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La réduction de la pauvreté dans le monde n’a jamais été aussi facile

Les différentes nations de la planète ont fait des progrès remarquables dans l’élimination de la pauvreté. Comment expliquer cette baisse record ?

On attend toujours

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La réduction de la pauvreté dans le monde n’a jamais été aussi facile

 Crédit PHILIPPE LOPEZ / AFP

Atlantico : Ces dernières années, le monde a fait des progrès remarquables dans l’élimination de la pauvreté. En 1820, 94% de la population mondiale vivait dans une pauvreté extrême (moins de 1,90 dollar par jour, ajustée au pouvoir d’achat). En 1990, ce chiffre était de 34,8% et, en 2015, seulement 9,6%. Comment expliquer cette baisse record ?

 
Jean-Marc Siroën : La principale explication est la bonne performance économique des pays en développement. A partir des années 1990, la crise de l'endettement s'apaise et ces pays connaissent un taux de croissance bien plus élevé que celui des pays industriels ce qui accélère leur transition démographique, c'est-à-dire la réduction de leur taux de natalité, elle-même favorable à la réduction de la pauvreté. Cette forte croissance économique est due à la remise en cause des politiques économiques qui avaient été menées jusque-là par la plupart des pays et fondées sur des modèles autocentrés, peu ouverts sur l'extérieur, avec des entreprises, souvent publiques, mal gérées et protégées de la concurrence internationale par des barrières commerciales ou règlementaires.
De leur plein gré -comme la Chine ou l'Inde- ou contraints par les organisations internationales comme le FMI ou la Banque Mondiale, ces pays ont ouvert et libéralisé leur économie en conservant néanmoins quelques garde-fous. Une bonne part de la diminution spectaculaire de la pauvreté dans le Monde peut ainsi être imputée à la Chine du fait de son poids dans la population mondiale. En libéralisant son agriculture, son industrie, son commerce extérieur et les investissements étrangers ce pays a connu pendant cette période des taux de croissance à deux chiffres qui lui ont permis de faire passer son taux de pauvreté de 67% en 1990 à environ 5% vingt ans plus tard. Au-delà de cet effet de masse, la Chine a joué un rôle moteur dans ce processus vertueux de réduction mondiale de la pauvreté car sa croissance a favorisé la hausse du prix des matières premières qu'elle importe massivement ce qui a entrainé les exportations et donc la croissance des économies d'Amérique latine ou d'Afrique. D'autres facteurs ont également joué en faveur de la réduction de la pauvreté, mais de manière plus marginale et plus controversée : plus grande efficacité de l'aide au développement, accroissement des transferts monétaires en provenance des populations émigrées ou politiques internes de lutte contre la pauvreté par des politiques de redistribution (notamment en Amérique latine).
Quelques nuances doivent néanmoins être apportées à ce constat. L'indicateur retenu -moins de 1,9 dollar par jour- définit un seuil arbitraire qui ne quantifie que la pauvreté monétaire. Il ne dit pas grand-chose sur les conditions de vie : accès à l'éducation, à la santé, au logement, à l'eau, à l'électricité, etc. La question du "bon" indicateur de pauvreté reste un sujet largement débattu par les spécialistes. Certaines organisations comme le Programme des Etats-Unis pour le Développement (PNUD) insistent davantage sur les indices de développement humain (IDH) ou sur les indicateurs de pauvreté "multidimensionnelle" qui élargissent le nombre de critères pris en compte. D'après l'Université d'Oxford (OPHI), la pauvreté multidimensionnelle toucherait encore 26,5% de la population mondiale ce qui n'est pas rien. D'autre part, l'indicateur de 1,9 dollar ne concerne que la pauvreté "absolue" et non la pauvreté "relative" qui s'apprécie par rapport au niveau de vie du pays. C'est le cas en France où le seuil de pauvreté en France est fixé à 60% du revenu médian. Néanmoins ces indicateurs peuvent être trompeurs : lorsque les revenus augmentent plus vite pour les classes moyennes ou supérieures, la pauvreté "relative" s'accroit mécaniquement même si les plus pauvres bénéficient eux-aussi d'une hausse, même moindre, de leur revenu. 
 
