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La rébellion des "technos" européens : Juncker, Draghi et Tusk tapent discrètement mais fermement du poing sur la table avant le Sommet de Bratislava

Lors de son discours sur l'état de l'union mercredi 14 septembre, Jean-Claude Juncker a appelé l'Europe à devenir plus sociale et plus protectrice pour faire face à la montée des populismes. Ce mardi, c'était à Donald Tusk d'avertir qu'ignorer les leçons du Brexit serait "fatal" au projet européen. Le même jour, Mario Draghi déclarait qu'il fallait aussi montrer les aspects "redistributifs" de l'Europe, et appelait à ne pas oublier les laissés pour compte de la société.

Appel au sursaut

Publié le - Mis à jour le 16 Septembre 2016
La rébellion des "technos" européens : Juncker, Draghi et Tusk tapent discrètement mais fermement du poing sur la table avant le Sommet de Bratislava

Atlantico : Dans quel contexte cette dynamique politique, cette demande de sursaut s'inscrit-elle ? Pourrait-elle selon vous combler un certain vide laissé par les dirigeants politiques nationaux ?

Eric Verhaeghe : Il me semble qu'une première question peut se poser: les dirigeants européens ont-ils ou non pris conscience des lacunes "sociales" de l'Europe, non pas au sens propre du terme, mais au sens sociétal? Peu d'Européens ont aujourd'hui le sentiment que la construction communautaire réponde à la promesse initiale: celle d'un projet collectif qui améliore concrètement la vie quotidienne. Au-delà du blabla sur l'Europe source de paix et de prospérité, on voit bien que la zone euro peine à retrouver un sentier de croissance comparable à celui des autres zones économiques dans le monde.

L'idée de prendre en compte les préoccupations des populations part donc d'une bonne intuition, même si on peut critiquer l'interprétation qui en est faite par les dirigeants européens. L'idée de la "redistribution" prête en effet à confusion. Il n'est pas sûr que les citoyens européens soient forcément demandeurs de redistribution. Il me semble qu'ils sont surtout demandeurs de plus de liberté d'action et de moins de réglementation. Dans la perspective des dirigeants européens, cette alternative est dangereuse, dans la mesure où elle peut être comprise (à juste titre d'ailleurs) comme une demande de moins d'Europe. La tentation peut être forte, en réponse à ce risque, de "blinder" l'Europe en jetant une profusion de promesses sociales et de subventions. 

Jean-Sylvestre Mongrenier : Le contexte est celui du « Brexit », dont les prolongements sont encore incertains au demeurant, et d’une « crise existentielle » au sein de l’Union européenne et de ses Etats membres, selon les termes de Jean-Claude Juncker. Force est de constater que la plupart des chefs d’Etat et de gouvernement des Etats membres, ainsi que la classe politique de chacun d’entre eux, sont accaparés par les problèmes internes et ne manifestent pas un grand intérêt pour les questions européennes. Pourtant, l’état et la viabilité de ce système de coopération géopolitique conditionnent dans une large mesure la destinée de ses Etats membres. Malheureusement, certains dirigeants nationaux font prévaloir leurs intérêts politiques à court terme et cherchent à rallier le « syndicat des mécontents » en transformant « Bruxelles » en bouc-émissaire sans que l’on sache exactement à quoi renvoie le terme. Au vrai, l’existence d’institutions européennes et la nomination de personnalités politiques aux principaux postes européens se justifient de fait. Les niveaux de pouvoir sont multiples et la juxtaposition des gouvernements nationaux ne saurait constituer un ensemble européen : l’« Europe des nations » signifierait l’absence de système politique européen.

Quant aux déclarations des uns et des autres, il semble qu’il ne faille pas les sur-interpréter et projeter les nostalgies « gaullo-fordistes » de la France sur l’Europe. Nombre d’économies européennes, celle de la France plus particulièrement, sont affaiblies par le montant des dépenses publiques, financées dans les 30 années qui ont suivi la Deuxième Guerre mondiale par la force de la croissance économique, puis par la hausse des prélèvements obligatoires et par la dette publique. Le sommet de l’Union européenne ne « réinventera » pas la social-démocratie et le « deficit spending » ! Président du Conseil européen, Donald Tusk prend en compte l’ensemble de la situation politique européenne générée par le « Brexit » et il explique que l’on ne saurait faire comme si rien ne s’était passé, moins encore s’engager dans une fuite en avant. Gouverneur de la Banque centrale européenne, Mario Draghi signifie qu’il conviendrait de mettre en exergue les retombées positives de l’Euro, plus largement de l’Union européenne : il est vrai que bien souvent la stabilité de la monnaie et des prix, les bienfaits de la concurrence,  réduction des monopoles et rentes de situation, la paix également, sont considérés comme des « acquis » allant de soi, jusqu’au jour où intervient un grand bouleversement qui les remet en cause.

