Atlantico, c'est qui? c'est quoi ?
Mardi 21 Août 2018 | Créer un compte | Connexion
Extra

Recherche discours européen désespérément : la droite rattrapée par la malédiction des années 90

Selon Alain Juppé, l'Europe est "un point de clivage fondamental" entre "ceux qui sont contre et ceux qui sont pour"​. Une vision binaire désormais datée...

Vieille époque

Publié le
Recherche discours européen désespérément : la droite rattrapée par la malédiction des années 90

Atlantico : Lors de ses voeux à la presse, formulés ce 15 janvier, Alain Juppé a annoncé vouloir "prendre du recul (...) en attendant de voir ce que devient LR, notamment dans la perspective des élections européennes de 2019". Selon l'ancien Premier ministre de Jacques Chirac, l'Europe est "un point de clivage fondamental" entre "ceux qui sont contre et ceux qui sont pour"​. En quoi cette vision binaire de l'Europe peut elle révéler un problème plus profond au sein des LR, entre "pour" et "contre", remontant à une vison des années 90, et ne laissant pas de place à un constat lucide sur la question européenne ?

Christophe Boutin : Accusé - à tort selon lui - en novembre de 2018 d’envisager de faire des listes communes avec LREM aux européennes de 2019, Alain Juppé persiste et signe dans son éloignement d’avec sa formation d’origine – à laquelle il a annoncé ne plus cotiser. Enfonçant les portes ouvertes il note qu’il y a un désaccord sur l’Europe ! Mais cette formule est à la fois vraie et fausse. Elle conduit à estimer que « l’Europe » ne peut être que « l’Union Européenne ». Or personne ou presque à LR ne nie la place européenne de la France, ou la nécessité pour notre pays de collaborer avec les autres États du continent.

Ce qui est par contre contesté – et largement – ce sont les modalités de la construction européenne autour de l’Union, dont les dérives technocratiques ne sont un secret pour personne. Mais la vision réductionniste d’Alain Juppé dans cette phrase, dans le prolongement de ses choix précédents, montre combien est biaisé en France – et à droite - le débat sur l’Europe.

Edouard Husson :  L’histoire des Républicains est comme celle d’un destin implacable qui se déroule au ralenti, depuis les années 1970. On a dressé un mausolée à de Gaulle pour mieux rejeter sa politique. Sous l’influence de Marie-France Garaud et de Pierre Juillet, Jacques Chirac professe une dernière fois le gaullisme à travers l’appel de Cochin. Puis, suite à l’échec de la liste RPR aux premières élections européennes au suffrage universel en 1979, il bascule du côté de l’européisme. Et, parce que la nature a horreur du vide, le Front National apparaît. Il occupe le terrain auprès d’un électorat populaire et patriote qu’antérieurement gaullistes et communistes captaient. Si l’on se concentre sur l’histoire de la droite,  Chirac n’a jamais réussi à dépasser 20% de l’électorat lors d’un premier tour de la présidentielle. Il a fini par s’imposer parce que Giscard était mort politiquement et que la droite orléaniste, libérale, centriste, n’a jamais pu imposer de champion: ni Barre en 1988; ni Balladur en 1995. Balladur était d’ailleurs un autre transfuge du gaullisme vers le giscardisme. Mais c’est Chirac qui est devenu le giscardien des années 1990 à droite, en votant oui au Traité de Maastricht et en appliquant la politique budgétaire du franc fort après son élection. Le choc de 2002 n’aurait pas dû en être un: face à une droite modérée qui s’éloignait de plus en plus de l’électorat populaire, il était inéluctable que le FN progresse. Sarkozy, déploie toute son énergie à inverser la tendance mais cela ne tient que le temps d’une élection présidentielle, en 2007, puisque les fondamentaux de la politique du franc fort, devenu l’euro, ne changent pas. Non seulement Sarkozy est battu en 2012 mais Fillon ramène la droite à un score chiraquien en 2017 et, cette fois, ne passe pas le premier tour. Juppé qui, lui, n’a même pas passé le stade de la primaire, ne semble pas comprendre cette évolution à laquelle il a largement contribué. 

En quoi cette vision binaire de l'Europe peut elle révéler un problème plus profond au sein des LR, entre "pour" et "contre", remontant à une vison des années 90, et ne laissant pas de place à un constat lucide sur la question européenne ? 

Christophe Boutin : Soyons clair, LR ne s’est jamais remis d’avoir fusionné les eurolâtres de l’UDF et les eurosceptiques du RPR. Et ce d’autant moins que la fusion a largement profité aux premiers, les dirigeants politiques du mouvement se coupant toujours plus d’une base militante elle largement venue du RPR et attachée aux notions de nation et de souveraineté… bref, gaulliste.

