves et ils seront de toute façon « repérés », qu'ils soient en S ou ailleurs. La voie royale n'est pas la Terminale S, ce sont les grandes écoles et ceux qui ont les capacités de les intégrer. Tout cela survivra à la S.

On parle de ne pas intégrer les sciences physiques dans les majeures, alors que cette matière était une spécialité possible en S jusqu'ici. Comprenez-vous cette proposition ?

Pas du tout. On aurait pu espérer, avec les célébrités de Villani, Charpak et quelques autres, un retour en grâce des maths appliquées et des sciences et un développement des vocations en direction de ces deux secteurs qui sont susceptibles de nourrir la recherche scientifique et technologique, l'innovation industrielle et l'informatique. Des secteurs à la fois porteurs et totalement stratégiques du point de vue développement et rayonnement international. Il y a quelque chose d'incompréhensible.

Le rythme de l'année pourrait aussi être modifiée, avec un passage aux semestres, soit cinq semestres en un an, avec des partielles à la fin de chaque semestre. Cette proposition n'est-elle pas trop contraignante et cadrée pour l'enseignant comme pour l'élève ?

Il y a effectivement des pistes à explorer du côté de la répartition et notamment revigorer les fins d'années scolaires des élèves de terminales qui s'étiolent début mai pour s'arrêter définitivement début juin : un gaspillage éhonté. Mais la proposition est cohérente avec l'exigence d'un contrôle continu, va dans le même sens, celui d'une demande d'un travail régulier et soutenu, ce qui n'est pas nouveau mais devient d'une certaine manière, imposé. C'est bien cela qui risque de ne pas plaire.

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par vangog - 24/01/2018 - 12:27 - Signaler un abus On en est à "sauver un examen du gauchisme"...

    il y a un gros problème, là, non?... seule solution: celle du Front National: virer les pédagogistes et cadres-enseignants néo-trotskystes, et restaurer autorité et exemplarité...il n'y a plus à tortiller!

  • Par catlaya - 24/01/2018 - 14:59 - Signaler un abus rien ne vaut le réell,

    avez-vous déjà eu l'occasion lors d'une rencontre internationale, de comparer les "'Bacheliers" Français avec ceux d'Allemagne, de Grande Bretagne, de l'Italie, de l'Espagne ? Si vous êtes bachelier sans pourvoir dialoguer 40 minutes en anglais, si vous ne savez pas où se situe le Belize, si vous pensez que Descartes a passé sa vie en France .... gagné : vous êtes un Bachelier Français. Il faut vraiment que ça change. Combien de destins auraient pu être améliorés si les entrées en FAC avaient été un peu plus filtrés en fonction des compétences. Combien de jeunes en FAC finissent pas être dégoutés ,humiliés et , finalement, rejetés du marché de travail puisqu'ils ne disposent pas des compétences pour décrocher un emploi correspondant à leurs espoirs. Un des grand atouts de l'Allemagne c'est de valoriser et reconnaître pour toute leur compétence les jeunes "sans bac" mais qui apprennent, sont formés et réussissent très bien leur vie professionnelle adulte. Pst, en France c'est "tous égaux et tous au chômage" . Bravo J.M. Blanquer, les générations futures vous remercieront.

  • Par Anouman - 24/01/2018 - 21:39 - Signaler un abus Bac

    En fait il ne devrait y avoir que deux filières, L et S. Quant au contrôle continu, n'en parlons pas, c'est le meilleur moyen de baisser le niveau et de favoriser les flatteurs de profs, c'est à dire ceux qui font semblant de les trouver intéressants, quand ils sont dans le meilleur des cas, utilitaires.

  • Par lasenorita - 25/01/2018 - 09:32 - Signaler un abus C'était mieux avant!

    ''De mon temps'': il n'existait que 5 Bacs, c'était bien plus simple et moins compliqué qu'à l'heure actuelle! Ceux qui étaient doués pour les ''Lettres'' passaient le Bac Philo, les mateux: le Bac Mathélem et les scientifiques: le bac Sciences-Ex.. les élèves qui ne voulaient pas continuer leurs études après le Bac: ils devaient passer le Bac Technique ou le Bac commercial. .J'avoue que je ne m'y retrouve plus dans tous les Bacs nouveaux.. nos ministres ont réussi à créer un Bac d'éplucheur de pommes de terre!...

  • Par cloette - 25/01/2018 - 09:35 - Signaler un abus Contrôle continu

    foutaise .

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Pierre Duriot

Pierre Duriot est enseignant du primaire.

Il s’est intéressé à la posture des enfants face au métier d’élève, a travaillé à la fois sur la prévention de la difficulté scolaire à l’école maternelle et sur les questions d’éducation, directement avec les familles.

Il est l'auteur de Ne portez pas son cartable (L'Harmattan, 2012) et de Comment l’éducation change la société (L’harmattan, 2013). Il a publié en septembre Haro sur un prof, du côté obscur de l'éducation (Godefroy de Bouillon, 2015).

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€