Draghi explique également que la politique monétaire accommodante qu’il pratique n’est pas omnipotente : il importe d’instaurer un autre équilibre entre politique monétaire et politique budgétaire, afin de consolider la reprise poussive de l’économie européenne. Lorsque Jean-Claude Juncker, président de la Commission européenne, s’exprime en ce sens, peut-être a-t-il en tête l’idée d’un redéploiement des systèmes de protection sociale afin de les adapter à la réalité de la situation, très différente de l’époque à laquelle les dispositifs de redistribution ont été mis en place. Il songe également à la formation des hommes, au « capital humain ». Enfin, il a mentionné la lutte contre le « dumping fiscal », i.e. les abus de l’optimisation fiscale, un phénomène illustré par l’amende que la Commission a infligé à Apple. Les propos des uns et des autres se complètent et ils renvoient à un ensemble de débats politico-économiques en Europe et aux Etats-Unis, aussi bien sur la scène publique que dans les institutions internationales (FMI, OCDE, etc.). Il reste que tout ne peut partir du sommet. A l’intérieur de chaque Etat, des hommes politiques responsables devraient s’emparer de ces sujets et leur apporter un certain nombre de réponses. C’est la condition sine qua non pour atteindre l’opinion publique. En dernière analyse, l’Union européenne est un système intergouvernemental ; rien d’essentiel ne se décide et ne se réalise sans la mobilisation des Etats membres. 

 
Commentaires

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  • Par Ganesha - 15/09/2016 - 09:10 - Signaler un abus Bon courage !

    A 9hO6, mm. Eric Verhaeghe et Jean-Sylvestre Mongrenier sont en train d'écrire leur article. Bon courage !

  • Par Ganesha - 15/09/2016 - 09:56 - Signaler un abus Génial

    Si vous ne lisez pas cet article (trop vieux, trop fatigué, vous avez égaré vos lunettes) essayez au moins de déchiffrer ce passage génial de m. Verhaeghe : ''En 1991, nous avons collectivement accepté sans broncher une absurdité historique: la réunification allemande. Rien que le mot était trompeur. Berlin et la Bavière n'avaient coexisté dans un même ensemble politique, auparavant, que de 1870 à 1945. 75 ans de vie commune sur un ensemble de plus de trois mille ans, autant dire une goutte d'eau. En 1991, il n'y avait aucune urgence à reconstituer ce monstre qui a produit, en 75 ans, deux guerres mondiales et au moins un génocide.''

  • Par Ganesha - 15/09/2016 - 10:42 - Signaler un abus Référendum

    Proposition de déclaration soumise par référendum, le même jour, à l'ensemble des 500 millions d'européens : ''L'Europe renonce au principe dévastateur de la Concurrence Libre et Non-Faussée et crée un espace où régnera la devise ''Liberté, Égalité, Fraternité'' pour tous ses citoyens''.

  • Par Paulquiroulenamassepasmousse - 15/09/2016 - 10:57 - Signaler un abus Bof !!! encore un article pour enfoncer des portes ouvertes..

    Conclusion en une ligne......................S'il n'y à pas d'Europe fédérale.... il n'y a pas d'Europe ! Pas la peine d'en faire trois pages, tout le monde avait compris .

  • Par Ganesha - 15/09/2016 - 11:24 - Signaler un abus Loi de la Jungle

    Il y a, au contraire, urgence à créer une nouvelle Europe, qui sorte la population européenne du désastre absolu où l'a plongée trente ans de politique Ultra-Libérale frénétique ! Il faut rétablir la paix dans la Loi de la Jungle ! Du point de vue économique, la politique de Thatcher-Merkel a été aussi dévastatrice que les crimes de l’État Islamique en Syrie et en Irak !

  • Par Texas - 15/09/2016 - 11:33 - Signaler un abus Ganesha

    Comme beaucoup de jeunes , votre film fétiche , c' est bien Jurassic Park ? . Dans votre petit délire , vous avez omis de sortir Lénine de son Mausolée pour diriger le Soviet Bruxellois ( excepté l' odeur , il aurait du mal à faire pire ) .

  • Par zouk - 15/09/2016 - 12:21 - Signaler un abus Union ? Européenne

    Long, trop long article dont la seule conclusion à tirer est que les états, à commencer par la France, ne poursuivent que des buts nationaux en parfaite ignorance, voire contradiction avec les nécessités d'une politique concertée entre le 28 membres, d'ailleurs trop nombreux en raison d'une politique irréfléchie d'élargissement, en parfaite ignorance des réalités de chacun des pays. Qui a une solution à proposer?