On a un temps permis la coexistence des deux comme lors de la campagne de ratification référendaire du traité de Maastricht (1992), permettant au flamboyant Philippe Seguin de prononcer à la tribune de l’Assemblée nationale son Discours pour la France. Ce pluralisme assumé n’a pas duré : n’ont pu s’exprimer ensuite au nom des formations de droite, lors des différentes élections ou référendums, que ceux qui  soutenaient le projet de l’Union européenne. L’aboutissement est cette tentative de « grand parti européen » - entendons acquis aux thèses de l’Union et voulant même progresser encore dans l’intégration plus poussée des États membres – qui dépasserait l’ex droite.

 
Commentaires

Nos articles sont ouverts aux commentaires sur une période de 7 jours.
Face à certains abus et dérives, nous vous rappelons que cet espace a vocation à partager vos avis sur nos contenus et à débattre mais en aucun cas à proférer des propos calomnieux, violents ou injurieux. Nous vous rappelons également que nous modérons ces commentaires et que nous pouvons être amenés à bloquer les comptes qui contreviendraient de façon récurrente à nos conditions d'utilisation.

  • Par Ganesha - 16/01/2018 - 08:42 - Signaler un abus Déambulateur ou fauteuil roulant ?

    Mr. Boutin, merci de n'avoir consacré que deux pages à ce ''non-événement'' : l'islamiste bordelais, Alain Juppé, s’apprête à rejoindre ''En Marche'' ! Pour suivre la cadence, réputée très rapide, de ce mouvement, ce vieillard indigne compte-t-il utiliser un ''déambulateur'', ou carrément un fauteuil roulant ?

  • Par Tande - 16/01/2018 - 08:56 - Signaler un abus clarification bienvenue

    Bien que court, l'article pose le problème. Ayant vécu aux premières loges les évènements des années 1990 -2000 qu'il mentionne, je retrouve en effet les mêmes discours schématiques. Les partisans de l'Europe intégrée se livrent à un chantage permanent, consistant à diaboliser, non seulement les eurosceptiques, mais aussi ceux qui estiment qu'une troisième voie est possible entre le marché commun et l'UN fédéraliste. Le plus étonnant est que AJ, qui vient historiquement de la tendance modérément européenne du RPR, se soit converti en nouveau grand-prêtre de la vison intégrée... Le débat va gagner en clarté avec le départ des "ventres mous", à condition que LW sache caler une vision réaliste et lucide: refondation de l'Europe politique autour de queues compétences bien gérées, et démembrement de la bureaucratie bruxelloise, qui fait de la commission l'organe qui gouverne réellement en dépit du discours officiel et de la lettre des traités.

  • Par Ganesha - 16/01/2018 - 09:10 - Signaler un abus Parti Populaire Européen

    Cet article a au moins le courage de vous rappeler que les députés Ripoublicains actuels au Parlement européen, y siègent dans le même groupe parlementaire (le PPE) que la CDU/CSU d'Angela Merkel. Ils votent, comme un seul homme ou femme, toutes les propositions les plus crapuleuses présentées par JC. Juncker. Pour l'instant, le flou règne encore, mais dans l'année qui vient, l'avorton Wauquiez sera bien obligé de clarifier sa politique européenne, autrement que par quelques slogans, sans entrer dans les mesures pratiques qu'il envisage !

  • Par quesako - 16/01/2018 - 11:37 - Signaler un abus Article dans lequel je me retrouve pleinement. LR se plombe !

    En faisant de Virginie Calmels la vice présidence on est dans le flou total ! Elle est "juppéiste" : très libérale (davantage que Juppé), très européiste et plus Wauquiez sera réticent sur l' Europe dans ses discours, plus elle s'en éloignera faisant un double cadeau : à Macron pour la partie européiste et à l' "autre droite" pour la partie réellement gaulliste !

  • Par vangog - 16/01/2018 - 11:46 - Signaler un abus Nous aussi, on est favorable à l'Europe!

    mais l'Europe des Nations libres, commerçant librement sans droits de douanes entre elles, mais avec un frein à la libre circulation des travailleurs et des clandestins entre les Nations. C'est l

  • Par adroitetoutemaintenant - 16/01/2018 - 17:23 - Signaler un abus Modérément intéressant et seulement sur le plan historique !

    Car l’Europe est en train d’imploser ! La Pologne prépare un referendum pour sortir de l’Europe ! Les dominos boches ne vont pas tenir longtemps. Ali Juppé qui comptait sur une alliance musulmane et se rêvait en Sultan a déjà un pied dans la tombe et l’autre sur une peau de banane. Macron marié à son biltong (viande très séchée en Afrique du Sud) va continuer à faire des vents en nous pétant et rotant à la gueule.

  • Par POLITQ - 16/01/2018 - 21:25 - Signaler un abus PAUVRE TYPE......

