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De la redoutable stratégie de Manuel Valls et Bernard Cazeneuve pour bâillonner Christiane Taubira

Le conseil d’Etat examine actuellement le projet de loi qui vise à insérer l’état d’urgence dans le Code pénal. Et à faire de l’exception, la règle. Incontestablement ce texte porte la patte de Matignon, de la place Beauvau et évidemment de l’Elysée. Une fois encore, la garde des Sceaux, Christiane Taubira a été écartée. Alors que ce projet est totalement de son ressort. Écartés, aussi les juges d’instruction qui font grise mine. Quant à l’institution policière, elle a tout lieu d’être satisfaite.

Noyade volontaire

Publié le
De la redoutable stratégie de Manuel Valls et Bernard Cazeneuve pour bâillonner Christiane Taubira
  • Le projet de loi sur l’insertion de l’état d’urgence dans le Code pénal a été rédigé, semble-t-il, sans le concours de la place Vendôme

  • Après la loi sur le Renseignement, des pans de la loi Macron, voici Christiane Taubira de plus en plus marginalisée par  Manuel Valls et  Bernard Cazeneuve

  • Ce projet de loi, qui fait la part belle aux policiers, risque de déplaire fortement à la magistrature, notamment aux juges d’instruction nettement laissés de côté lors de l’application de l’état d’urgence

  • Ce n’est pas la première fois que le Ministère de l’Intérieur prend le pas sur la place Vendôme. Ce fut le cas en 1986, sous la première cohabitation, lorsqu'au moment des attentats, Charles Pasqua était ministre de l’Intérieur.

Levez la main ceux qui s’en sont aperçus !

Ciel, nous n’avons plus de garde des Sceaux. Envolée, disparue Christiane Taubira ? Aurait-elle quitté la place Vendôme en catimini ? Sur le sujet, personne ne dit mot au sein du gouvernement. Ni le Premier ministre, Manuel Valls, ni Bernard Cazeneuve, le ministre de l’Intérieur. Et pour cause : c’est ce duo de choc qui depuis plusieurs semaines a pris, de facto, la succession de Christiane Taubira. Fantasmes ? Pas tant que cela. En atteste le projet de loi sur l’état d’urgence qui devrait être inscrite dans le Code pénal et est actuellement examiné depuis le 23 décembre par le Conseil d’Etat. Un projet rendu nécessaire par les attentats de janvier 2015 et ceux du 13 novembre dernier.

Désormais, si le texte, dans sa configuration originelle, est voté - ce qui du côté des socialistes déjà empêtrés sur la déchéance nationale n’est pas sûr du tout-, les procureurs, par exemple, en matière de lutte contre le terrorisme ou la grande délinquance organisée, pourront conduire des enquêtes, sans respecter le contradictoire, sans avocats et en dehors de tout contrôle. Du jamais vu qui aurait dû faire réagir la Garde des Sceaux, gardienne par principe des libertés publiques. Or, elle ne semble pas avoir bougé… Ce qu’on donne aux procureurs, c’est là une nouveauté, on leur retire de l’autre, puisque tout gardien de la paix, ayant au moins deux ans d’ancienneté, pourra contrôler, dans un périmètre déterminé et une durée limitée tout individu, dont on pourrait penser qu’il envisagerait de commettre une infraction. Désormais exit les procureurs lors de ce contrôle. Mais à la demande des préfets, -innovation qui fera grincer des dents la magistrature- cette mesure de restriction d’aller et venir, en quelque sorte, pourra durer 12 heures. Dans cet arsenal, néanmoins, une bonne chose à souligner, réclamée depuis longtemps, tant pas les policiers que les magistrats : le rôle clé confié au Tracfin pour lutter contre le trafic de biens culturels réalisé par des groupements terroristes. Bref, un projet qui symbolise la patte de Manuel Valls et Bernard Cazeneuve, concurrents, conquérants, de la garde des Sceaux. Au fond, le premier ministre et le ministre de l’Intérieur rejoignent Nicolas Sarkozy, du temps où il se trouvait place Beauvau, puis à l’Elysée qui ne se privait pas de  donner ses vues, et de proposer des mesures pour lutter contre la récidive. C’est ce qu’il avait fait, en demandant à sa fidèle élève, Garde des Sceaux, Rachida Dati, de faire voter, dès décembre 2007 les peines plancher. C’est ainsi encore que Sarkozy fera voter la loi de février 2008 sur la rétention de sûreté qui permet à un condamné ayant purgé sa peine, de rester privé de liberté si sa dangerosité est reconnue.  Une loi qualifiée par son rival d’alors, Dominique de Villepin de "monstruosité sur le plan juridique." Lors de l’assassinat atroce en janvier 2011, par Tony Meilhon à Pornic, de la jeune Laetitia, il avait exigé des mesures fortes contre la récidive. A cette occasion, mettant quelque peu à l’écart l’institution judiciaire et son garde des Sceaux, Michel Mercier, le chef de l’Etat n’avait pas hésité à s’en prendre au procureur général près la Cour de cassation, Jean-Louis Nadal à l’issue de la réunion hebdomadaire de la majorité d’alors [l'UMP] "Vous vous rendez compte, que puis-je dire à la famille de cette jeune fille ? Ce n’est pas Nadal qui les reçoit, c’est moi. Vous imaginez  ce que pensent les Français devant cette impuissance ? […] On ne peut l’accepter, il faut les protéger."

