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Réchauffement : polémique autour d’une très vaste étude sur l’impact que le dérèglement climatique provoque(rait) d’ores et déjà sur la santé publique

Une note de snthèse publiée par la revue médicale The Lancet apour but de chiffrer l'impact sur la productivité des individus du réchauffement climatique. Un calcul audacieux qui n'a pas forcément lieu d'être.

Critique

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Réchauffement : polémique autour d’une très vaste étude sur l’impact que le dérèglement climatique provoque(rait) d’ores et déjà sur la santé publique

Atlantico : "On va vers la catastrophe si on ne change rien" déclarait cette semaine le secrétaire général de l'ONU Antonio Gutteres. Dans la foulée une note de synthèse de la revue médicale The Lancet s'est lancé dans le périlleux exercice de chiffrer l'impact économique du réchauffement climatique aujourd'hui en s'attardant sur les conséquences sur les individus et leur productivité. Pourquoi est-ce un calcul bien difficile à réaliser ? .

Jean-Paul Maréchal : Effectivement chiffrer les conséquences du réchauffement climatique sur les individus et leur productivité est difficile.

Sur les individus est-ce que l'on parle de décès prématurés, de maladies, de frais de soin… Ce qui est compliqué c'est que face à un phénomène progressif et pour le moment cantonné à quelques dixièmes de degrés je ne vois pas comment isoler cette cause-là de l'ensemble des facteurs environnementaux préjudiciables à la santé humaine.

Il est difficile d'isoler le réchauffement climatique dans la mesure où ce dernier est une modification du climat qui va se manifester à certains endroits par une hausse, baisse des températures ou phénomènes météorologiques extrêmes.  Lorsque l'on a un typhon on dit que l'accumulation de ces derniers et l'augmentation de leur intensité on peut dire que c'est possiblement à cause du réchauffement climatique mais il est difficile d'affirmer que tel ou tel typhon n'aurait pas eu lieu sans. Vous ne pouvez pas démontrer.

The Lancet s'est donc lancé dans un calcul difficile à faire qui pose des questions méthodologiques. L'effet sur la productivité par exemple, très franchement je demande à voir en tant qu'économiste dans la mesure où on a déjà beaucoup de mal à calculer la productivité tout simplement.

La productivité est d'autant plus difficile à calculer dans la mesure où on est dans des systèmes économiques qui reposent en Occident plus sur le service. Imaginez la difficulté de calculer cela à l'échelle mondiale.

Oui le réchauffement va avoir des coûts humains et économiques.  Il fera plus chaud dans les usines dans le Sud de l'Italie d'ici 50 ans et cela aura une incidence sur la productivité évidemment. Mais la mesure des conséquences est très délicate voire impossible.

Stéphane Gayet : Quand on s’intéresse aux conséquences du réchauffement climatique sur la productivité des individus, il faut bien distinguer les conséquences directes des conséquences indirectes.

S’agissant des conséquences directes, la variation de la productivité de l’homme en fonction de la température ambiante est un sujet à la fois un peu tabou et fort complexe. Un peu tabou, dans la mesure où la plupart des personnes sont payées non pas à la tâche, mais à l’heure. Or, il est facile de comprendre qu’un ouvrier du bâtiment n’a pas la même productivité en travaillant par une température de – 10°C, de 20°C ou de 38°C. Fort complexe car, d’un côté, plusieurs paramètres interviennent, comme le taux d’humidité et les conditions environnementales de travail autres que la température ; d’un autre côté, les hommes, au fur et à mesure que la température ambiante se modifie, prennent des dispositions pour rendre plus acceptable cette modification, ce qui en atténue l’impact.

La zone des températures de bien-être pour le corps humain se situe entre 20 et 25°C. 25° C est une température agréable quand on est au repos ou que l’on ne s’active pas physiquement. 20°C convient mieux quand on a une activité physique ; si elle est intense, une température inférieure, vers 18°C ou même 15°C dans certains cas, est plus adaptée. Lorsque l’on s’écarte de cette zone de confort, le corps doit mettre en œuvre un processus d’adaptation, car la température atteint une valeur gênante. Or, le corps humain s’adapte beaucoup mieux à des températures trop basses qu’à des températures trop élevées. Lorsqu’il fait froid, la régulation physiologique met en œuvre un mécanisme complexe de thermogénèse, qui est assez efficace. De plus, l’homme se couvre de vêtements chauds qu’il peut superposer. Il est donc relativement armé pour lutter contre le froid. Mais bien sûr, il est quand même moins productif, car un peu engourdi ; toutefois, une activité physique le réchauffe grâce à la chaleur produite par les muscles et lui faitainsi du bien. Au contraire, lorsqu’il fait chaud, la régulation physiologique appelée thermolyse n’est pas très efficace. Il s’agit essentiellement d’une réduction de la production naturelle de chaleur et d’une sudation. En outre, l’homme se dévêtit, mais la marge de manœuvre est faible. Il n’est donc pas bien armé pour lutter contre la chaleur. De surcroît, la forte chaleur inhibe plus l’activité que le froid, car l’activité physique produit de la chaleur et aggrave la situation. On comprend facilement pourquoi le réchauffement climatique est néfaste à l’être humain.