  • Par Deneziere - 15/09/2016 - 12:23 - Signaler un abus Mongrenier dit des choses sensées et réalistes.

    Ce n'est pas très fréquent de lire, dans Atlantico (et ses commentaires !), des contributions sur l'Europe, qui répondent à ces deux qualificatifs. J'aime bien Verhaeghe, mais dans d'autres articles, il parle en creux d'Europe irréaliste... et dans celui-ci il parle de démembrer l'Allemagne : bonjour le réalisme. Je veux bien continuer à adhérer à son fan club, mais il faudra qu'il nous explique comment la phobie des voisins (allemands en l’occurrence) peut constituer une bonne base à une politique européenne.

  • Par valencia77 - 15/09/2016 - 12:50 - Signaler un abus les laisse pour compte de la societe?

    Comme 3 milliards d'africains noirs?

  • Par Paulquiroulenamassepasmousse - 15/09/2016 - 12:52 - Signaler un abus Loi de la jungle ?

    C'est marrant , c'est dans.tous les anciens pays communistes qu'elle prospère ..... avec la mafia ! N'y aurait-il pas une relation de cause à effet ?

  • Par valencia77 - 15/09/2016 - 13:20 - Signaler un abus Democratie

    Pensez un peu. Une utopie ardemment pousse par les americains. La ruine de la republique. Premiere chose pour s'occuper du citoyen: il ne recoit rien sans travailler. Voila qui changera serieusement l'aspect des democraties occidentales. Regardez l'Amerique pour voir ce qu'il faut et ne faut pas faire. Aide sociale? 50 ans d'aide sociale aux noirs et leur condition est pire qu'en 1965. Enfin, ils ont le droit de bouffer dans les restaurants qu'ils ne peuvent pas se payer.

  • Par D'AMATO - 15/09/2016 - 13:58 - Signaler un abus Et bien...qu'ils tapent discrètement ou indiscrètement...

    ....sur la table, ou, où ça leur plait..... Bientôt ce sera eux qui vont se faire taper sur la tête et ils comprendront qu'ils n'ont rien compris. Étonnant que ces gens, réputés intelligents, ne comprennent pas à quel point les peuples en ont marre de se savoir gérés par eux, ces abrutis!!!

  • Par vangog - 15/09/2016 - 15:17 - Signaler un abus Ces technocrates europeistes sont finis...

    mais ils ne le savent pas encore! L'optimisateur fiscal jean-Claude Juncker, qui veut résoudre le problème du dumping fiscal ( il a oublié le dumping social, ce cretin...). Il fait comment le technocrate? Il aligne la fiscalité sur les enfers fiscaux comme la France ou sur les paradis fiscaux comme la Roumanie, Hongrie, qui ont des taux d'imposition trois fois moins élevés ( oui, oui! Je connais votre réponse à vous...)? Hein? Il fait comment le benêt?...

  • Par spinoztef - 15/09/2016 - 17:10 - Signaler un abus Bon article - trois pages pas trop longues...

    Très bon article et une analyse lucide des problématiques qui affectent l'Europe avec une mise en exergue des responsabilités de chacun. Cependant, je préciserais que l'Europe n'est pas toute intergouvernementale et que des politiques dites "harmonisées" sont déjà en place avec un fonctionnement proche d'une architecture fédérale. C'est le cas notamment de la politique de sécurité alimentaire (marché intérieur oblige). Et cela fonctionne très bien!...tant que les Etats membres consentiront à donner à la Commission, les moyens nécessaires à la mise en oeuvre de cette politique.

  • Par Gré - 15/09/2016 - 18:27 - Signaler un abus Tout un article qui essaie de

    Tout un article qui essaie de faire croire que le problème est économique. Trois phrases en fin d'article qui résument où se trouve le problème de l'UE.

  • Par Deudeuche - 15/09/2016 - 21:44 - Signaler un abus Salut les germanophobes psychotiques

    Vous êtes suivis où en automédication? Justes pour savoir, on démembre l'Allemagne et quoi d'autre, on proclame la République française jusqu'à la Vistule? Vive l'Empereur et la camisole de force!

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Jean Sylvestre Mongrenier

Jean Sylvestre Mongrenier est chercheur à l’Institut français de géopolitique (Université de Paris VIII) et chercheur associé à l’Institut Thomas More.

Il est notamment l'auteur de La Russie menace-t-elle l'Occident ? (éditions Choiseul, 2009).

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