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Recherche sur l'embryon : pourquoi il faut faire preuve de prudence laïque et scientifique

La proposition de loi que l’Assemblée nationale a voté mardi 16 juillet pourrait modifier la loi bioéthique de 2004 sur la recherche sur l'embryon et les cellules souches.

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Recherche sur l'embryon : pourquoi il faut faire preuve de prudence laïque et scientifique

Faire appel aux préceptes religieux dans le champ scientifique doit être fait de façon très précautieuse.

A l’heure où un cercle restreint et répétitif de personnalités scientifiques semble concentrer toute l’attention médiatique, je souhaite revenir sur l’urgence qu’il y a de défendre le respect des valeurs qui fondent notre société.

La pratique de la science nécessite un ensemble fondamental de valeurs humaines. Cet ensemble n’est pas exclusif des valeurs de la science. Chaque scientifique se constitue ainsi son propre corpus. Cependant, et contrairement à ce que l’on pourrait penser, il n’existe pas de socle commun à ces "corpus". Cette pluralité amène chaque scientifique à proposer différentes pistes d’exploration, qu’il se définit au gré d’hypothèses, de matériels d’étude et de techniques. Invoquer les conceptions des différentes religions peut être une source d’inspiration de nouvelles hypothèses à tester mais ne doit pas servir de post-rationalisation à la pensée scientifique, sans risque de tomber dans un obscurantisme "syncrétique".

Il existe en effet des limites à toutes recherches, qui sont dictées par les évidences les plus incontournables qui mènent le monde. Le sens de la dignité humaine constitue l’une de ces limites.

La recherche sur l’embryon humain telle qu’elle est proposée dans le projet de loi qui sera voté le 16 juillet prochain constitue l’une de ces limites sociétales qui requiert l’attention de tous les citoyens. L’absence transitoire de sort à ces embryons dits "surnuméraires" ne peut définir la justification de la destruction des organismes qu’ils sont. Il s’agit en effet d’un choix arbitraire qui ne peut trouver de justification ni légale, ni sociétale, ni scientifique. Les partisans de cette recherche invoquent des stades de développement. Or, l’embryon, qu’on le veuille ou non, est bien un organisme vivant engagé dans un processus continu de développement. Les stades définis en biologie, s’ils permettent un repérage utile, ne sont aucun cas la marque d’une discontinuité de ce programme.

Scientifiquement, l’actualité du vote d’une telle loi tombe on ne peut plus mal ! Le 3 juillet dernier, la communauté scientifique s’est enthousiasmée du succès de l’équipe japonaise du Docteur Takebe d’avoir su faire pousser une ébauche de foie fonctionnel à partir de cellules souches adultes humaines à l’intérieur de souris. Ce travail remarquable publié dans la revue Nature et relayé par les médias du monde entier venait confirmer l’avantage scientifique pris par le Japon en matière de médecine régénérative. Déjà, en 2012, un prix Nobel venait saluer la prouesse d’un autre chercheur japonais, le Professeur Yamanaka, d’avoir su contourner les limites éthiques sans toucher à l’embryon humain, en ouvrant la possibilité de "reprogrammer" nos cellules adultes dans un autre type cellulaire. Or, c’est bien au Japon que la recherche sur l’embryon humain est très strictement contrôlée. Il semble que leur juridiction soit dérivée d’observations scientifiques et médicales datant des radiations nucléaires d’Hiroshima et de Nagasaki, dont les conséquences dramatiques sur l’embryon humain furent observées dès les premières semaines de son développement.

La France a su inspirer tant de pays par sa Déclaration des droits de l’Homme ! Ayons la prudence laïque et scientifique de ne pas nous prononcer sur l’être ou le non-être de l’embryon humain. Au-delà de toute logique de système politique, encourageons plutôt la prise de conscience de nos députés sur le devoir du fort vis-à-vis du faible qui interdit une destruction en vue d’une instrumentalisation. Les scientifiques japonais nous ont montré qu’en matière de recherche, un résultat supérieur pouvait être atteint par des voies respectueuses de l’intégrité de l’embryon.

 
Commentaires

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  • Par einstein42 - 16/07/2013 - 18:29 - Signaler un abus je deteste autant l'eglise que l'avortement

    la vie d'un enfant est précieuse il ne faut pas tuer quelq'un qui n'a rien fait on devrait être plus tolèrent avec les phoetus et moins tolèrent avec les delinquant

  • Par trentenaire-du-14 - 16/07/2013 - 19:44 - Signaler un abus La recherche sur l'embryon enfin validée...

