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Récession en vue au Royaume-Uni : la part du Brexit, la part du reste…

L'institut de macro-économie Fathom a pointé du doigt le risque "plus grand que jamais" qu'une récession touche la Grande-Bretagne. Un constat un peu hâtif qui oublie de prendre en compte les difficultés structurelles du pays pour se concentrer sur le Brexit et la baisse de la consommation des ménages.

Démêler le vrai du faux

Publié le - Mis à jour le 14 Août 2017
Récession en vue au Royaume-Uni : la part du Brexit, la part du reste…

Atlantico : L'institut de macro-économie Fathom prévient d'un risque de récession en Grande-Bretagne qui "n'a jamais été aussi grand", pointant du doigt le Brexit combiné au recul de la consommation des ménages. Que penser de ce scénario ? N'est-il pas un peu alarmiste selon vous ? 

Rémi Bourgeot : Le Brexit crée évidemment de l’incertitude économique. Par ailleurs, la situation économique britannique connait une certaine dégradation, liée en bonne partie à ses déséquilibres macro-économiques généraux et antérieurs au référendum.

L’opposition à la sortie de l’UE semble nourrir des interprétations assez partiales et emphatiques de la conjoncture. Les économistes britanniques ont quand même l’habitude, in fine, de reconnaître leurs erreurs et nombreux sont ceux qui ont fait leur mea culpa au sujet de ce que les Brexiters ont nommé « Project fear », l’annonce d’une apocalypse économique dès le lendemain du vote. La conjoncture britannique a été préservée par la résilience de la consommation des ménages mais le phénomène connaît des limites liées au niveau déjà très bas de l’épargne. Par ailleurs, la dépréciation de la livre, bien qu’elle accroisse l’inflation et comprime le pouvoir d’achat à court terme, peut aussi permettre un certain rééquilibrage pour cette économie qui connait de larges déséquilibres sur le plan commercial et financier. Notons tout de même que, bien que les salaires stagnent et que la croissance fléchisse, le pays n’est pas loin du plein emploi. Il semble, à certains égards, que nous soyons dans une sorte de bis repetita du « project fear », une version bien plus modérée que la version initiale pré-référendum mais visant tout de même à orienter les faits sans relâche. Toutefois, au Royaume-Uni le jeu interprétatif ne dépasse pas une certaine limite fixée par l’observation des chiffres. L’empirisme britannique reste un garde fou, tout comme ce bon vieux sens de la politesse qui interdit aux débats certes très tendus sur le fond de dégénérer en scènes de transe télévisuelle.

Si le risque de récession au sens technique est évidemment présent, ne s'explique-t-il pas en grande partie par les faiblesses sous-jacentes (structurelles ?) de l'économie britannique ?

Les incertitudes du Brexit ajoutent une dimension à l’affaiblissement de la conjoncture britannique. Mais lorsque l’on regarde justement les chiffres d’épargne présentés par Fathom, on constate une dynamique cyclique qui accompagne les régimes de croissance. La baisse continue du taux d’épargne vient nourrir la demande pendant les périodes d’expansion économique. Le cycle des années 2000 s’est fracassé sur la crise financière de 2008, avec une remontée brutale du taux d’épargne à environ 12% des revenus, qui est ensuite repartie à la baisse tout au long de la période de reprise. Nous sommes aujourd’hui à un niveau particulièrement bas de l’ordre de 2%. Alors que l’économie britannique a pu résister à l’incertitude du Brexit par la stabilité de la consommation, on voit qu’il n’y a plus beaucoup de marge de manœuvre sur ce plan là, dans un contexte de stagnation des salaires. Le Royaume-Uni connait des déséquilibres importants, en particulier avec son déficit courant à de plus de 4% du PIB ces dernières années. Le modèle est assez clair : consommation forte, faible épargne et larges déficits. Notons que, comme souvent, les politiques d’austérité mises en place par David Cameron, n’ont guère permis de rééquilibrer cette situation, en se focalisant sur la seule question budgétaire plutôt que sur les déficits de l’économie en général. La plupart des économistes ont passé les quatre dernières décennies à nier l’importance des déséquilibres commerciaux (et leur pendant financier de ce fait). Où que l’on porte son regard dans l’économie mondiale, on ne peut que constater la gravité de cette erreur, sur le plan économique mais aussi politique.

