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Réalité virtuelle à la ferme : des lunettes pour convaincre les poulets de batterie qu’ils sont des volailles de plein air

Nos chers amis d'outre-Atlantique, coutumiers de la démesure, ont trouvé une absurde idée, néanmoins non dépourvu de "noblesse". Il s'agit d'apporter du bonheur aux poulets élevés en batteries en les équipant de processus oculus rift et de tapis roulants pour leur faire croire qu'ils vivent en plein air.

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Publié le - Mis à jour le 22 Mai 2014
Réalité virtuelle à la ferme : des lunettes pour convaincre les poulets de batterie qu’ils sont des volailles de plein air

En Grande-Bretagne, des poulets vont bientôt être équipés de ce genre de casque à réalité virtuelle

Atlantico : Le chercheur américain Austin Stewart a émis l'idée suivante : équiper de processus oculus rift (des casques de réalité virtuelle augmentée) les poulets en batteries, dans l'idée de créer l'illusion d'une liberté. Les cages seraient également équipées de tapis roulants permettant à l'animal de marcher autant qu'il le souhaite, et ainsi contribuer à l'illusion d'une plaine sans fin. Pour autant, est-ce que la simple illusion est suffisante à recréer les conditions d'élevage de plein air ?

Pierre Feillet : La réponse relève du simple bon sens. Il va de soi qu'une illusion ne peut en aucun cas permettre de recréer de véritables conditions d'élevages, pour diverses raisons. Un casque de réalité virtuelle augmentée sera peut-être capable de recréer des décors, mais il ne pourra pas reproduire l'alimentation qu'aurait pu avoir un poulet, s'il avait été élevé en plein air ! Un poulet en cage, avec ou sans casque, n'aura pas accès à des vers de terre, pas plus qu'à d'autres insectes. Et c'est sans compter les notions d'espaces qui permettent à l'animal de ne pas être gêné dans ses mouvements. Définitivement, il est évident que réalité virtuelle augmentée et élevage de plein air ne sont pas les mêmes choses.

Au-delà des simples capacités de l'appareil, qu'est-ce que cela traduirait de notre éthique ? L'emploi de tels procédés vise-t-il véritablement au bien-être de l'animal ?

Le progrès technologique a été et sera dans l’avenir l’un des facteurs à prendre en compte pour nourrir l’humanité. Mais toutes les innovations ne sont pas bonnes à prendre. Les casques de réalité virtuelle ont sûrement un bel avenir devant eux, mais pas pour élever des poulets. Vouloir les promouvoir pour améliorer le bien être de ces volatiles relève du "greenwashing", une technique de marketing utilisé par une entreprise pour se donner une image écologiquement responsable. L’objectif est de promouvoir une marque ou un produit en mettant en avant des pratiques écologiques qui ne sont guère significatives. Certains qualifient cette approche de "manipulations marketing" ou de "mascarade écologique". C’est bien ce que fait Austin Stewart. D’autres se sont essayés à ces mêmes techniques pour transformer de simples biscuits en biscuits virtuels recouverts de chocolat à destination d’obèses trop gourmands !

L'oculus rift est un dispositif coûteux (environ 220 euros). Ne serait-il pas plus rentable, à ce prix, d'élever véritablement les poulets en plein air ?

On sait que la filière avicole française est très fragile car les poulets d’importation, en particulier en provenance du Brésil, se retrouvent dans les circuits commerciaux à des prix inférieurs à ceux produits en France. On sait aussi que l’avenir de la filière française réside dans des la production de viandes de volaille se différenciant des autres par une qualité supérieure. Ce n’est évidemment pas en équipant les poulets d’une lunette miracle, coûteuse, que la qualité des chairs va s’améliorer et les prix de production baisser. Au-delà de toute autre considération, le simple bon sens conduit à se demander si Austin Stewart ne s’est pas seulement amusé à lancer un canular.

Qu'est-ce que cela traduit de notre rapport à l'agriculture d'élevage ? Cette solution serait-elle socialement acceptable ?

Se nourrir de viandes est l’objet de nombreuses critiques comme celle de gaspiller des calories végétales pour nourrir les animaux ou, dans le cas des ruminants, de contribuer de manière excessive au réchauffement climatique (dégagement de méthane au cours de la digestion). Une autre critique de plus en plus entendue est que les animaux sont élevés dans des conditions qui ne respectent pas leur bien-être. Et il est vrai que certaines pratiques ne sont pas acceptables même si une vision anthropomorphique qui voudrait que ce qui est mauvais pour les hommes le soit également pour les animaux n’est pas la meilleure des approches. Mais "leurrer" très volontairement les animaux d’élevage en leur faisant croire au jardin d’Eden alors que leurs conditions réelles de vie ne seraient pas améliorées ne sont pas des pratiques que notre société sera prête à tolérer. Pour cette seule raison, la proposition futuriste d’Austin Stewart est vouée à l’échec.

 

Propos recueillis par Vincent Nahan

 
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  • Par Karg se - 21/05/2014 - 09:09 - Signaler un abus Les ruminants

    Ne produisent pas de GES. Plus précisément ils n'en produisent pas plus que par le passé. http://www.journalofanimalscience.org/content/90/4/1371.full Le cheptel "sauvage" des plaines américaines produisaient 86% des rejets des troupeaux d'élevages actuels. Aucun chiffre n'existe pour l'Europe, mais il est évident qu'il était du même acabit. La vrai source des GES c'est la combustion des énergies fossiles, et rien d'autre. Manger des animaux ne gaspille par des protéines végétales, c'est un mythe antispéciste. Pourquoi? parce que les animaux sont plus efficace que nous pour transformer les protéines végétales en protéine animal efficace pour notre physiologie. Entre manger du soja et manger du poulet nourri au soja, le rendement protéique est quasi identique. Pour avoir assez de protéine avec des végétaux il faut manger plein d'espèce différente et en grande quantité, c'est du gâchis. Et on pourrai aussi parler des carences en vitamine B12 très fréquent chez les végies/végans.

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Pierre Feillet

Pierre Feillet a été directeur général délégué de l’Institut national de la recherche agronomique. Membre de l’Académie des technologies et de l’Académie d’agriculture, ses travaux portent sur la thématique "Alimentation, technologie et société". Il vient de publier aux éditions Quae : Quel futur pour notre alimentation ?

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