    Bonsoir; l'assemblée nationale a adopté en 2 ème lecture l'autorisation de la recherche sur des embryon, nous passons d'un régime d'interdiction avec dérogations à un régime d'autorisation encadrée, ce qui est plus logique. http://www.lemonde.fr/societe/article/2013/07/16/le-texte-autorisant-la-recherche-sur-l-embryon-definitivement-adopte_3448562_3224.html La recherches sur les cellules embryonnaires et les cellules IPS ne sont pas opposées mais complémentaires car les IPS ne règlent pas tous les problèmes. De plus, c'est un abus de langage de parler de recherches embryonnaire, en effet, la recherche se fait au stade du blastocyte, c'est à dire avant le stade embryonnaire, au moment ou les premières cellules se divisent dans l'ovule fécondé Enfin, il ne faut pas sacraliser le blastocytes car la nature en élimine naturellement des millions tout à fait naturellement (fausses couches) et on ne porte pas pour autant le deuil... Bonne soirée.

  • Par cednono - 16/07/2013 - 21:23 - Signaler un abus à trentenaire

    je vous cite : "Enfin, il ne faut pas sacraliser le blastocytes car la nature en élimine naturellement des millions tout à fait naturellement (fausses couches) et on ne porte pas pour autant le deuil..." La nature élimine aussi naturellement des tas d'adultes, plus ou moins vieux. est-ce que ça me donne le droit de tuer ? Non, donc votre argument ne va pas très loin. Vous pouvez tourner le problème dans tous les sens, cette loi autorise la manipulation du "matériau" humain. L'humain est donc un "matériau" qui s'achète, se vend, se jette. Bel avenir en vérité....

  • Par trentenaire-du-14 - 16/07/2013 - 22:58 - Signaler un abus @cednono: arrêtez de fantasmer...

    Bonsoir; la grosse différence, c'est qu'un blastocyste est dépourvu de cerveau, donc de conscience à la différence d'un individu qui lui en est constitué, ensuite, les ovocytes et les spermatozoïdes font aussi l'objet de recherches, cela aussi est du "matériau humain" comme vous dites. Enfin, vous n'avez sans doute pas l correctement l'article, sinon, vous auriez compris qu'il s'agit de recherches et non de commerce... Bref, allez donc dispenser vos belles leçons aux personnes atteintes de maladies génétiques et qui attendent beaucoup de ces recherches... Bonne soirée.

  • Par carredas - 17/07/2013 - 07:51 - Signaler un abus Enfant fantasmé, enfant nié....

    La PMA conduit à "créer" plus d'embryons que de grossesses désirées par un couple. L'enfant rêvé et fantasmé objet de tant de désir au point de justifier des interventions lourdes et pénibles pour la mère putative devient alors un simple amas de cellules qu'il ne faut pas "sacraliser", un embryon surnuméraire encombrant et le couple devra décider de sa destruction, de sa congélation ou d'autoriser son utilisation par la recherche médicale. Quel paradoxe que de nier à l'embryon surnuméraire l'humanité qui est la seule justification aux manipulations qui sont à l'origine de son existence ! Les ardents défenseurs de la recherche embryonnaire sont souvent les mêmes qui défendent le droit à l'enfant pour les couples de même sexe. Pour eux, l'enfant n'existe que dans l'envie qu'il suscite ou qu'il ne suscite pas chez un ou plusieurs adultes, son existence propre et sa filiation sont accessoires voire sans importance. Le point intéressant de cet article est que le Japon est à la pointe de la recherche tout en encadrant strictement la recherche sur l'embryon humain, il n'y a donc pas incompatibilité...

  • Par HerveLE - 17/07/2013 - 16:14 - Signaler un abus ne pas se prononcer... c'est déjà se prononcer!

    Vous défendez un point de vue qui finalement est surtout "pratique": principe de précaution car on ne veut pas se mouiller, et recherche par des moyens détournés. Ca ne me satisfait pas, pour moi il faut que la loi entérine des grands principes qui sont ceux comme vous dites de la déclaration des droits de l'homme, et qu'on sache s'y tenir. Il est évident qu'on n'arrivera jamais à statuer sur l'existence d'une "âme" et à quel moment elle apparaît chez l'embryon. Comme partout, le pire c'est le flou législatif (on le voit pour l'euthanasie). http://jefaisdelapolitiquesanslesavoir.unblog.fr/2013/07/16/ogm-embryon-humain-avec-quel-crayon-tracer-la-limite/

  • Par HerveLE - 17/07/2013 - 16:19 - Signaler un abus fausses couches

    @trentenaire du 14 juste une remarque... vous avez l'air de prendre un peu à la légère le cas de fausses couches, qui sont nombreux oui. Pourtant vous devreiz savoir que la fausse couche entraîne souvent une grande souffrance psychologique (et parfois physique) chez la femme... ce n'est pas du tout anodin, rien à voir avec les millions de spermatozoides (qui ne sont pas viables quoi qu'il arrive tous seuls) qui partent dans les égouts...

