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La recherche sur les migraines ne s’est jamais vraiment intéressée aux femmes et le paie cher aujourd’hui

Certaines études ont récemment mis en exergue les réelles influences de la migraine sur notre quotidien. En termes de souffrance morale et physique, ou de productivité mais également dans la manière dont elle peut agir dans la sphère relationnelle. Les symptômes ressentis se différencient d'un simple mal de crâne, puisque la migraine peut provoquer des vomissements ainsi que des troubles de la vision. Cette maladie s'impose aujourd'hui comme une préoccupation majeure non seulement par la partie la population touchée (conséquente) mais également de par les répercussions qu'elle provoque.

Céphalée

Publié le - Mis à jour le 6 Juillet 2018
 La recherche sur les migraines ne s’est jamais vraiment intéressée aux femmes et le paie cher aujourd’hui

 Crédit DIARMID COURREGES / AFP

Atlantico : Au regard des effets importants que la migraine provoque sur le quotidien, quelles seraient les solutions permettant d'améliorer la situation des patients ?

Stéphane Gayet : Les grands traits de la migraine

La migraine (mot d'origine anglaise) est une maladie – ou plutôt un syndrome : on n'en connaît en effet pas la cause précise – qui se caractérise par la survenue de crises de céphalée (mal de tête) qui cessent d'elles-mêmes et se répètent dans le temps (crises dites récurrentes). La céphalée de la migraine a des traits caractéristiques qui permettent de la distinguer des autres céphalées : elle prédomine nettement d'un côté – d'où le terme souvent utilisé d'hémicrânie – et dans la partie antérieure du crâne, elle est pulsatile (le mal de tête est rythmé par les battements cardiaques et donc le pouls) et elle s'accompagne souvent de nausées – parfois de vomissements – et d'une asthénie (fatigue).

La lumière (photophobie) et le bruit (phonophobie) sont fréquemment pénibles. La céphalée est d'intensité très variable, de modérée à sévère. Elle est majorée par toute activité physique même minime, d'où le besoin pendant la crise de rester au repos. Enfin, la migraine existe chez l'adulte comme chez l'enfant.

Le terrain migraineux et la variabilité des crises

La migraine survient fréquemment sur un terrain psychologique particulier – caractère anxieux et obsessionnel (méticuleux, perfectionniste) - ou sur un terrain familial (familles de migraineux). La crise de migraine est parfois précédée, voire accompagnée, de symptômes neurologiques qui sont appelés "l'aura migraineuse" et qui concernent surtout la vision (migraine dite "ophtalmique"). On distingue ainsi les migraines "avec aura" et les migraines "sans aura". Une crise de migraine peut durer – en l'absence de tout traitement – de quatre heures à un maximum de trois jours. Trois fois plus fréquente chez la femme que chez l'homme, la migraine peut, en fonction de l'intensité, de l'accompagnement, de la durée et de la fréquence – au minimum deux par mois chez un peu moins de la moitié des migraineux - des crises, avoir un retentissement plus ou moins sévère sur la vie personnelle, relationnelle et professionnelle, jusqu'à constituer un véritable handicap, mais qui ne se voit pourtant pas (ces migraineuses qui souffrent en silence et n'en parlent pas spontanément). Une personne migraineuse contrainte à rester allongée peut être considérée comme "paresseuse" par celles et ceux qui ignorent le mal dont elle souffre.

La migraine est fréquemment sous-diagnostiquée, sous-estimée et automédiquée

L'un des problèmes posés par la migraine est qu'elle est sous-diagnostiquée et sous-estimée. Les personnes qui souffrent d'une migraine – surtout s'il s'agit de femmes - n'en parlent pas spontanément. Si la migraine s'inscrit dans un contexte familial migraineux, on finit par la considérer comme pratiquement "normale". La mère explique à sa fille qu'elle en souffre depuis longtemps et que sa propre mère en a toujours souffert : cela conduit volontiers à une forme de résignation. C'est encore plus net quand il s'agit d'une migraine de type cataménial (c'est-à-dire déclenchée par la menstruation ou "règles"). Alors qu'une menstruation physiologique n'est en principe pas ou à peine douloureuse, l'existence et la fréquence de la migraine cataméniale contribue à entretenir l'idée erronée selon laquelle les règles sont normalement douloureuses et que "C'est le prix à payer pour être fertile". C'est le même phénomène avec les formes douloureuses et parfois insupportables d'endométriose. Il est habituel de considérer que la femme est endurante à la souffrance et qu'elle se résigne plus facilement que l'homme lorsqu'elle a mal. Toujours est-il que cette habituelle acceptation de la migraine tant qu'elle n'est pas trop douloureuse conduit fréquemment à une automédication.

 
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Stéphane Gayet

Stéphane Gayet est médecin des hôpitaux au CHU (Hôpitaux universitaires) de Strasbourg, chargé d'enseignement à l'Université de Strasbourg et conférencier.

 

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