Celles et ceux qui ont séjourné dans un pays équatorial ou intertropical le savent bien : il y a une tranche horaire de la journée, à partir de midi, où la chaleur est tellement écrasante que l’on ne peut pratiquement rien faire d’autre que se reposer à l’ombre et boire. Il est frappant de constater que les personnes originaires de ces contrées tropicales, lorsqu’elles se retrouvent en pays tempéré, non seulement s’adaptent bien, mais adoptent un mode de vie sensiblement plus actif. Alors que le déplacement depuis un pays tempéré vers un pays tropical est au contraire beaucoup plus pénible. Ce qui est vrai du corps humain l’est également du chauffage ou de la réfrigération des habitations. Il est plus facile et moins coûteux de chauffer que de refroidir l’air intérieur d’une habitation ou d’un bâtiment de travail. C’est lié au fait que le froid n’existe pas sur le plan thermodynamique : on ne peut pas fabriquer du froid, mais uniquement extraire de la chaleur, ce qui contribue à abaisser la température.

Il résulte de toutes ces considérations que l’augmentation de la température ambiante, dans la mesure où elle peut conduire le corps humain en dehors de sa zone de bien-être, contribue à réduire la productivité de l’homme, cela plus que la diminution de cette température ambiante. Mais c’est difficile à chiffrer, car plusieurs paramètres fluctuent parallèlement. Il faut retenir que toute activité physique produit de la chaleur musculaire et – quand il fait déjà chaud - aggrave ainsi le décalage entre la température effective du corps et la température de confort. On connaît du reste bien ce phénomène avec les ordinateurs qui produisent de la chaleur : leur performance est presque optimale vers 15°C, et plus la température s’élève, moins ils sont performants.

S’agissant maintenant des conséquences indirectes, l’élévation de la température ambiante a également un impact sur les outils de travail de l’homme, ce que nous envisagerons dans la question suivante.

Pour autant on peut déjà prédire sans trop de risques qu'il y aura des conséquences sur la santé des individus, donc sur leur productivité, donc sur l'économie. Tant en termes de températures que d'épidémies que peut-on déjà affirmer des conséquences du réchauffement ? Avez-vous des exemples ?

Stéphane Gayet : A côté de l’impact direct sur la productivité humaine, l’impact indirect est également de taille.Le Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) estime que le niveau moyen des mers et des océans pourrait s’élever jusqu’à 82 cm d’ici la fin du siècle. Une telle élévation du niveau des mers aura un effet indéniable sur les zones côtières basses - Flandres, Vendée, Saintonge, grandes zones de delta fluvial (Bangladesh… ; en France : Camargue)–ainsi que sur bon nombre d’îles (Maldives, Vanuatu…). On estime qu’à l’échelle mondiale, une hausse d’un mètre du niveau des mers affecterait jusqu’à un dixième de la population mondiale.Or, même les terres encore préservées mais jouxtant la mer deviendront impropres à la culture du fait de leur salinisation. Les conséquences en termes de pertes de surfaces exploitables et de disparition de villes et de ports sont évidentes, avec les déplacements de population en résultant. Par ailleurs, l’augmentation de la quantité de gaz carbonique (CO2) que doit absorber l’eau de mer tend à l’acidifier. Or, cette acidification pourrait provoquer la disparition d’un grand nombre de coquillages devenus ainsi incapables de fabriquer leur coquille, riche en carbonate de calcium. C’est l’ensemble de l’activité d’ostréiculture au sens large qui est ainsi menacée. Le réchauffement climatique a aussi un impact sur les précipitations. Les pluies deviennent à la fois plus violentes et plus rares. Ce phénomène, qui s’ajoute à la fonte des glaciers alimentant les sources et rivières, entraîne une diminution de la quantité, mais aussi de la qualité de l’eau potable : les régions sèches ou subtropicales sont les premières concernées.Les vagues de chaleur, les inondations, les cyclones peuvent fortement influer sur la production alimentaire et encore une fois sur la disponibilité en eau potable. On constate déjà l’impact négatif du réchauffement climatique sur les rendements de plusieurs cultures, telles que celles du blé et du maïs surtout, ainsi que celles du riz et du soja, mais de façon moindre. On prévoit une réduction deleurs rendements de 2 % tous les 10 ans et surtout d’importantes fluctuations d’une année à l’autre avec les conséquences que l’on sait sur les prix et les stocks. Sur le plan des maladies infectieuses, on constate un déplacement du Sud vers le Nord des maladies vectorielles telles que la dengue, le chikungunya et même la fièvre jaune et le paludisme, pour ne citer qu’elles. Les vecteurs les plus connus sont les moustiques, mais il ne faut pas méconnaître le rôle des oiseaux migrateurs dans la propagation de maladies infectieuses. De plus, des maladies infectieuses épidémiques telles que le choléra, la fièvre typhoïde, mais aussi le typhus et la peste, sont favorisées par les catastrophes d’une façon générale, parmi lesquelles les accidents climatiques.