  • Par anakyn - 18/07/2013 - 10:59 - Signaler un abus Risque d'eugénisme

    La recherche sur l''embryon humain risque de promouvoir les thèses de l'eugénisme. Et la PMA ou pire encore la GPA, pourrait permettre à certains de pouvoir choisir le sexe de leur enfant, la couleur de ses yeux et cheveux, sa future taille à l'âge adulte, son QI, que sais-je encore.....

  • Par ヒナゲシ - 18/07/2013 - 19:55 - Signaler un abus Banzaï !

    Le Japon, oui, faut voir… Dans un article de 2007, le premier Japonais à avoir produit des cellules-souches humaines embryonnaires (hESC) en 2003, Norio Nakatsuji (de l'« Institut pour les Sciences Médicales avancées » à Kyoto), émettait un avis sévère sur la législation japonaise, très bureaucratique, et paralysant la recherche sur les hESC. Voir son interview (en anglais) où il explique l'évolution des normes et le retard pris par son pays dans la recherche sur les hESC : ☞ http://www.nature.com/stemcells/2007/0708/070809/full/stemcells.2007.66.html   Voir aussi cette comparaison entre différents pays, effectuée en 2008 par un Américain, quant à leur dynamisme dans deux types de recherches (hESC et RNAi) ; la figure 2 est particulièrement frappante : deux pays sont singulièrement à la traîne : le Japon et… la France. Mais en tête on trouve Israël, le Royaume-Uni, la Chine, Singapour, l'Australie… ☞ http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S1934590908002221   〄

  • Par ヒナゲシ - 18/07/2013 - 19:55 - Signaler un abus La messe est dite…

    Enfin ceux que ça intéresse pourront aussi jeter un œil sur cet article (en anglais) de quatre chercheurs — parmi lesquels le futur Nobel Yamanaka – et simplement intitulé « Les nouvelles avancées dans la recherche sur les iPSC ne rendent pas caduc le besoin en hESC » (même si la deuxième raison expliquée n'est plus d'actualité). ☞ http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S1934590907001762   Juste un détail… « prouesse d’un autre chercheur japonais, le Professeur Yamanaka, d’avoir su contourner les limites éthiques sans toucher à l’embryon humain » Pour info, Yamanaka n'est pas un intégriste, et il ne s'est pas privé de travailler sur les hESC quand il en avait besoin… Ici, par exemple : http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0014579309001434 Ce qui démontre — s'il en était besoin — que les hESC sont un élément de comparaison indispensable pour les iPSC.   Dernière remarque : les embryons dont il est question comportent quelques dizaines de cellules seulement ; et ne ressemblent pas du tout à l'illustration trompeuse en tête d'article.

  • Par ヒナゲシ - 19/07/2013 - 17:23 - Signaler un abus 2⁸ cellules à tout casser

    carredas : « Quel paradoxe que de nier à l'embryon   surnuméraire l'humanité qui est la seule   justification aux manipulations qui sont à   l'origine de son existence !  » Non. Les manipulations qui sont à l'origine de son existence ont pour justification la satisfaction du droit à l'enfant revendiqué par des couples infertiles, droit reconnu par la loi.   « Les ardents défenseurs de la recherche   embryonnaire sont souvent les mêmes qui   défendent le droit à l'enfant pour les   couples de même sexe  » Peut-être parce que leur point commun est de réfléchir avec leur cerveau et non leurs tripes ; c'est-à-dire en faisant la part des choses entre la raison et une certaine sentimentalité religio-gluante parfaitement hors de propos.

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Alexandra Henrion-Caude

Dr Alexandra Caude est directrice de recherche à l’Inserm à l’Hôpital Necker. Généticienne, elle explore les nouveaux mécanismes de  maladie, en y intégrant l’environnement. Elle enseigne, donne des conférences, est membre de conseils scientifiques.

Créatrice du site internet science-en-conscience.fr, elle est aussi l'auteur de plus de 50 publications scientifiques internationales. Elle préside l’Association des Eisenhower Fellowships en France, et est secrétaire générale adjointe de Familles de France.

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