 
Commentaires

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  • Par Le gorille - 07/01/2016 - 07:22 - Signaler un abus Mauvais tout ça !

    Le bâton, le glaive et la balance dans une même main ? Ça promet ! Pourvu que cela n'aboutisse pas !

  • Par Le gorille - 07/01/2016 - 07:26 - Signaler un abus Résultat ? Voter "Non" !

    Reste plus qu'à voter "Non"... si le vote est un vote groupé, le paquet quoi ! Si le paquet-cadeau est tronçonné, alors on pourra distiller son vote....

  • Par Philippine - 07/01/2016 - 08:30 - Signaler un abus Promotion ?

    Quelle PROMOTION pour Nicolas Sarkozy !! Jour après jour, voila que la gauche marche sur les pas de l'ancien Président et ce, sans aucune vergogne . Alors ? Est-ce que les Français prèfèreront l'original à la copie ? A suivre, j'ai ma petite idée mais, comme lorsque j'étais enfant, je la garde pour moi, c'est un secret mais Dieu que c'est bon de voir la gauche courir derrière les idées de Nicolas Sarkozy !!!!

  • Par essentimo - 07/01/2016 - 09:11 - Signaler un abus Merci

    à Philippine.

  • Par zouk - 07/01/2016 - 10:20 - Signaler un abus Chr. Taubira

    Et si elle récoltait le fruit de ses excès d'indulgences diverses augmentés de ses excès vis à vis des manifestants contre le "mariage pour tous", encore que sur ce point, Manuel Valls ait largement contribué.

  • Par vangog - 07/01/2016 - 10:28 - Signaler un abus Taubirat n'est là que pour prendre son chèque

    de ministre, et éviter à Valls-la-fuhrer et à son lièvre Flamby une candidature anti-pensée-unique-de-gauche...tout cela coûte bien cher à la France, pour un résultat hyper-médiocre que même les bidouillages ne camouflent plus...

  • Par Borgowrio - 07/01/2016 - 10:57 - Signaler un abus Le boulet

    Le garde des sceaux , sans la nommer, est véritablement un boulet pour la majorité . Elle à semé la zizanie au ministère , démissions en masse , décisions inapplicables , menaces , opposition sourde de la police et de la magistrature honnête . Bref, une promotion " politique" , d'une rare incompétence , voire dangereuse

  • Par evy - 07/01/2016 - 19:28 - Signaler un abus La garde des sceaux à la culture

    Comme ça elle pourra plagier les poète et citer des textes pour se faire mousser. Elle n'a que la culture des ploucs et l'arrogance des nuls Elle doit drôlement tenir le gouvernement par les glaouis pour espérer un autre Ministère

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Gilles Gaetner

Gilles Gaetner est journaliste d'investigation chez Atlantico. Il a été journaliste aux Echos, à la Vie française, au Point et de 1986 à 2009, rédacteur en chef adjoint à l'Express, chargé de l'investigation.

 

Il est l'auteur de La République des copains (Flammarion, 2005), Réglements de comptes pour l'Elysée et La Manipulation Clearstream dévoilée (Oh! Editions, 2006, avec Jean-Marie Pontaut), et La République des imposteurs (L'Archipel Editions, 2014).

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