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Reconnaissance de leur Etat à l'ONU : que peuvent en espérer les Palestiniens ?

Mahmoud Abbas, le président palestinien, dépose ce jeudi la demande d'adhésion de la Palestine aux Nations unies comme Etat non-membre avec le statut d'observateur. Le vote de l'Assemblée générale lui est acquis, malgré l'hostilité des Etats-Unis et d'Israël.

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Atlantico : Avec le soutien de la France, l’Etat palestinien vient d’être reconnu par l’ONU en tant que pays observateur. Bien qu’il s’agisse d’une grande victoire diplomatique pour Mahmoud Abbas, il semble rester de nombreux défis à relever avant que l’Etat palestinien en soit réellement un. Quels sont-ils ?

Didier Billion : Il s’agit effectivement d’une grande victoire, qui vient malgré tout après une attente de quatorze mois, nous arrivons à la fin d’un processus et au début d’un nouveau. Cela va permettre à l’Etat palestinien d'être dans de nouvelles agences de l’ONU, comme c’est déjà le cas pour l’UNESCO par exemple, mais surtout il va pouvoir saisir le tribunal pénal international sur les questions de colonisation.

Il s’agit d’un extraordinaire levier politique qui permettrait le lancement de certaines procédures judiciaires à l’encontre d’Israël.

Ceci étant dit, la réalité de l’Etat palestinien est plus complexe que cela à cause de deux problématiques essentielles, politique et économique, qui ne lui permettent pour l’instant pas d’être un véritable Etat. Le processus de colonisation rampant, incessant et permanent de l’Etat d’Israël en Cisjordanie est extrêmement problématique. Lorsqu’on regarde la carte des colonies, on constate que les voies de communication entre celles-ci et qui sont interdites d’usage aux Palestiniens rendent la vie quotidienne de ces derniers extrêmement compliquée et difficile. Cette reconnaissance n’a aucun impact concret si elle n’est pas accompagnée de la mise en place d’un processus de pourparlers entre Palestiniens et Israéliens. Malheureusement, on ne ressent pas vraiment la volonté des dirigeants de l’Etat hébreux pour que cela avance et même si monsieur Abbas engage des procédures judiciaires grâce au nouveau statut, celles-ci prendront des mois voire des années.

Le deuxième versant de la construction d’un Etat palestinien concret est l’économie. Même si celle-ci s’est un peu améliorée autour de l’embryon d’économie qui existe en Cisjordanie, l’économie palestinienne dans son ensemble est quasi inexistante. De plus, tous les produits importés en Palestine transitent par Israël qui reverse ensuite les droits de douanes aux Palestiniens. Ce n’est pas la seule source de revenus mais elle est très importante malgré tout. Or, il y a eu une déclaration très inquiétante  de monsieur Lieberman, un peu avant le dernier épisode de violences à Gaza, dans laquelle il déclarait que si l’Etat palestinien était reconnu par l’ONU, il ferait tout pour faire tomber le régime de Mahmoud Abbas. On peut donc imaginer que les Israéliens décident de ne plus reverser ces droits de douanes et handicaper lourdement l’économie palestinienne, encore plus qu’elle ne l’est déjà.  Il existe donc un double Damoclès économique, celui d’une économie structurellement faible et de la menace israélienne. La reconnaissance de l’Etat palestinien n’arrangera donc pas tout. Loin de là.

Quelles sont les conditions requises par les différentes forces en présence pour la reprise des négociations ?  

Les Palestiniens considèrent que les négociations doivent se baser sur – feu diront certains – les accords d’Oslo et l’arrêt de la colonisation. De leur côté, les Israéliens se disent prêts à reprendre les négociations dans la forme actuelle des choses plutôt que de revenir au moment où le processus a échoué. C’est une véritable quadrature du cercle dans laquelle les discussions sont  officiellement au point mort bien qu’elles continuent à exister officieusement. La question est de savoir qui lâchera le premier et la réponse est personne s’il n’y a pas d’intervention des grandes puissances et idéalement de l’ONU dans son ensemble. Dans la situation actuelle, il est concrètement impossible de négocier puisque les frontières ont bougé et que personne n’est d’accord sur la base de réflexion qui servirait de socle à ces conversations.

 
Commentaires

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  • Par Ganesha - 29/11/2012 - 13:50 - Signaler un abus Message de Circonstance

    Un tout petit pas en avant, mais un pas ! Tout mes voeux de bonheur au courageux peuple palestinien !

  • Par kronfi - 29/11/2012 - 14:27 - Signaler un abus Rien que cette assertion....

    On sait que la vague de roquettes sur Israël n'était pas du fait du Hamas ... Discrédite complètement l'auteur..... Comment peut t'on croire une fois de plus que le Hamas ne contrôle pas son territoire.... Abou mazen est un pleutre , sans aucun pouvoir, que de rester à la tête d'une organisation qui a fait faillite, et qui sans les subsides étrangers ne serait rien...... Pour ma part , la Palestine, est finie... Telle qu'elle est vue dans les accords d'Oslo. Désormais deux territoires se dessinent.... Et le mieux est de faire un seul et unique territoire hors Gaza, sous la forme d'une confédération. Le reste.. N'est la que pour accuser de façon unilatérale Israël de crimes de guerre.... On croit rêver...

  • Par kronfi - 29/11/2012 - 14:30 - Signaler un abus Et l'auteur oublie sciemment ....

    De dire que les USA, ne peuvent constitutionnellement verser les 200 millions de dollars par an pour le cas ou la Palestine devient un état même observateur... La malhonnêteté est au plus haut niveau....

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Didier Billion

Directeur-adjoint de l’IRIS.

Spécialiste de la Turquie, du monde turcophone et du Moyen-Orient, Didier Billion est l’auteur de nombreuses études et notes de consultance pour des institutions françaises (ministère de la Défense, ministère des Affaires étrangères) ainsi que pour des entreprises françaises agissant au Moyen-Orient.

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