Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Vendredi 20 Juillet 2018 | Créer un compte | Connexion
Extra

Référendum en Turquie : l'Europe doit-elle accepter l'idée que la démocratie libérale n'est pas forcément l'horizon de tous les pays qui nous entourent ?

Le référendum en Turquie devrait enterriner la dérive autoritariste du président Erdogan. L'Europe va devoir accepter, à son grand dam, que la démocratie libérale n'est pas forcément l'horizon de tous les pays qui l'entoure.

Autoritarisme

Publié le - Mis à jour le 21 Avril 2017

On comprend donc qu’aucune des parties prenantes ne soit encore prête à clore la question de la candidature turque à l’Union européenne, d’autant moins que les relations sont d’ores et déjà très difficiles. Les négociateurs européens qui sont au cœur de ces relations préfèrent pratiquer les « ambiguïtés constructives » (on fait l’impasse sur ce qui divise et privilégie les questions d’intérêt commun afin d’avancer et d’élargir progressivement la plateforme de coopération). Il reste que ces ambiguïtés sont de moins en moins constructives.

En cas de victoire d’Erdogan au référendum, prendra-t-il la responsabilité d’une rupture des négociations ? Le rétablissement de la peine de mort, maintes fois évoqué depuis juillet 2016, y conduirait automatiquement. Il faudrait alors remettre à plat la relation turco-européenne et l’améliorer dans les champs de coopération correspondant aux intérêts communs, qui ne mettent pas immédiatement en jeu les valeurs et les normes : économie, commerce, circulation des capitaux, migration, voire la question des visas pour les patrons et cadres engagés dans les relations commerciales turco-européennes.

Concrètement, l’exercice consisterait à améliorer et renforcer l’Union douanière et l’Union énergétique. Par ailleurs, les Etats membres de l’Union européenne qui appartiennent également à l’OTAN demeureraient les alliés des Turcs. On ne saurait donc se contenter d’assurer plus de fluidité dans les relations économiques. C’est à un partenariat de haut niveau qu’il faudrait œuvrer. L’Union européenne a déjà signé des « partenariats stratégiques » avec un certain nombre de pays, mais l’expression est souvent trompeuse. « Stratégique » est ici synonyme d’« important » et n’a pas véritablement de valeur politique, diplomatique et militaire. Dans le cas de la Turquie, ce serait un partenariat spécifique, à forte teneur stratégique (au sens fort) et géopolitique : en somme, un « partenariat géopolitique UE-Turquie ». La négociation, antérieure ou en parallèle, d’un ambitieux « partenariat continental » avec le Royaume-Uni pourrait ouvrir la voie à ce nouveau type de relations politiques, sécuritaires et économiques. Du fait du « Brexit », les représentants de la Turquie ne pourraient plus expliquer que leur non-entrée dans l’Union européenne relève d’une discrimination de type ethnico-culturel. Plus encore si Ankara est à l’origine de la rupture des négociations. Mais ne faisons pas non plus de ce « partenariat géopolitique » une martingale : sa possibilité et son contenu dépendraient des circonstances de la rupture et de ce que voudrait la Turquie dans un contexte renouvelé. Nul doute que nous nous heurtions aussi à des contradictions (voir la réponse à la deuxième question). In fine, doit-on faire prévaloir les intérêts sur la morale ? Cela dépend : il serait irréaliste de faire l’impasse sur la morale commune et les principes qui nous fondent en propre. On peut transiger, tenir compte des circonstances et pratiquer des doubles standards, mais jusqu’à un certain point seulement. 

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par lemillanh - 15/04/2017 - 22:22 - Signaler un abus CELA N A AUCUNE IMPORTANCE

    SI LA TURQUIE NE PRÉTEND FAIRE PARTIE DE L UE

  • Par J'accuse - 15/04/2017 - 22:50 - Signaler un abus L'UE et l'OTAN sont folles à lier

    Qui imagine une seule seconde que la Turquie entend calquer ses institutions sur les nôtres, et accepterait de transférer sa souveraineté à Bruxelles? Pour ce qui est de l'OTAN, la Turquie est plus proche de la Russie que de l'Occident... Quelle aberration aussi de voir la Turquie comme une alliée et la Russie comme une ennemie, alors que l'inverse serait préférable! Nos dirigeants entraînent les pays européens à leur perte, incapables qu'ils sont de comprendre et donc de défendre nos intérêts.

  • Par Anguerrand - 16/04/2017 - 08:45 - Signaler un abus Ce référendum bidonné nous promet une dictature

    supplémentaire à la porte de l'Europe.

  • Par mark de san - 17/04/2017 - 09:29 - Signaler un abus une démocratie autoritaire?

    Lisez le Coran et vous comprendrez Erdogan. Il sait que la population Turque est majoritairement musulmane et qu’elle a une lecture littérale du Coran. L’Islam est une doctrine de sujétion, de domination, d’asservissement du croyant au dogme. Dans TOUTES les sourates il est fait référence à la crainte de Dieu, à la toute-puissance de Dieu, à la domination de Dieu. Le Coran est un document qui est, à la fois, un code civil et un code religieux ; il vous dit comment se comporter en société, ce que vous pouvez faire ou non. La société Turque est mentalement formatée pour accepter un régime autoritaire, sauf les tenants du laïcisme bien sûr. Alors ne soyez pas surpris qu’un personnage charismatique se base, dans une société de culture musulmane, sur l’Islam plutôt que sur le laïcisme pour établir son autorité.

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Jean-Sylvestre Mongrenier

Jean-Sylvestre Mongrenier est docteur en géopolitique, professeur agrégé d'Histoire-Géographie, et chercheur à l'Institut français de Géopolitique (Université Paris VIII Vincennes-Saint-Denis).

Il est membre de l'Institut Thomas More.

Jean-Sylvestre Mongrenier a co-écrit, avec Françoise Thom, Géopolitique de la Russie (Puf, 2016). 

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€