    JOURNALISTES : SVP..... intéressez-vous à ce qu'a fait Juppé en 20 ans à Bordeaux.... cherchez vraiment... sortez du discours du "tram" qui ne marche pas, des bus qui sont TOTALEMENT absents, ruinés par le tram justement, le Grand Contournement qui REVIENT 20 ans après qu'il n'a JAMAIS fait en fidèle de Chirac, "...je ne fais rien, on ne me le reprochera pas..." , les bords de Garonne : il n'a fait QUE continuer ce qu'avait commencé Chaban. Bien placé pour le voir: j'ai habité quartier st Pierre toute mon enfance. Et donc : LES EMBOUTEILLAGES QUI EXPLOSENT POUR LES RAISONS QUE L'ON VIENT DE LISTER !!!!! Sale POURRI !!!!!

  • Par kelenborn - 17/01/2018 - 07:36 - Signaler un abus moi qui suit

    jardinier , il y a longtemps que je ne cultive plus poireaux pommes de terre et navets mais uniquement des tomates et des poivrons...Pourquoi Atlantico qui pourrait cultiver des Hussons cultive-t-il encore du Sylvestre quand ce n'est pas du Chloé Morin et du Jacquet. Bien qu'étant culturellement de gauche, ( quand on est né dans un îlot laïque dans le bocage chouan)c'est la seule manière de ne pas devenir un poireau, je vomis cette gauche qui a trahi Jaurès mais je n'ai aucune passion pour les chrysanthèmes que l'on dépose de moins en moins à Colombey! La France est morte à Munich et début juin 40! Mais je crois que l'on sous estime , dans cette crise de la droite la nocivité de ce que j'appelle le Minotaure qui nous gouverne et dont aucune analyse pertinente n'a jamais été faite: on parle de bobocratie, d'élite mondialisée, Guilluy y rajoute na note..Le minotaure a non seulement tué la gauche en ayant le culot de s'exprimer par l'imposture au nom de peuple ( écoutez les répugnants Joffrin Mouchards, Plennel, Demorrand, Lang...) mais il a métastasé la droite ( lisez la une du Figaro et même Polony)! Elle est écartelée entre une bobocratie soucieuse (suite)

  • Par kelenborn - 17/01/2018 - 07:46 - Signaler un abus suite

    de ne pas être ringardisée ( Bachelot, NKM, ...)regardez la caricature qu'est devenue Florence Parisot et une autre frange qui soit pense que le salut passe par le retour au confessionnal ( Fillon) soit a une ambition aussi grande que sont vides ses convictions ( voire la description juste et cruelle qu'en a faite Portelli). Et quand, c'est le bouquet, un De Villiers dont la seule excuse est de ne plus avoir qu'un oeil regrette que la droite n'investisse pas l'écologie ( ce qui lui permettrait sans doute de retrouver le pouvoir sur ses manants ( voir l'analyse très pertinente de Varhaeghe sur NDDL contre lequel était le marquis) la boucle est bouclée! Ah Edouard dira : mais l'Europe la dedans? Ben si on commençait par poser aux peuples européens la vraie question: voulez vous la croissance et le progrès technologique ou la décadence et le sous-développement durable on aurait clarifié plein de choses! et...en l'état, seuls peut être les pays de Visegrad tiennent le début de ce langage!

  • Par kelenborn - 17/01/2018 - 07:50 - Signaler un abus Ah ben adroiteprout

    ...Entre les pets et la viande séchée il ne devait pas être bon de se trouver sous votre scalpel ! Mais...c'était peut être le laboratoire du docteur Petiot ? Je peux faire pire!!!, suffit de demander!

Pour commenter :

Depuis son lancement Atlantico avait fait le choix de laisser ouvert à tous la possibilité de commenter ses articles avec un système de modération a posteriori. Sous couvert d'anonymat, une minorité d'internautes a trop souvent détourné l’esprit constructif et respectueux de cet espace d’échanges. Suite aux nombreuses remarques de nos lecteurs, nous avons décidé de réserver les commentaires à notre communauté d’abonnés.

Christophe Boutin

Christophe Boutin est un politologue français et professeur de droit public à l’université de Caen-Normandie, il a notamment  publié Les grand discours du XXe siècle (Flammarion 2009)  et co-dirigé Le dictionnaire du conservatisme (Cerf 2017).

Voir la bio en entier

Edouard Husson

Edouard Husson est spécialiste d’histoire politique contemporaine, en particulier de l’Allemagne et de la Grande-Bretagne. Il est professeur à l’Institut Franco-Allemand d’Etudes Européennes (Université de Cergy-Pontoise). Il a été membre du cabinet de Valérie Pécresse, avant d’être vice-chancelier des universités de Paris puis directeur général d’ESCP Europe et, enfin, vice-président de l’université Paris Sciences et Lettres. Il est membre du conseil scientifique de la Fondation Charles de Gaulle. 

Voir la bio en entier

Je m'abonne
à partir de 4,90€