 
Commentaires

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  • Par kelenborn - 25/07/2017 - 11:29 - Signaler un abus Oui mr Denezière

    Oui, ça c'est pas du Sylvestre, c'est pas du discours d'ivrogne: endettement, désindustrialisation et déficit extérieur (le taux de couverture de la balance commerciale avec l'Allemagne est de...50% ( pour les redoublants de CE1 quand le RU vend 1 à l'allemagne il lui achete 2!) Une situation guère pire que celle de la France!!! Theresa May, arrivée au pouvoir a parlé de "réindustrialisation "!, programme qui aurait donné des hémorroïdes à Maggy!! Très bien de rappeler que les problèmes des économies européennes sont d'abord structurels et que Bruxelles a largement contribué à les mettre sur une orbite de sous-développement durable!

  • Par Almotasim - 25/07/2017 - 13:03 - Signaler un abus Ça ressemble plus à de l'économie...

    Que ce que raconte le brave Sylvestre! Ce dernier devrait en rester aux ragots de couloirs.

  • Par kelenborn - 25/07/2017 - 14:47 - Signaler un abus aux ragots de couloir?

    Non Almotasim!!! Ce qu'il raconte c'est ce qui ressort des bafouillages scrofuleux des Tamalous à l'hospice!!! Il parait qu'ils l'ont nommé chef!

  • Par Paulquiroulenamassepasmousse - 25/07/2017 - 18:18 - Signaler un abus Des vessies pour des lanternes...

    Quand on voit que près de 400.000 Français travaillent en Angleterre dont 250.000 à Londres, et que des milliers d'immigrés attendent à Calais de pouvoir traverser, ......je pense qu'il est très prétentieux de vouloir à chaque occasion critiquer l'économie Anglaise........... vous connaissez beaucoup de candidats prêts à émigrer vers le Venezuela ou Cuba...quoiqu'en dise Mélanchouille .......Ça me fait penser au mur de Berlin qui d'après le parti avait été érigé pour contenir le flot d'allemand de l'ouest qui allait se précipiter vers ce paradis socialiste.....

  • Par vangog - 25/07/2017 - 21:04 - Signaler un abus Les oracles tentent vainement de lire dans

    les viscères de fich'n fries la défaite de la GB sur le Front du Brexit...mais, malheureusement pour eux, rien de palpable! Bon, allez, on réessaiera la prochaine fois...

  • Par Anouman - 26/07/2017 - 21:30 - Signaler un abus Incertitude

    Il faudrait que les pays de l'UE soient particulièrement masochistes pour ne pas trouver d'accords commerciaux avec le Royaume Uni puisque celui-ci importe plus de l'UE qu'il n'exporte (Allemagne, France , Pays Bas, Espagne, Italie...). Toutefois on n'est pas à l'abri que l'incompétence de l'UE aille jusqu'à pénaliser ses membres pour des raisons idéologiques. Mais avec une construction aussi incohérente que l'UE on n'est pas à l'abri de décisions contre-productives.

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Rémi Bourgeot

Rémi Bourgeot est économiste, chercheur associé à l’IRIS et spécialiste des marchés de capitaux. Il a poursuivi une double carrière de stratégiste de marché dans le secteur financier et d’expert économique sur la zone euro et les marchés émergents pour divers think tanks.

Sur la zone euro, ses études traitent des divergences économiques, de la BCE, du jeu politique européen, de l’Allemagne et des questions industrielles.

Parallèlement à ses travaux, il enseigne l’économie de l’Union européenne dans le cadre de l’IRIS-Sup. Il est diplômé de l’Institut supérieur de l’aéronautique et de l’espace (SupAéro) et de l’Ecole d’économie de Toulouse.

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