La réduction de la pauvreté monétaire et absolue -moins de 1,9 dollars par jour- s'est d'ailleurs accompagnée d'une augmentation des inégalités dans la plupart des pays en développement et, notamment, en Chine. Pendant longtemps, les organisations internationales ont considéré que l'accroissement des inégalités à l'intérieur des pays était sans importance dès lors que la pauvreté régressait. Elle était même considérée comme une condition nécessaire à la réduction de la pauvreté, les riches entrainant les pauvres par un effet de "ruissellement" (récemment très débattu en France, mais peut-être pas à bon escient !). Elles commencent aujourd'hui à se rendre compte que les inégalités peuvent aussi devenir contreproductives économiquement, socialement et politiquement…
 
 
Commentaires

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  • Par Benvoyons - 16/08/2018 - 09:27 - Signaler un abus L'Histoire reconnaîtra que cela a été possible & est possible

    encore grâce au Libéralisme. En effet cette situation ne doit absolument rien à l'idéologie Socialiste sous toutes ses formes. En effet la Chine Socialiste, le Vietnam Socialiste etc... utilisent tous le Libéralisme en Économie. Cuba veut & va introduire dans sa constitution le libéralisme. Les FI, l'ultra gauche, le PS et leurs suceurs de roues les RN ex FN sont baffés. Le Libéralisme est meilleur que leur idéologie Socialisante qui se termine toujours par "Humanisme Inhumain "

  • Par Benvoyons - 16/08/2018 - 09:49 - Signaler un abus Ne pas prendre le chiffre de 2000 à la lettre:):)

    En effet qu'ils soient 1500 ou 3682 cela ne change en rien le fait Cul & Chemise.

  • Par Ganesha - 16/08/2018 - 10:04 - Signaler un abus Bande de Crétins !

    L'argument le plus débile, que l'on lit en permanence sur ce site, c'est que la seule alternative serait le ''Tina'' : soit la tyrannie crapuleuse du Libéralisme, soit le retour aux horreurs du Communisme soviétique. Mais non, bande de crétins ! C'est un système entièrement nouveau qu'il faut imaginer et mettre au point ! C'est ce que les pays d'Europe réalisent déjà, ou se préparent à mettre en place : des gouvernements souverainistes.

  • Par J'accuse - 16/08/2018 - 10:54 - Signaler un abus Le bonheur de l'humanité progresse

    La forte diminution de la pauvreté dans le monde (quelles qu'en soient les raisons, et franchement on doit s'en foutre) est une information qui devrait faire les gros titres de tous les journaux du monde. Mais juste un petit article dans Atlantico, et partout ailleurs le catastrophisme s'impose dans tous les domaines. Ça rapporte politiquement plus de ne parler que des malheurs et c'est tellement jouissif d'accuser les autres d'en être responsables. Les "nobles" motivations des immigrations massives en Europe n'en seraient-elles pas aussi remises en question ?

  • Par Benvoyons - 16/08/2018 - 12:07 - Signaler un abus Si une bonne raison sert correctement l'humanité pourquoi

    s'en foutre? Pour pouvoir réutiliser tous les Socialismes dont le Nationalistes? :)::) Alors que justement l'humanité en connait tous les résultats un Humanisme Inhumain!!

  • Par Atlantica75000 - 16/08/2018 - 18:38 - Signaler un abus Y a qu'à !

    Can'a jamais été aussi facile de prendre les Français pour des cons : vous prenez une barcasse en Libye et les contribuables paieront D'ailleurs selon l'ineffable patron de l'OFPRA Pascal Brice, un machin européen va être créé (kouchner a priori s'y voit déjà) et tout le monde sera riche et personne ne sera identifié en tant que responsable. Sauf nous

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Jean-Marc Siroën

Jean-Marc Siroën est économiste. Il enseigne actuellement à l’université Paris Dauphine et est professeur au sein du département Master Sciences des Organisations. Il est spécialiste d’économie internationale. Il participe également au programme de recherche Nopoor, financé par l'Union européenne, sur les politiques de lutte contre la pauvreté. 

 

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