Globalement, on peut affirmer que le réchauffement climatique va aggraver l’insécurité alimentaire et hydrique, favoriser les crises humanitaires, les conflits et les déplacements de population.

Jean-Paul Maréchal :Là en revanche on a  des éléments d'appréciation. On sait qu'aujourd'hui certaines maladies qui ne dépassaient pas certaines altitudes en raison de la température, on va les retrouver plus haute en comparaison d'il y a 20 ans. Tout comme on va retrouver des agents pathogènes à des latitudes où on les repérait moins souvent qu'avant. Certaines remontent vers le Nord et touchent des pas où  autrefois ils n'arrivaient pas.  Les épidémies durent plus longtemps également c'est aussi lié à la hausse des températures.

 
Commentaires

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  • Par ajm - 08/11/2017 - 10:13 - Signaler un abus Perplexité

    Je me demande ce qu il y a de serieux dans toutes ces théories qui me font penser à la vieille idée de Montesquieu sur l'effet des climats sur les civilisations humaines. Si on regarde les USA par exemple, on voit que ce sont les états du Sud, les plus chauds donc, qui se développent le plus. En Asie, des regions tropicales ou semi tropicales se developpent aussi à grande vitesse. Pour ce qui concerne la mortalité dont la pollution serait un facteur significatif, on observe la poussée continue de l'espérance de vie , y compris dans les grandes zones urbaines Sr promener dans certains quartiers de grandes villes comme Paris permet d'observer la présence très importante de nombreuses personnes très âgées encore bien vivaces et actives. Les centenaires y sont de plus en plus nombreux ( nombreuses plutôt ) et leur adaptation à la pollution ambiante evidente.

  • Par walchp - 08/11/2017 - 10:26 - Signaler un abus Il est impossible que le réchauffement soit délétère PARTOUT

    les territoires du Nord ouest canadien (grand comme l'Europe) La Sibérie le Groenland vont connaitre un climat bien plus propice aux activités humaines Poutine avait bien dit que dans de grands territoires Russes on était pas contre un réchauffement de quelques degrés (provoc ok, mais quand mème) On sait qu'i y avait plus de précipitations dans les régions Sahariennes quand le climat était plus chaud, donc moins de désert. Enfin on a toujours pas la preuve de l'origine humaine du réchauffement, mais c'est une redoutable arme politique La seule vraie question écologique et qui conditionne toutes les autres, c'est l'expansion démographique, et c'est la seule que l'on soit incapable de traiter au niveau mondial

  • Par walchp - 08/11/2017 - 10:31 - Signaler un abus Il y a 30 ans on annonçait un retour d'une période de glaciation

    Et ce serait autrement préoccupant :7 milliards d'individus à chauffer ,une nouvelle expansion des glaciers alpins envahissant les vallées jusque' à Lyon...L'europe autour de l'axe alpin sous 1km de glace.....

  • Par belette - 08/11/2017 - 11:28 - Signaler un abus le diable est dans le détail

    On nous affole avec des infos comme celle-ci : "Les dernières estimations de l’Organisation mondiale de la santé (OMS) montrent qu’en 2012, ce sont 3,7 millions de décès qui ont été provoqués par la pollution de l’air extérieur au niveau mondial" Le hic, c'est que la majorité de ces decès sont du à la cuisson des aliments avec du bois ou du charbon de bois, dans des pièces non aérées... la "Pollution" de nos villes n'y ait pour rien. Étonnant aussi que les chinois citadins vivent de plus en plus vieux. Bon, de toute façon, il faut une info panique au moins par semaine.

  • Par moneo - 08/11/2017 - 17:29 - Signaler un abus bonne lecture

    https://www.contrepoints.org/2013/10/01/140868-les-oceans-montent-dangereusement-sauf-autour-iles

  • Par zen-gzr-28 - 08/11/2017 - 20:58 - Signaler un abus Quelle constance !

    Le GIEC sert encore et toujours de référence ? Je suis réfractaire à ces prévisions catastrophiques, diverses, répétitives,alarmistes. Tout ce qui est excessif...vous connaissez la suite !

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Jean-Paul Maréchal

Jean-Paul Maréchal est Maître de conférences en Science économique à lUniversité Paris Sud. Il est l'auteur de l'ouvrage Chine/USA. Le climat en jeu, Paris, Choiseul, 2011, 116 p.

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Stéphane Gayet

Stéphane Gayet est médecin des hôpitaux au CHU (Hôpitaux universitaires) de Strasbourg, chargé d'enseignement à l'Université de Strasbourg et conférencier.

 

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